SCÈNE V
MÀRITÀNA, DON CÉSAR.
DON CESAR, après l’avoir regardée en silence.
Enfin nous sommes en présence, madame... et ce n’est pas sans peine... de mon côté, du moins... Car il m’a fallu, pour vous voir, braver l’accueii peu cordial qu’on me faisait ici, à coups de mousqueton.
MARITANA.
Pour me voir?... Je ne comprends pas...
Vous semblez fort étonnée, et, cependant, nous nous connaissons bien... si bien, que je puis vous dire qui vous êtes... (Avec mépris.) et ce que vous êtes... .
MARITANA.
Monsieur !
Un jour, vous vous êtes dit : « Je suis belle... (La regardant.) très-belle!... mais ce n’est pas assez, je veux être une grande dame... car une jolie fille enfouie dans le peuple, c’est une fleur dans le désert, une perle au fond de l’océan ...»
Mais, qui êtes-vous donc, monsieur, pour me parler ainsi ?
Qui je suis?... Un juge.. . qui ne se serait pas montré bien sévère pour vous, car il n’a pas été bien rigoureux pour luimême. Mais si j’ai fait bon marché de mon rang, j’ai toujours porté haut la tête et le cœur... Qu’avez-vous fait, vous, madame, de mon honneur et de mon nom?
MARITANA.
Mais de quel honneur, de quel nom me parlez- vous?
De mon nom et de mon honneur, madame!... Car je suis don César de Bazan!
MARITANA .
Mais don César de Bazan, je l’ai revu aujourd’hui, ce matin !... Et tout à l’heure, il était encore ici!...
Tout à l’heure, il n’y avait ici que votre amant... il n’v avait ici que le roi d’Espagne.
t MARITANA, égarée.
Le roi !.. .
Eh! vous le saviez bien !
MARITANA, la tête perdue.
Une preuve, monsieur!... Avez-vous une preuve de ce que vous dites? Car enfin, moi, je ne peux pas deviner... je ne peux pas savoir... Au pi ^d de l’autel j’étais couverte d’un voile... (vivement.) Ah! monsieur, si c’est vous, vous devez vous rappeler vos paroles, les seules que vous m’avez adressées?
Je m’en souviens, madame... Nous sortions de ma prison... le prêtre allait nous bénir... Pauvre condamné, je riais de ma mort si prochaine... et, vous tendant la main, je vous dis: