ACTE V, SCENE VIII
C’est la première fois , — hélas ! c’est la dernière , Que Carlos , sans contrainte , ose embrasser son père. Ne vous reprochez pas de m’avoir condamné ;
Des perfides, seigneur, m’ont seuls assassiné.
Elisabeth, le front toujours caché dans le sein d'Eugénie , et d'une voix étouffée.
Carlos !
Philippe, hpart.
J’étouffe en vain le remords qui m’accable.
(Il va ae placer »ur on siège ver» le commencement de la scène. Il y reste plongé dans ses réflexions, et durant la dernière tirade d’Élisabeth il enveloppe son visage de sa mante royale. )
Élisabeth , toujours dans la même position.
Carlos !
CARLOS
Ah ! retenez cette voix, lamentable !
Pourquoi me fuir? Pourquoi me dérober vos yeux? N’aurai -je, Elisabeth , qu’un soupir pour adieux? Élisabeth, vaincue par sa sensibilité et venant se jeter dans les bras du prince.
Cher Carlos !
CARLOS
Plaignez-moi ; mais supportez la vie.
Le devoir vous l’ordonne, et mon cœur vous en prie. Faites-vous pour le roi cet honorable effort.
Puisse, hélas! son bonheur naître enGn de ma mort!
* Le mien commence au jour où finit ma carrière;
* Sans trouble et sans remords je l’envisage entière:
* J’ai murmuré vivant du sort de la vertu;
* Tétais injuste : — - Adieu; son fruit n’est pas perdu.
* J'expire.
8o DON CARLOS,
ÉLISABETH
* Arrête ! écoute , ombre chère et plaintive !
* Témoin de ton trépas, moi que je te survive!
* Moi , que j’use mes jours tout pl eins de ton malheur,
* À caresser la main qui te perce le cœur !
* Non, ma haine est tropjuste, et rien nepeut l’éteindre.
* Eclatez , sentimens qu’il m’a fallu contraindre....
* Ah! tu ne m’entends point! mais je suivrai ton sort
* Un Dieu nous rejoindra dans la nuit de la mort ;
* Loin d’une cour barbare où la haine, en silence ,
* N’attend qu’un vain soupçon pour noircir l’innocence;
* Où l’amour aux traités laisse asservir ses droits , •
* Où sur l’arrêt d’un prêtre on juge un fils des rois.
( Elle s’élance sur le théâtre qu’elle parcourt d’un air forcené. )
* Assassins de Carlos , prêtez à mon courage
■ * Ce fer que pour le perdre aiguisa votre rage :
* Ou si vous m’enviez un si triste secours ,
( Elle revient du côté de Carlos. )
* Malgré vous, ce spectacle abrégera mes jours,
* Et ces bras , de Carlos pressant l’ombre chérie ,
* Ne s’en détacheront que privés de la vie.
(Elle tombe expirante aux pieds du prince.)
Philippe, se relevant avec terreur et regardant autour de lui.
* Hé bien! vous triomphez, courtisans odieux!
* Et toi , qui jusqu’ici crus tout voir par tes yeux , Philippe , à deux sujets obéissait ta rage. —
Tout votre sang, ingrats, me paîra cet outrage.
* C’est en vain qu’aujourd’hui vous gênez mon courroux
* Du parricide arrêt qui me lie avec vous :