SCÈNE III
PHILIPPE, seul.
N’hésite plus, Philippe , et bannis de ton âme Ce vain respect des noms et de fils et de femme.
Tu veux perdre un ingrat; mais tout son sang versé • Vengerait faiblement ton honneur offensé.
Il est une victime et plus chère et plus tendre.
Que ton cœur te désigne, et qu’il cherche à défen dre.
* Achève, dis-je. — 'Vois, dans un long avenir,
* Les yeux de l’univers sur toi se réunir ,
* Et, s’il faut que l’amour te cède, ou te surmonte,
* Eclairer à jamais ta victoire, ou ta honte. — J’attends Elisabeth : pourquoi ? quel triste espoir Me fait, dans mon courroux, consentir à la voir ?
* Ai-je oublié l’écrit que tient encor l'ingrate?
* C’est là que de leurs feux l’intelligence éclate ;
* C’est là , c’est là , peut-être (oui , cet excès d’horreur,
* Si je connais bien l’homme , est digne de son cœur).
* Qu’avec mes ennemis quelque ligue perfide
* De l’espoir d’un inceste artne leur parricide.
* Mes yeux vont m’en convaincre; et voilà le témoin
* Dont, pour me raffermir, ma vengeance a besoin. — O toi qui m’as ici juré d’être sincère ,
Toi , que je daigne entendre , alors que tout m’éclaire, Laisse là de tes pleurs l’inutile secours ;
Montre-moi cet écrit plus franc que tes discours. Crains d’en faire un secret à ton juge inflexible;
J’en croirais ton silence, accusateur terrible,
* Qui, d’un reste d’amour prompt à me détacher,
* M’avertirait du crime , en voulant le cacher;