‹ Don César de Bazan;Chapitre 53 sur 65 · RÉCIT · texte numérisé non relu

RÉCIT

Ils me disaient : « Enfant,

La reine vous appelle,

La reine vous attend ! »

Et je les ai suivis, croyant aller vers elle.

Il fallait, m’ont-ils dit,

Unir ma destinée A celle d’un proscrit!

Et je les ai suivis, de tous abandonnée.

Ma folle ambition,

L’orgueil qui me dévore Egaraient ma raison,

Mais je suis pure encore!

Pourtant, lorsque je suis venu,

Ce roi. .. si près de vous!...

MARITANA.

Il m’était inconnu.

S’il avait dépassé le seuil de cette porte,

S’il avait osé m’approcher,

Je le jure ! il n’eût pu toucher Que la main froide d’une morte 1

Mais quelle preuve enfin,

Quelle forte assurance Et quel gage certain Aurai-je de votre innocence ?

Une preuve?... Ecoutez!...

Vous êtes mon époux :

Je n’ai plus de refuge Ni de recours qu’en vous :

Soyez aussi mon juge.

Si j’ai quelque souillure au front, Chassez-moi!... Si je suis indigne De votre amour, de votre nom, Condamnez-moi !... je me résigne !

Enfin, si j’ai trahi ma foi, Frappez-moi !

(Elle tombe à genoux.)

DON CÉSAR, la relevant.

Vous ne serez la maîtresse du roi,

Que le jour où la mort se saisira de moi.

ENSEMBLE

Maintenant il n’est plus d’obstacle Que ma main ne puisse briser ,

Pour vous je saurai tout oser !

Vous venez de faire un miracle!

En moi désormais, sans retour, L’aventurier va disparaître,

Et purifié par l’amour,

Le gentilhomme va renaître!

O mon Dieu ! faites un miracle!

Puissiez- vous tous deux nous sauver Ecartez de lui tout danger,

Brisez devant lui tout obstacle !

Vous qui me rendez en ce jour Un sauveur, un époux, un maître, Dans le bonheur et dans l’amour,

O mon Dieu ! laissez-moi rem ître!

MARITANA.

Don César, il faut fuir!

Us vous tueraient! Partez bien vite!

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