‹ Don Carlos, tragedie en cinq actes et en vers, par feu Lefevre. Representee, pour la premiere fois, par les Comediens du Roi, sur le Second TheatreFrancais, le mercredi, 20 decembre 1820. Dediee a S.A.S. monseigneur le duc d'Orleans, premier prince du sangChapitre 64 sur 65 · DE L’AUTEUR · texte numérisé non relu

DE L’AUTEUR

J e ne sais si cette tragédie verra jamais le jour. Les obstacles qu’on amis jusqu’ici à sa représentation semblent la condamner à une éternelle obscurité. C’est pcut-ctre un bonheur pour moi. Mais s’il se pouvait que mon ouvrage ne fût pas tout-à— fait indigne de paraître, oh sont les raisons de l’arrêter? Serait-ce le sujet? L’Histoire de Don Carlos est connuede tout le monde , et les Mémoires de Y abbé de Saint-Réal n’ont jamais passé pour un livre défendu. — Est-ce la peinture du caractère de Philippe II? Quel historien l’a jamais adoucie autant que je l’ai fait? Philippe , dans ma pièce, ne paraît-il pas quelquefois capable de se laisser fléchir? et si l’intérêt de la tragédie (où , dans les principaux rôles, les monstres trop crus révoltent toujours) n’exigeait pas ces légers adoucisse— mens, loin de m’en applaudir, ne serait-ce pas un reproche qu’on serait en droit de me faire ? — Est-ce enfin pour avoir parlé de l’inquisition ? Je viens de relire avec des yeux sévères tous les endroits de mon ouvrage ou ce tribunal est cité ; et je crois pouvoir prononcer que je ne me suis jamais livré contre lui à des déclamations hors de place , ou qui marquassent un ridicule acharnement. Tout ce que j’en ai dit me paraît sortir du fond de mon sujet. D’ailleurs ce tribunal a toujours été repoussé par notre gouvernement ; et , comme le dit Voltaire, il est en horreur chez les peuples mêmes qui l'ont reçu. Quoi qu’il en soit , je n’ai pu parvenir à lever les difficultés qu’on m’a faites ; et certes , ce n’est pas ma faute si je ne satisfais pas aux engagemens que le public me fit contracter avec lui par le succès de Zuma , qui ne m’a point du tout aveuglé.

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