CHAPITRE XII
Le 26 juin, le prince des Asturies, les deux archiducs Rodolphe et Ernest et don Juan d’Autriche reçurent, de sa bouche, l’avis de se préparer à l’accompagner ('). Don Carlos était dans l’enchantement : ayant rencontré chez la reine l’ambassadeur de France et le jeune seigneur de l’Aubespine, que Charles IX venait d’envoyer en mission à Madrid, il les pria de demander au roi leur maître un passe-port pour tous ses grands chevaux, qui étaient au nombre d’une cinquantaine au moins (*).
Philippe renouvela, le lî> juillet, à son fils la recommandation de hâter les dispositions qu’il avait à faire ( 3 ). Quelques jours après, il en causa aussi avec les princes ses neveux, les questionnant sur le plaisir qu'ils se promettaient (je ce voyage et sur le costume qu’ils avaient choisi pour la roule ( 4 ). Le 21 juillet, on publia à Madrid les actes des dernières cortès de Castille : il y était déclaré que, nonobstant les requêtes et les instances des cortès, le roi était résolu à partir pour les Pays-Bas au premier jour ( 5 ).
Le langage de Philippe aux représentants des puissances étrangères accrédités à sa cour n’était pas moins significatif. II dit à l’ambassadeur de France,
(’) Lettre de Dietricbstein à l'empereur, du 27 juin (507, dans K<xÿi, Qurllen, etc., p. 191. — Lettre de Fourquevaulx à Catherine de Médicis, du 30 juin. .
(•) Mémoire de Fourquevaulx pour Charles IX, du 30 juin.
(*) Lettre de Fourquevaulx à Catherine de Médicis, du 16 juillet.
(*) Lellre de Dietricbstein à l'empereur, du 23 juillet, dans Quellen, etc., p. 191.
(*) Recueil des actes des cortès. — Lettre de Fourquevaulx è Charles IX, du .. juillet 1 567.
qui lui demandait s’il était vrai qu’il se fût déterminé à passer en Flandre par la mer du Ponant, « que le « passage de s$ personne en Flandre estoit très- « nécessaire pour remédier à beaucoup de désordres « qui y estoient survenus, par aucuns de ses mauvais « subjecls ('). » Au nonce, qui désirait savoir s’il devait le suivre aux Pays-Bas ou rester à Madrid, il répondit qu’il lui serait très-agréable de le compter au nombre de ceux qui formeraient son cortège ; et, à cette occasion, il se mit à discourir avec lui sur les dangers de la traversée d’Espagne en Zélande ; il ne lui cacha point qu’il eût mieux aimé aller par terre; il l’engagea à prendre ce chemin, tout en lui offrant de mettre un navire à sa disposition, s’il donnait la préférence à la voie de mer ( 2 ).
Les préparatifs qui se faisaient ne pouvaient que confirmer le public dans l’idée que le roi allait quitter l’Espagne (*). Des navires avaient été affrétés en Portugal, dans les Asturies, en Galice; des magasins de vivres et de munitions formés à Alicante et à Carlliagcnc ; des soldats levés en Biscaye ( 4 ). Le 9 juillet, don Diego de Mendoza, nommé commissaire général
« (') Mémoire de Fourquevaulx, du 30juin 1567.
(*) Lettre de l'archevêque de Rossa no au cardioal Alcssandrino, du 4” août 4567, dans le MS. X 472 de la bibliothèque nationale, à Madrid, p. 375.
(*) ■ Tout le propos qui se tient icy présentement n’ost que de la préparation des navires, gens, victuailles et munitions pour le parlement de S. M , et que S. M. partira d’icy ce mois prochain » (Lettre de Tisnacq à Viglius, du 29 juin 4567.)
(*) Mémoire de Fourquevaulx, du 30 juin.