CHAPITRE XIII
A l'heure où don Carlos attendait don Juan, il reçut un billet par lequel son oncle lui donnait avis qu’étant indispose, il ne pouvait remplir sa promesse, mais que, le mercredi (21 janvier), à une heure du matin, il serait sans faute auprès de lui. A la lecture de ce billet, don Carlos soupçonna que le roi avait eu vent de son dessein; pour éviter des explications, si son père le faisait appeler, il se dit malade et se mil au lit (*). Leroi l’appela en effet; il donna l’excuse qu’il avait imaginée. A six heures , il se leva. 11 n’avait pris aucune nourriture de toute la journée ; on lui servit, à huit heures et demie, un chapon bouilli dont il mangea. Il se recoucha quelques instants après.
Philippe se faisait tenir au courant, de minute en minute, des actions de son fils. Dès qu’il le sut retiré dans sa chambre, il disposa tout pour l’exécution du plan qu’il avait arrêté ( 2 ). A onze heures , il manda Ruy Gomez, le duc de Feria, le prieur don Antonio et Luis Quijada. Après leur avoir parlé « comme jamais
(’) La relation envoyée à Lisbonne est ici confirmée par celle de Vayuda de càmara.
fl Nous avons comparé, pour les détails de l'arrestation de don Carias: la Jtelacion del ayuda de càmara, la lellre de la Bibliothèque do Lisbonne, le Ragguaglio délia p rigyimia del principe don Carlo, Y Aviso d'un llaliano plalico y [amiliar de Ruy Cornes, les dépêches du nonce du pape, des ambassadeurs de France, d’Autricbe et do Venise, des envoyés de Florence et de Gênes, et une lettre écrite de Madrid, le 26 janvier ISG8, que nous avons tirée d'un manuscrit de la Bibliothèque impériale, à l’aris. (On trouvera tous ces documents dans V Appendice B.) C'est sur la Re’acion del ayuda de càmara, la lettre de Lisbonne et les dépêches de Leonardo de Nobili, envoyé du duc Cômo de Médicis, que notre récit est principalement fondé. Nous indiquerons les particularités empruntées aux autres documents.
« mil homme ne parla » , dit un document (') , il descendit, avec eux et deux des gentilshommes de sa chambre, don Pedro Manuel et don Diego de Acuna, à l’appartement du prince : deux aides de chambre (atjudas de câmara ), auxquels il avait donné l’ordre de se munir de marteaux et de clous, le suivaient, ainsi que le lieutenant et douze hommes de sa garde ( 3 ). Feria marchait en avant, tenant une lumière à la main (*). Le roi portait une armure sous sa robe et une épée sous le bras; il avait la tète couverte d’un casque (*'. 11 commanda au comte de Lerma et à don Rodrigo de Mendoza, qui étaient de service «l'appartement de son fils, de n’y laisser entrer personne.
L’ingénieur de Foix, suivant le commandement qu’il en avait reçu, avait, avec adresse et sans que don Carlos s’en doutât, arrêté le mouvement des poulies à l’aide desquelles se fermait en dedans la porte de la chambre du prince ( J ); le roi et ses ministres n’eurent donc aucune peine à y pénétrer. Philippe ne se montra pas d’abord; ses ministres entrèrent les premiers, et se saisirent d une épée, d’un poignard et d’une arquebuse chargée que don Carlos tenait au chevet de son lit. Ce prince, s'éveillant au bruit qu’ils faisaient, demanda qui était là. — « Le conseil d’État, » lui
(') La lettre de Lisbonne.
(’; Ragguaglio netla priggionia, e'.c. — Lellro italienne du 20 janvier tS68. — Lettre du baron de Dictrichsleio, du 2t janvier.
• ( 5 ) Lettre italienne du 26 janvier.
Ibid. — Relacion del aguda de câmara.
(*, De Tnou, liv. XLIII. — Lettre italienne du 20 janvier |.'>08.