CHAPITRE XIII
Philippe II partit pour l’Eseurial le 20 décembre ; il ne devait revenir qu’après les Rois (').
Don Carlos avait apparemment compté sur l’absence de son père ; il se mit en mesure d’en profiter. Il écrivit à plusieurs des grands qu’il désirait les avoir avec lui dans un voyage d’importance, et qu’ils eussent
Majesté Royale d'Espagne, notre cher et gracieux père, a assister aux noces et fêtes nuptiales do son bien-aimé” fils l'illustre prince, notre cher cousin, le seigneur Guillaume, duc do Bavière. Quoique nous ne soyons pas, moins que Sa Majesté, particulièrement disposé à complaire à Votre Dilection, à faire preuve à sgn égard d’amitié, de déférence et de bonne volonté en tout ce qui se rapporte à son honneur, son avantage et son contentement, il ne nous est cependant pas possible, à notre grand regret, d'assister à ces fêtes, et cela par de graves motifs et à cause d'empêchements que Votre Dilection ne peut manquer d'apprécier suffisamment. En conséquence, nous avons fait choix, pour nous représenter, conjointement avec l'ambassadeur du roi, de notre cher et féal Philippe, comte de Lalaing et baron de Wavrin, lui donnant ordre do se rendre en la résidence indiquée, et d'y prendre part aux fêtes nuptiales et cérémonies chrétiennes, en notre nom et en remplacement de notre personno, de prêter à VotrS Dilection l’aide désirée, de s’acquitter dignement de sa charge, et principalement aussi d’assurer Votre Dilection de notre amitié pour elle et pour les siens, comme elle pourra l'entendre de lui-même. Nous prions donc Votre Dilection de l'agréer à notre place, de lui faire le meilleur accueil possible, et de preudre tout en bonne part. Et, si à l'avenir nous pouvons témoigner à Votre Dilection nos sentiments amicaux et lui prouver notre empressement à l’obliger, nous le ferons toujours do manière à la convaincre, par le fait, de notre affection cordiale pour elle et pour les siens. Nous souhaitons, en outre, que Dieu veuille accorder à Votre Dilcclion. par rapport à cette nouvelle alliance, pleine satisfactién, ainsi qu’eu géuéral du bonheur en toutes choses; et enfin nous la recommandons a la protection du Tout-Puissant.
« Donné à Madrid, le 19 décembre 18G7.
« Caholis. n
C) Lettre de Fourquevaulx à Charles IX, écrite de Madrid, lo 20 décembre 1507.
en conséquence à sc tenir prêts à l’accompagner. Les uns, dit-on, tels que le duc de Sesa, le duc de Médina de Rioseco et le marquis de Pcscaire, lui firent une réponse conforme à ses vues (') ; d’autres répondirent qu’ils étaient à ses ordres pour toute chose qui ne serait pas contraire à la religion et au service du . souverain; d’autres enfin, et notamment l’amiral de Castille ( 2 ), envoyèrent sa lettre au roi. Philippe II se montra aussi satisfait des derniers, que mécontent de ceux qui avaient observé le silence à son égard ( 3 ).
Don Carlos prépara et signa d’autres lettres qui devaient être envoyées à'icur destination, dès qu’il serait parti : il y en avait pour le roi, pour le pape, pour l’empereur et, en somme, pour tous les princes chrétiens ; pour les grands, les chancelleries, les audiences et les villes principales de Castille ; enfin pour les autres royaumes et États qui faisaient partie de la monarchie.
Sa lettre au roi contenait un exposé des griefs qu’il avait contre son père ; il la terminait en disant qu’il quittait l’Espagne, parce qu’il lui était impossible de supporter plus longtemps les injures que le roi lui faisait (*).
Dans celles qui étaient adressées aux grands, aux
{') Lettre de Nobili, du 28 janvier 1568, ci-dessus citée.
(«) Cabrera, liv. VII, chap.XXII.
(*) Lettres de Sigismondo Cavalli au doge de Venise, du 22 janvier et du 11 février 1368, dans l'Appendice B. — Lettre de l'archevêque de Rossant) au cardinal Alessandrino, du 30 mars, ibid.
(*} • Diceva ch'egli se n'andava fuori delli suoi regui, per non poter sopportare tanti agravii che li faceva. ■>