SCÈNE II Les mêmes — Dona Sarah — Zélika
(A partir de ce m ornent cesse le défilé des Juifs sur la route, mais leurs chants s entendent encore de temps à autre s éloignant de plus en plus, et la musique continue en sourdine jusqu'à la fin de l acté.)
Zélika. (^4 Bon Isaac.)
Maître, la Maîtresse ne peut presque pas se soutenir.
Sarah. [Marchant à grand-peine s* appuyant sur l'esclave.)
Je ne puis plus avancer.
Don Isaac. ( Voyant les larmes de sa fille.)
Pourquoi ces larmes Sarah ! Elles me font mal.
Sarah
Elles sont pour ceux que j'ai aimés, et que je ne reverrai plus.
11 n'est pas un de nous qui ne laisse ici quelque chose de lui-même ; les filles d'Israël doivent avoir le cœur vaillant..*.*
Sarah. {L'interrompant et portant la main au sein gauche.)
.... Mon père le mien se brise dans ma poitrine....
.... Elles ont marché dans le désert sans défaillance, elles avaient le courage, Dieu leur envoyait les forces.
Sarah
Moi je n'ai plus ni force ni courage. Abandonnez-moi ici, je ne puis aller plus loin. (Elle s'avance péniblement vers le bouquet d'arbres.)
Carlos. (Qui ne pouvait contenir davantage son émotion accourt vers elle, en criant.)
Sarah !
Sarah. (Surprise d'abord et se jetant dans les bras de Don Carlos)
Oh Carlos, mon Carlos îj
Encore cet homme !
Sarah
Oh, je suis heureuse, je t'ai vu. . . et maintenant je puis-, mourir ; je sens que je vais mourir. . . .
Carlos
Non, non ma Sarah, je t'aime î
Sarah
Je vais mourir ici. . . (Zèlika étend son manteau sur le> gazon). . . J'étouffe (se laissant tomber). . . Je meurs, .... Oh, je meurs !. . .
Carlos. (S' agenouillant auprès d'elle.)
Mon Dieu, mon Dieu !
Sarah. (A Bon lsaac.)
Mon Père!. . . Mon pauvre père. . . (La voix entrecoupée.) Vous quim'aimiez tant, qui avez tant souffert... c'est moi qui ajoute encore à vos douleurs. . .
Do> Isaac (Les yeux pleins de larmes.) Ma fille chérie. . . .
Sarah
Pardonnez à votre enfant. . . . pardonnez-moi, ... je meurs fidèle à notre Dieu. . . à notre foi. . . (tournant les yeux vers Caries.) Fidèle à mon amour.
Carlos
Non tu ne mourras pas, je t'aime ! . . . .
Sarah
Adieu ! mon Carlos ! . . . . (Avec effort.) Adieu. . . . (Elle reste un instant immobile, puis avec un sursaut de tout le corps, elle exhale un long soupir.)
Ah ! ... .
Carlos. (L'appelant.)
Sarah ! . . . . ma Sarah. . . . (Sanglotant.) Oh! son cœur ne bat plus !
Don Isaag. (Après un silence coupé par les sanglots de Bon Carlos et de l esclave.)
Dieu a voulu que je boive la coupe de douleur jusqu'à la
lie (Etendant les mains sur le cadavre comme pour le
bénir.) Il me l'avait donnée, il me la reprend. . . . que son Saint Nom soit béni.
Cordoero. (Qui s'est rapproché avec Christophe Colomb depuis l'instant où s'est montré Don Carlos.)
Seigneur ! prenez pitié de tant de malheurs. . . .
Colomb. (La voix pleine de larmes.) Et maintenant Don Isaac, qu'allez-vous faire ?
Cordoero
Voulez-vous que je fasse demander au Roi quelques jours de sursis'?
C'est inutile. ... ce soir quand je l'aurai rendue à la terre je partirai.
Cordoero
Et où pensez-vous porter vos pas !
Don Isaac. (Avec un geste d'accablement.)
Qui le sait ! . . . (Puis comme se ranimant.) Où Dieu voudra ! vers la terre de mes ancêtres. (Etendant la main vers l'Orient.) Vers Sion !
(T{ ideau)
Table des actes
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Pages.