‹ Don Carlos, tragedie en cinq actes et en vers, par feu Lefevre. Representee, pour la premiere fois, par les Comediens du Roi, sur le Second TheatreFrancais, le mercredi, 20 decembre 1820. Dediee a S.A.S. monseigneur le duc d'Orleans, premier prince du sangChapitre 2 sur 65 · DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

DE L'ÉDITEUR

Les particularités de la vie et de la mort de Don Carlos sont entre les mains de tout le monde : plusieurs mémoires connus et approuvés en font foi. Tous les écrivains qui parlent du malheur de ce prince , s’accordent à le plaindre 5 et le caractère de Philippe est livré dès long-temps à toute la sévérité de l’histoire. Le lecteur devinera donc difficilement les motifs qui ont fait suspendre la représentation publique de cette tragédie de Don Carlos. Elle a seulement été jouée deux fois sur le théâtre d’un grand prince, qui , suivant sa bonté ordinaire et la généreuse protection qu’il accorde aux beaux-arts , n’a point laissé perdre à l’auteur tout le fruit de son travail.

On sait aussi que le sujet de Don Carlos a'déjà été mis au théâtre sous le titre d 'Andronic. Les raisorfs qu’avait alors M. de Campistron d’ôter à ses personnages leur nom véritable n’existent plus aujourd’hui. Je ne pense pas que le sacrifice de ces noms lui ait coûté beaucoup : l’intérêt de son sujet lui aura suffi. Avec du talent pour la conduite d’une pièce de théâtre, M. de Campistron n’avait ni ce pinceau fidèle qui donne au site sa couleur propre , ni ce

a AVANT-PROPOS

crayon hardi qui prononce et vivifie les traits de chaque figure. Qui sait même s’il n’a pas trouvé son compte à s’épargner la plus grande difficulté ^ue lui présentait son tableau ? Je veux parler du rôle de Philippe //, à qui l’histoire donne un visage bien autrement connu que celui de * l’empefeur Caîo-Jean. Il n’était pas aisé sans doute de faire ressortir d’un seul fait de la vie de Philippe les diverses nuances de son caractère , et d’en renfermer tous les traits dans un même cadre. Indépendamment de l’orgueil national, et de cette jalousie du pouvoir, commune à tant de souverains , il fallait marquer successivement dans son rôle sa dissimulation , son hypocrisie ce soin affecté de parler de son zèle pour la religion , son assiduité au travail des affaires publiques, sa surveillance sur ses ministres, accompagnée d’une hauteur dont leurs plus grands services ne le faisaient point descendre, sa cruauté tranquille et réfléchie , et ce front toujours sévère et composé , au milieu des chagrins de la politique et du trouble des passions. Il fallait surtout , afin de rendre ce personnage plus dramatique , faire , au moins une fois dans le cours de la pièce , sortir de son âme profonde l’explosion d’un amour jaloux , qu’il cachait par orgueil , et dont l’aveu , surpris à sa faiblesse , pouvait seul préparer et fonder l’extrême rigiieur dont il use envers sa femme et son fils. Enfin , le plan de la tragédie devait être dirigé de manière qu’il en résultât un but moral. Ce n’est point à nous de juger si l’auteur de Don €arlos a rempli toutes ces condiliottSi le public prononcera.

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