DE L’AUTEUR
J e ne sais si cette tragédie verra jamais le jour. Les obstacles qu’on amis jusqu’ici à sa représentation semblent la condamner à une éternelle obscurité. C’est pcut-ctre un bonheur pour moi. Mais s’il se pouvait que mon ouvrage ne fût pas tout-à— fait indigne de paraître, oh sont les raisons de l’arrêter? Serait-ce le sujet? L’Histoire de Don Carlos est connuede tout le monde , et les Mémoires de Y abbé de Saint-Réal n’ont jamais passé pour un livre défendu. — Est-ce la peinture du caractère de Philippe II? Quel historien l’a jamais adoucie autant que je l’ai fait? Philippe , dans ma pièce, ne paraît-il pas quelquefois capable de se laisser fléchir? et si l’intérêt de la tragédie (où , dans les principaux rôles, les monstres trop crus révoltent toujours) n’exigeait pas ces légers adoucisse— mens, loin de m’en applaudir, ne serait-ce pas un reproche qu’on serait en droit de me faire ? — Est-ce enfin pour avoir parlé de l’inquisition ? Je viens de relire avec des yeux sévères tous les endroits de mon ouvrage ou ce tribunal est cité ; et je crois pouvoir prononcer que je ne me suis jamais livré contre lui à des déclamations hors de place , ou qui marquassent un ridicule acharnement. Tout ce que j’en ai dit me paraît sortir du fond de mon sujet. D’ailleurs ce tribunal a toujours été repoussé par notre gouvernement ; et , comme le dit Voltaire, il est en horreur chez les peuples mêmes qui l'ont reçu. Quoi qu’il en soit , je n’ai pu parvenir à lever les difficultés qu’on m’a faites ; et certes , ce n’est pas ma faute si je ne satisfais pas aux engagemens que le public me fit contracter avec lui par le succès de Zuma , qui ne m’a point du tout aveuglé.