‹ Don César de Bazan;Chapitre 24 sur 65 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Causons, el le plus lentement possible... je ne sais que faire de mon temps...

DON JOSÉ

Eh! jé vous apporte peut-être de quoi l’occuper... (Élevant la voix.) Don César?...

Don José !

DON JOSÉ

Mettez-vous un instant en tête que je suis tout-puissant dans ce pays... que je suis... ou le premier ministre de notre seigneur le roi, on une bonne fée, à la baguette magique, à votre choix...

DON CÉSAR, le regardant.

Je choisis le ministre... franchement, vous n'avez guère la mine d’une boune fée... et il y a un peu du ministre dans votre regard.

Vous me flattez... Eh bien, donc, moi, ministre ou fée, je vous dis ceci : Tout homme, dans votre position... délicate, a toujours je ne sais quels regrets, quels désirs qui troublent ses dernières heures... Parlez, confiez-vous à un ami... je jure, si vous acceptez mes conditions, de vous accorder quoi que vous demandiez... (vivement.) sauf, bien entendu, la vie.

DON CESAR, avec reproche.

Ah ! pouvez- vous me croire assez indiscret pour vous demander de ces choses-là !

DON JOSÉ

Eh bien?

Eh bien! je ne regrette et ne désire absolument rien.

DON JOSÉ, à part.

Diable!

Ah ! cependant... attendez!... Vous avez dû voir ici, en entrant, un jeune homme, un enfant...

DON JOSÉ

Celui pour qui vous avez eu cette querelle ?... celui qui cause votre mort ?

Oui, je lui dois cela, à ce petit... Je dois quelque chose à tant de gens!... et vraiment il ‘m’intéresse... Jene veux pas qu’il continue à souffrir, quand je ne serai plus là pour tuer messieurs les capitaines... Faites quelque chose pour cet enfant.

DON JOSÉ

N’est-ce que cela?... Je le prends à mon service, je me charge de son avenir.

Merci 1

DON JOSÉ

Mais vous me demandez là bien peu. Avez-vous quelque autre désir?... Cherchez.

Ma foi... je ne trouve rien.

DON JOSÉ, à part.

Je n’aurai pas son consentement à si bon marché. (Haut.) Tenez, je vous viens en aide... Don César, vous avez dû, dans vos nombreux voyages, assister à de curieux spectacles. (L’obseryont.) Vous est-il arrivé de voir pendre un homme ?

DON CÉSAR, devenant pensif.

Oui... j’ai vu cela... j’en ai vu pendre trois... et j’ai ri de tous les trois!... Mon Dieu oui, j’en ai ri!...

DON JOSÉ

Vous vous repentez de ce mouvement peu charitable ?

Moi?... Ma foi, non... Je médis seulement: Je ne ferai pas en l’air meilleure figure qu’eux... et si j’ai ri de ceux-là, d’autres vont rire de moi. (s’animant peu à peu. ) Pendu !...Mais c’est infâme !... Jamais, dans toutes les Espagnes, on n’a pendu un gentilhomme !... Qu’on pende un manant!... qu’on pende un alcade!.., qu’on pende mes créanciers!... Cela leur revient... Mais don César, le dernier des Bazan et des comtes de Garofa!... Mais c’est plus qu’une mort honteuse!... c’est une mort ridicule, grotesque !... Allons donc! est-ce que je veux de cela?... Qu’on me place debout, la tête haute, en face de douze soldats, aux arquebuses bien chargées, que douze balles de plomb me jettent mort, le crâne et la poitrine fracassés... à la bonne heure! C’est ainsi que doit mourir un gentilhomme!

Page 1