‹ Don Carlos et Philppe IIChapitre 91 sur 172 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Le langage du prince d’Eboli au doyen Mann ('). ambassadeur d’Angleterre, assez conforme à eelui qu’il avait tenu aux deux autres diplomates quant aux griefs que le roi avait contre son fils, en différa sur un point important : Ruy Gomez donna à entendre au représentant de la reine Elisabeth que la détention du prince ne serait que temporaire; qu’elle cesserait. quand il se serait amendé. Mann lui répondit que sa maîtresse partagerait certainement la douleur que causait à un si bon roi la conduite de son fils ; que, dans son opinion «à lui, le roi avait agi prudemment en séquestrant le prince : car, s’il ne l’avait pas fait, il aurait pu arriver que des troubles éclatassent dans plusieurs des provinces de la monarchie. Ces paroles plurent beaucoup au ministre de Philippe 11 ; il répartit à l’ambassadeur : « Je vous « confierai que jamais je n’eus affaire à quelqu’un de « plus désordonné, de plus violent, de moins sociable « que le prince, et qu’il était grand temps de réprimer « ses excès ( 2 ). »

Dans toutes ces communications, verbales ou écrites. faites par Philippe II aux puissances étrangères et à ses propres royaumes, il y a une chose dont

(') John Mann. Il était doyen de l'église de Glocester. Comme, malsrré sa qualité de prêtre, il était marié, on le voyait d’un mauvais œil à Madrid. Au mois de mai t SUS, on rapporta à Philippe H qu'il s'était permis des invectives contre le pape et avait cherché à faire des prosélytes : le roi le relégua à deux lieues de la cour. (Kocn, Quelle n, etc., p. 216.) Peu de lemps après, la reine Elisabeth le jappela.

(*) Voir la lettre de Mann au secrétaire Cecyll, du 28 janvier 1568, dans l'Appendice B.

DON CARLOS ET PHILIPPE li

ali

il est impossible de n'ètre pas frappé : c’est le soin avec lequel il évite de s’expliquer sur les motifs déterminants qu’il a eus d’arrêter et de renfermer son fils. Des causes pressantes et impérieuses, le bien de ses Etats, ses devoirs envers Dieu et envers ses peuples, voilà les paroles vagues dont il se sert pour justifier, aux yeux des princes de l’Europe, ainsi que de la nation espagnole, une mesure d’une si haqjc gravité. A la reine douairière de Portugal, à l’empereur, au pape, avec lesquels il a des rapports intimes de parenté ou de politique, on pourrait croire qu’il va en apprendre davantage : il se borne à leur dire que le prince est allé si loin dans ses déportements, qu’il n’a pu se dispenser d’agir envers lui comme il l’a fait. Seules, les lettres adressées à l’impératrice et au duc d’Albe (en espagnol) soulèvent un coin du voile dont Philippe veut que les dernières actions de son fils restent enveloppées; et si on les lit attentivement, si on les rapproche de celles où il assure que le prince n’a point machiné contre sa personne, qu’il ne s’est rendu coupable d’offense ni d’irrévérence envers lui, nous croyons qu’on demeurera convaincu que le projet de fuite de don Carlos, tel que nous l’avons rapporté, fut la cause réelle, immédiate de son arrestation. Les communications ultérieures du roi avec les monarques étrangers, dont nous rendrons compte dans le chapitre suivant, ne seront pas en opposition avec celte conjecture.

Philippe II ne s’exprime pas, avec moins de réserve et d’obscurité, sur scs intentions à l’égard de son fils,

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