‹ Don Carlos, tragedie en cinq actes et en vers, par feu Lefevre. Representee, pour la premiere fois, par les Comediens du Roi, sur le Second TheatreFrancais, le mercredi, 20 decembre 1820. Dediee a S.A.S. monseigneur le duc d'Orleans, premier prince du sangChapitre 53 sur 65 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PHILIPPE, seul.

N’hésite plus, Philippe , et bannis de ton âme Ce vain respect des noms et de fils et de femme.

Tu veux perdre un ingrat; mais tout son sang versé • Vengerait faiblement ton honneur offensé.

Il est une victime et plus chère et plus tendre.

Que ton cœur te désigne, et qu’il cherche à défen dre.

* Achève, dis-je. — 'Vois, dans un long avenir,

* Les yeux de l’univers sur toi se réunir ,

* Et, s’il faut que l’amour te cède, ou te surmonte,

* Eclairer à jamais ta victoire, ou ta honte. — J’attends Elisabeth : pourquoi ? quel triste espoir Me fait, dans mon courroux, consentir à la voir ?

* Ai-je oublié l’écrit que tient encor l'ingrate?

* C’est là que de leurs feux l’intelligence éclate ;

* C’est là , c’est là , peut-être (oui , cet excès d’horreur,

* Si je connais bien l’homme , est digne de son cœur).

* Qu’avec mes ennemis quelque ligue perfide

* De l’espoir d’un inceste artne leur parricide.

* Mes yeux vont m’en convaincre; et voilà le témoin

* Dont, pour me raffermir, ma vengeance a besoin. — O toi qui m’as ici juré d’être sincère ,

Toi , que je daigne entendre , alors que tout m’éclaire, Laisse là de tes pleurs l’inutile secours ;

Montre-moi cet écrit plus franc que tes discours. Crains d’en faire un secret à ton juge inflexible;

J’en croirais ton silence, accusateur terrible,

* Qui, d’un reste d’amour prompt à me détacher,

* M’avertirait du crime , en voulant le cacher;

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