‹ Don Carlos, tragedie en cinq actes et en vers, par feu Lefevre. Representee, pour la premiere fois, par les Comediens du Roi, sur le Second TheatreFrancais, le mercredi, 20 decembre 1820. Dediee a S.A.S. monseigneur le duc d'Orleans, premier prince du sangChapitre 62 sur 65 · ACTE V, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VIII

C’est la première fois , — hélas ! c’est la dernière , Que Carlos , sans contrainte , ose embrasser son père. Ne vous reprochez pas de m’avoir condamné ;

Des perfides, seigneur, m’ont seuls assassiné.

Elisabeth, le front toujours caché dans le sein d'Eugénie , et d'une voix étouffée.

Carlos !

Philippe, hpart.

J’étouffe en vain le remords qui m’accable.

(Il va ae placer »ur on siège ver» le commencement de la scène. Il y reste plongé dans ses réflexions, et durant la dernière tirade d’Élisabeth il enveloppe son visage de sa mante royale. )

Élisabeth , toujours dans la même position.

Carlos !

CARLOS

Ah ! retenez cette voix, lamentable !

Pourquoi me fuir? Pourquoi me dérober vos yeux? N’aurai -je, Elisabeth , qu’un soupir pour adieux? Élisabeth, vaincue par sa sensibilité et venant se jeter dans les bras du prince.

Cher Carlos !

CARLOS

Plaignez-moi ; mais supportez la vie.

Le devoir vous l’ordonne, et mon cœur vous en prie. Faites-vous pour le roi cet honorable effort.

Puisse, hélas! son bonheur naître enGn de ma mort!

* Le mien commence au jour où finit ma carrière;

* Sans trouble et sans remords je l’envisage entière:

* J’ai murmuré vivant du sort de la vertu;

* Tétais injuste : — - Adieu; son fruit n’est pas perdu.

* J'expire.

8o DON CARLOS,

ÉLISABETH

* Arrête ! écoute , ombre chère et plaintive !

* Témoin de ton trépas, moi que je te survive!

* Moi , que j’use mes jours tout pl eins de ton malheur,

* À caresser la main qui te perce le cœur !

* Non, ma haine est tropjuste, et rien nepeut l’éteindre.

* Eclatez , sentimens qu’il m’a fallu contraindre....

* Ah! tu ne m’entends point! mais je suivrai ton sort

* Un Dieu nous rejoindra dans la nuit de la mort ;

* Loin d’une cour barbare où la haine, en silence ,

* N’attend qu’un vain soupçon pour noircir l’innocence;

* Où l’amour aux traités laisse asservir ses droits , •

* Où sur l’arrêt d’un prêtre on juge un fils des rois.

( Elle s’élance sur le théâtre qu’elle parcourt d’un air forcené. )

* Assassins de Carlos , prêtez à mon courage

■ * Ce fer que pour le perdre aiguisa votre rage :

* Ou si vous m’enviez un si triste secours ,

( Elle revient du côté de Carlos. )

* Malgré vous, ce spectacle abrégera mes jours,

* Et ces bras , de Carlos pressant l’ombre chérie ,

* Ne s’en détacheront que privés de la vie.

(Elle tombe expirante aux pieds du prince.)

Philippe, se relevant avec terreur et regardant autour de lui.

* Hé bien! vous triomphez, courtisans odieux!

* Et toi , qui jusqu’ici crus tout voir par tes yeux , Philippe , à deux sujets obéissait ta rage. —

Tout votre sang, ingrats, me paîra cet outrage.

* C’est en vain qu’aujourd’hui vous gênez mon courroux

* Du parricide arrêt qui me lie avec vous :

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