CHAPITRE XV
le roy, pour avoir esté contraint de le tenir et mettre comme il le tient, m’ont mise de façon qne j'ay craint de ne le vous savoir compter comme j’eusse voulu : vous asscurant que je ne ressens moins son infortune que s’il estoit mon propre fils, car, si je le désirois, c’cstoit pour faire cervice, en reeonnoissancc de l’ainitié qu’il me porte. Dieu a voulu qu’il est déclaré ce' qu’il est, à mon grand regret. Au demeurant, le roy m’a commandé de n’escrire tant qu’il me die, et que je vous mandisse que ne dépeschiez le courrier , et, outre cela, a fait commandement qu’il ne sortît un courrier ny homme de pied ny de cheval, sans qu’il commandast autre chose. Et quant à moy, je suis de façon que je ne croyes ne vous dire ici rien à propos, et pour ce feray fin.
« Elizabet ('). >*
Pendant longtemps Elisabeth ne put se consoler de l’emprisonnement du prince; plus de deux mois après l’événement, on craignait encore que sa santé n’en eût subi une altération assez grave pour mettre en péril le fruit qu’elle portait dans son sein (*). La princesse dofia Juana, quoiqu’elle n’eut jamais eu à se louer de don Carlos, s’affligea aussi de la rigueur dont il était l’objet ( 3 ). Don Juan d’Autriche, qui, par ses révéla-
(') C'est à l'obligeance de M. Mignet que je dois la connaissance de cette lettre, qui a été tirée des archives de la maison de Gramonl.
(*) • .... Vassi dubitando que la regina, sul travaglio che prese délia ritenzione del principe, corne frescamente gravida, si sconciasse.... » (Lettre de N'obili au duc Côme de Médicis, du 30 mars 1568.)
(“) Itelacion ciel ayuda de càmara.
lions, en avait été plus que personne la cause, soit qu’il en éprouvât quelque remords, soit qu’il voulût feindre, se montra en public vêtu d’habits de deuil; mais cela déplut au roi, et il lui fallut les quitter (').
La reine et la princesse se préparaient à solenniser l’anniversaire du roi de Portugal don Sébastien avec d’autant plus de pompe que, ce jour-là ( J ), le jeune monarque devait être déclaré majeur ; les ordres qu’elles avaient donnés pour cette fête furent révoqués.
Dans l’état d’abaissement où était la grandesse d’Espagne, Philippe II n’avait pas à craindre d’elle de représentation sérieuse sur l’emprisonnement de son fils. Nous avons eu sous les yeux les réponses des ducs de PInfantado, de Medina-Sidonia, de Médina de Rioseco, de Gandia. de Franca villa, de l’amirante de Castille, des marquis de Dénia et de los Velez. Ces réponses semblent avoir été concertées. Ceux qui les ont écrites expriment tous la peine qu'ils ont rcs- • sentie de l’arrestation du prince, mais aucun d’eux ne doute que le roi n’ait eu de justes motifs de prendre la détermination qu’il a prise ( 5 ). Seul il parait que le connétable de Castille (*) s’exprima en des termes qui
(') lielacion del ayuda de cdmara. — Lettre de Nobili du ÎS janvier 1568.
(*) 20 janvier.
(•) Arch de Simancas, Estado, leg. 2018 ; 28« livre de Bersoza, roi. 193-195.
(*) Ifiigo Fernandez de Velasco, connétable et grand chambellan des royaumes de Castille et de Léon, 4* duc de Frias, marquis de Berlanga, comte de Haro. Il avait hérité des litres et dignités de don Pedro Fernandez de Velasco. dont Hâtait le neveu, en Vertu de Intires patentes de Philippe 11 données à Tolède le 4 mars 1560. Son oncle et sou grand-