ACTE I, SCÈNE VI
Carlos est né bouillant. Pour vous tendre et sensible , Son âme a dû s’aigrir contre un père inflexible.
Aux nœuds qu’on lui destine et qu’il n’a point prévus, Je crains, malgré vos vœux, qu’il n’oppose un refus. Votre présence, un mot de la boucbe qu’il aime, L’eût décidé peut-être à se vaincre lui-même.
Elisabeth, apres un moment de réflexion.
Oui, tu m’ouvres les yeux; je -reconnais ta foi:
Oui , cet avis est digne et du prince et de moi.
C’est peu de fuir Carlos ; il faut moi-même encore L’aider à m’arracher de son cœur que j’adore. Prévenons ses refus, ou corrigeons l’effet...
Va : tu peux près de lui t’introduire en secret;
D’un utile entretien porte-lui l’assurance. —
Qu’il en attende l’heure au gré de ma prudence. — Tu vois quel est mon sort. Son funeste ascendant Contraint ma vertu même à n’agir qu’en tremblant.
Je dois couvrir ici des voiles du mystère Les plus nobles desseins que l’honneur ine suggère; M’immoler en silence; et, servant mon époux.
Craindre encor la fureur de ses soupçons jaloux :
Mais fasse au moins le Ciel que ma foi toujours pure Rende un fils au devoir, un père à la nature !
Et tous ses traits ensuite attendus sans effroi M’auront fait grâce encor, s’ils ne frappent que moi.