‹ Don Carlos VII et l'Espagne carlisteChapitre 19 sur 50 · PROJET DE TRANSACTION · texte numérisé non relu

PROJET DE TRANSACTION

» Le gouvernement de Sa Majesté, désirant mettre un terme à la guerre civile qui annule et mine notre désolée patrie, et sachant que beaucoup de chefs importants du parti carliste désirent la paix, accepte la fusion des carlistes et de tous les monarchistes alphonsistessous le drapeau constitutionnel dedon Alphonse XII, et s'engage à réaliser. Je cas échéant, ladite fusion sur les bases consignées dans les articles suivants :

.» Art. 1 er . Le? provinces basques et la Navarre continueront à jouir de leurs fueros respectifs de la même façon qu'avant la présente guerre. Mais le gouvernement se considérera comme délivré de toute obligation envers celle de ces provinces qui ne se serait pas soumise au roi Alphonse XII, dans le délai fixé par l'art. 6, si on avait à triompher de leur résistance par la force des armes.

» Art. 2. Seront reconnus tous les emplois, grades, titres, décorations des généraux, chefs, officiers et autres qui certainement et positivement auraient fait partie de l'armée carliste, quelle qu'ait été antérieurement leur conduite dans l'accomplissement de leurs devoirs militaireset politiques, à cause des difficultés et des troubles de ces temps- ci et de l'esprit de concorde qui inspire ce

document, pourvu qu'ils se présentent pour donner leur adhésion à la monarchie d'Alphonse XII, à la tête de la force armée qu'ils commanderaient.

» Art. 3. Les militaires compris dans l'article précédent seront incorporés dans les corps d'armée suivant leurs capacités, leur mérite et l'ancienneté de chacun, et suivant les besoins qu'exigera le service, mais sans distinction de provenance.

» Art. 4. La reconnaissance des emplois, grades, titres et décorations, dont traite l'article 2, ne se fera pas sans un examen impartial des feuilles de service, brevets ou documents équivalents présentés par les intéressés. Tenant compte des hautes qualités et des ser* vices spéciaux qu'il rend à la patrie dans cette occasion, on accordera au général don Ramon Cabrera les attributions ordinaires des directeurs généraux des diverses armes pour la classification de tous ceux qui réclameront ladite reconnaissance, et il présentera à Sa Majesté les demandes fournies sous sa direction. Pour l'accomplissement de ces importantes fonctions, on mettra aux ordres du général Cabrera le nombre d'officiers supérieurs et autres des deux provenances que ledit général jugera nécessaire.

» Art. .5: Les clauses précédentes seront étendues aux employés civils qui se trouvent dans les mêmes conditions.

» Art. 6. N'auront aucun droit ni ne profiteront jamais, en règle générale, des avantages consignés dans ce document, les officiers supérieurs, officiers et autres H. h

individus du parti carliste qui ne reconnaissent pas ni ne donnent leur adhésion àS. M. le roi don Alphonse XII, dans le délai d'un mois à partir de la publication de ce document dans la Gazette de Madrid.

» Art. 7. Les fonctions conférées au général don Ramon Cabrera par l'art. 4 s'étendront à proposer à Sa Majesté les emplois, grades, titres et décorations qui, à son avis, devront être reconnus aux officiers qui, sans avoir de commandement au moment de se présenter, mériteront par leur conduite ou leur situation personnelle une semblable exception.

» Art. 8. Lia reconnaissance des emplois, grades, titres et décorations, dont parle l'article 2 de ce document, sera applicable à toutes les forces carlistes de la Péninsule dans les conditions consignées ci-dessus.

» Art. 9. Le gouvernement, d'accord avec les Cortès, Jera son possible pour réparer les dommages matériels causéspar la guerre aux intérêts généraux des communes, qui comprises dans les territoires, qui sont aujourd'hui le théâtre de la guerre, ont fait des dépenses extraordinaires et forcées.

» En ayant l'honneur de donner connaissance à Votre

» Excellence des dispositions ci-dessus, les soussignés

» la prient de vouloir bien leur donner son assentiment,

» si elles le méritent, sans préjudice de formuler dans

» un document postérieur, si on le trouvait nécessaire,

» l'engagement exprès et solennel qui confirmerait dès

» lors avec force légale et suffisante en tout temps et

» lieu la présente lettre, et la réponse explicite et satis- » faisante que nous attendons de Votre Excellence. — » Dieu garde Votre Excellence bien des années!

» Paris, ii mars 1875.

» Signé : Duc de Santona-, marquis de Manzanedo ; Rafaël Merry del Val.

« A Son Excellence le capitaine général don Ramon Cabrera, comte de Morella. »

» En faisant part de mon complet assentiment à ce document, j'ai peu de paroles à ajouter. Dieu sait que j'obéis en agissant ainsi à un sentiment chrétien et patriotique : chrétien, parce que je désire la paix ; patriotique, parce que mon seul vœu est de mettre un terme à cette lutte stérile et désastreuse qui tue ma patrie. — L'heure est arrivée pour tous de. faire de grands sacrifices, et je veux être le premier à dooner l'exemple ; mais qu'il soit bien entendu que cet acte spontané, volontaire et patriotique que j'accomplis ne veut pas dire que je renie mon passé : c'est le désir et le devoir de sauver mon parti en l'éloignant de l'abîme où il va, en le mettant en position de lutter pacifiquement, légalement, seul moyen de rendre ses vertus et son énergie utiles à la patrie. Et si, connaissant ma loyauté et ma décision, il m'écoute et me suit, s'il accepte comme moi un fait qui, par des circonstances providentielles, peut éteindre les flammes de la discorde, l'auguste monarque

Alphonse XII, qui occupe le trône par la volonté du peuple et de Tannée, tous ceux qui l'appuient, et le parti monarchique espagnol, dont j'ai toujours défendu le drapeau, touô- ensemble nous contribuerons à rendre à l'Espagne sa grandeur; quand il s'agit de la patrie, toute personnalité doit s'effacer. La patrie, c'est tout.

» Après cette déclaration, où sont exposés franchement et loyalement les mobiles de ma conduite, j'offre de contribuer, par tous les moyens nobles et dignes qui conviennent pour terminer avec honneur un passé immaculé, au succès de cette idée dans laquelle nous nous sommes rencontrés, et qui assurément sera féconde pour le pays et glorieuse pour nous tous qui y avons travaillé. Nous ferons ce qui est humain, Dieu fera le reste. J'attends tranquillement le jugement de l'histoire et le jugement de Dieu.

» Qu'il garde Votre Excellence et Votre! Seigneurie beaucoup d'années.

» Paris, 4 avril 1875.

» Ramon Cabrera.

» A S. E. le duc de Santona, marquis de Manzanedo et à S. S. don Rafaël Merry del Val »

Ce fut d abord dans le parti carliste un cri unanime d'indignation et de colère : un moment tout sembla perdu ; puis' on rougit de cette faiblesse, on reprit ses esprits, on réfléchit que la cause de la légitimité ne perdait qu'un homme, que Cabrera, fidèle avait eu du

prestige, qu'il n'en avait plus, défenseur de la révolution, qu'en somme, c'était le parti qui avait rendu grand Cabrera et non point Cabrera qui avait grandi le parti.

Non content des pièces que nous avons publiées déjà, Cabrera avait essayé d'entraîner quelques-uns de ses anciens lieutenants ; mais il ne recevait de partout que réponses indignées.

La lettre suivante adressée au brave général Gamundi par l'entremise de M. deCandalija, gouverneur de Valence, lui attirait l'humiliante leçon qu'on lira immédiatement après.

» Biarritz, le 4 avril 1875.

» Mon cher Gamundi,

» On vient de m'indiquer que vous désirez connaître d'une façon autorisée la résolution que j'ai prise. Les documents ci-joints vous en informeront complètement. En sollicitant pour notre pays la paix dont il a besoin, et pour notre parti les moyens de rendre des services, je ne vais vous rien dire, car vous savez trop ce que vous devez faire dans ces moments. Il s'agit d'un nouveau sacrifice pour la patrie, que je verrais accompli avec grand contentement par vous et par vos amis.

» Votre affectionné,

» Le comte de Morella.

• Valence, le 10.

» Mon cher Gamundi,

» Lorsque le général comte de Morella vous écrit, que pourrais-je y ajouter, mon ami? Rien qu'une seule chos^: que par cela blême que je vous aime beaucoup, je désire vous voir à côté de votre ancien général, et que vous pouvez compter sur moi en tout et pour tout. Ce que vous voudrez il sera fait comme vous voudrez. Entendez-vous si vous voulez avec lie porteur, avec don Ramon ou avec moi.

» Votre affectionné ami,

» A. de Candalija.

» A M. don Ramon Cabrera.

» Monsieur,

» Il est public que, depuis plusieurs années je vous regardais et aimais comme si vous aviez été mon père. Je nourrissais cette affection parce que je croyais que vous me correspondiez et connaissiez les plus profonds sentiments de mon cœur. Terrible désappointement que celui que j'ai éprouvé en lisant la lettre en date du 4 avril que vous avez osé m'adressèr.

» Pauvre depuis le commencement de la guerre civile passée, dans la misère durant les premières années de ma longue émigration, obligé toute ma vie de gagner la

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subsistance de ma famille à là saeur de mon front et endurant toujours des persécutions et des traitements infâmes de la part de toute espèce de libéraux, je me suis considéré toujours et je me considère comùie étant plus heureux dans ma pauvreté avec mon honneur sans tache, que tous ces vils parjures vendus au gouvernement par leur ambition aveugle et par leur dépit.

» Vous me dites qu'il s'agit d'un nouveau sacrifice pour la patrie afin de lui procurer la paix dont elle a besoin. Pour elle je me suis dévoué toute ma vie, et je suis disposé à persister dans la même conduite, mais par des moyens tout opposés aux vôtres. La paix que vous et vos partisans offrez aux imprudents est aussi mensongère que toutes les promesses des révolutionnaires. Si vous avez fait entendre que le parti carliste vous suivrait, le monde entier peut voir votre erreur.

» Nous ne nous séparerons pas de notre très-aimé roi,. dont nous soutiendrons le saint drapeau jusqu'à verser la dernière goutte de notre sang, car sachez une fois pour toujours, vous et tous ceux qui vous secondent, que les défenseurs de la légitimité ne suivront jamais aucune coterie politique. Nous défendons et défendrons toujours la bannière de notre grande Espagne, cette noble patrie que vous déchirez et déshonorez.

» Voilà la résolution irrévocable du pauvre, mais honnête jusqu'à la mort

» Pascual Gamundi.

» Las Parras de Gastellote, 8 mai 1875.

168 DON CARLOS Vil

On sépara violemment du tronc la branche mauvaise et l'arbre continua à pousser de verts et vigoureux rameaux.

Dès la fin de mars le Cuierlel publiait dans ses colonnes le terrible mais juste décret suivant :

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