SCÈNE II
MARITANA, LE ROI.
MARITANA, à port et comme brisée.
Lui! C’était lui!... dont l’aspect me glaçait autrefois!...
LE ROI
Reconnaissez-vous l’homme dont le regard vous poursuivait en tous lieux, quand vous chantiez, pour le peuple, sur les places de Madrid?
MARITANA, avec effort.
Je vous reconnais, monseigneur!
LE ROI, s’oubliant.
C’est que je vous aimais tant, Maritana! C’est que mon bonheur et ma joie n’étaient plus que là où vous étiez! Oh! il fallait que la distance fût franchie entre vous et moi, il fallait que nous fussions pauvres tous deux, ou tous deux riches et nobles. C’est pour cela que j’ai voulu...
MARITANA.
Me donner votre nom?...
LE ROI, se calmant.
Mon nom... Oui, j’ai voulu vous donner mon nom. Et maintenant, chère Maritana... (n s’approche d’elle, qui se recule vivement.) Pourquoi vous éloigner de moi?
MARITANA.
Pardon, monseigneur, c’est que..
Comme VOUS êtes pâle!... (il lui prend la main qu’elle retire.)
MARITANA, avec effroi.
Monseigneur!...
LE ROI
Qu’est-ce donc, madame?...
MARITANA.
Oui, je suis en effet bien troublée... bien émue... mais ce trouble, cette émotion doivent-ils vous surprendre?... Notre mariage a été si bizarre... si étrange... Pardonnez-moi donc