SCÈNE IV
Les mêmes, moins Christophe Colomb
Santa Maria Cet homme est lin rêveur.
Santa Fé
C est un aventurier.
TORQUEMÀDA
C'est peut-être encore un hérétique.
Cordoero
C'est peut-être aussi un grand homme.
Santangel
Qui sait s'il ne nous donnera pas la maîtrise de TEst?
Le Duc
Le Conseil ne me semble pas suffisamment éclairé, nous devons je pense conseiller au Roi d'ajourner toute décision.
{Signe a* assentiment chez la plupart des membres. Pause.)
Je dois maintenant, Messeigneurs, vous prier d'élever vos
âmes à ia hauteur des grandes résolutions que nous avons à prendre et je dois Arous sounettre le projet de sauver le Royaume d'un péril qui le menace. Ce péril c'est l'existence des Juifs au milieu de nous, cette résolution c'est l'expulsion en masse de tout ce que l'on appelle Israël. Je ne sais si c'est la première fois que ces mots «expulsion en masse des Juifs» frappent vos oreilles, mais je suis bien certain que ce n'est pas la première fois que cette pensée frappe vos esprits. L'histoire des nations étrangères nous montre que cette décision a souvent été prise par exemple, par le Roi de France il y a cent ans, et il y a deux siècles déjà, par le Roi d'Angleterre. Il est une chose que nul ne peut contester, c'est que les Juifs bien qu'établis chez nous depuis des siècles, ont vécu au milieu de nous comme lorsqu'ils plantaient leurs tentes au milieu du désert. Ils ont continué à former des communautés distinctes et comme des colonies autonomes, si bien qu'aujourd'hui encore ils sont dans le sein du Royaume un élément qui refuse obstinément de s'assimiler à nous, un élément étranger, presque ennemi, qui constitue le péril dont je parlais tout à l'heure.
...{Une pause.)...
La décision prise par les Rois d'Angleterre et de France a été dictée par les circonstances du moment ; nous devons savoir si les circonstances de l'heure actuelle sont favorables pour nous à cette même décision.
Talavera
C'est évidemment ce que nous devons considérer. Nous savons tous que les Juifs peuvent constituer une cause de troubles, mais nous savons aussi que le Roi a envoyé tout récemment auprès du Saint-Père un ambassadeur pour lui demander s'il ne conviendrait pas qu'un exemple d'expulsion vînt du Saint-Siège. Monsieur de Calatrava est revenu de sa mission; le Conseil ne jugerait-il pas opportun de l'entendre?
Cordoero
Connaître la réponse d'Innocent VIII, serait certainement du plus haut intérêt.
Le Duc. {Frappe sur le timbre, à V huissier qui entre.) Introduisez Monsieur l'Ambassadeur.