ACTE IV. TABLEAU 11, SCENE
farouche, mais délicieuse Sahële que je n'ai pas oubliée? Tu sais que mon cœur ne peut s'être fermé tout-à-fait au souvenir de si âpres voluptés. Et qui te dit, méchante, que de toutes celles que tu prétends venger en même temps que toi, tu ne fus pas la plus aimée, la seule aimée peut-être? Pourrais-tu l'affirmer?
DONA SAHËLE
Éternel séducteur ! Prétends-tu me vaincre encore et désarmer ma haine? Ah ! je te reconnais, don Juan. Tu vois l'éclair dans mes yeux et l'orage sur ta tête, tu vois la haine dressée devant toi, menaçant ta vie, et tu parles d'amour, tu te parjures, tu mens encore pour échapper au châtiment. Car tu ne m'aimes pas, tu ne m'aimas jamais. Oh ! non ; cela n'est pas possible. Il te fallait des cœurs plus faciles ? Et cependant. Dieu, mon Sauveur, pourrait attester que mon âme ne brûla jamais que pour toi. Tout ce qu'elle contenait d'amour et de dévouement s'éveilla sous tes caresses d'amant, ô homme pervers. Quel feu as-tu donc allumé dans mes veines
I}0 DONJUANDAK.MANA
et qu'as-tu fait du cœur de Sahële ? Que dis-je : n'est-ce point justice? Tout ce qui approche don Juan ne tombe-t-il pas à damnation ? Oui, je suis damnée. Je suis ton démon. Tu m'as donné ton sang. J'en ai soif encore ; mais non pas pour l'amour, pour la mort !
(Elit' s\miiia' pour le frapper .J
DON JUAN, Li reteihint encore.
Insensée !
D G N A s A H Ë L F, ^ 'exJt.in 1
La demeure solitaire que tu as faite à mon âme, s'est creusée d'année en année, plus profonde, et mes noirs desseins s'y sont formés comme ces germes empoisonsonnés qui naissent de l'humide obscurité des cavernes.
DON JUAN, Jt part.
Si ma grâce et ma beauté soutenues du vol léger de mes discours sont impuissantes à désarmer une femme, la nature est contre moi et je n'ai plus qu'à me défendre. (A Sahêlc.) Malheurcuse femme, sais-tu ce qu'est l'amour pour oser v mêler l'odieuse