‹ Don Juan d'Autriche, ou, La vocationChapitre 52 sur 182 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

DON JUAN, puis DONA FLORINDE.

DON JOAN

Que peut-elle me demander? Plus j'y r&ve , moins je comprends ce qui la force a m'ecrire. Eh! liscns-la, cette lettre! Quelle rage a-t-on de vouloir deviner ce qu'on peut savoir? ( Apres avoir lu la lettre. ) Est-il possible? mes yeux me trompent !... non. c'est trop vrai :

« Sara, fille du juif Ben-Jochai... »

Eh bien ! on a beau pre voir tous les evenemens, celui qui vous arrive est toujours le seul auquel on n'ait pas songe. J'avoue que mon orgueil d^idalgo et de vieux chretien est un peu etourdi du coup. Sara !... je ne m'attendais pas que j'aurais en mariage quelque chose de commun avec Abraham... et mon noble sang... Ai-je la certitude qu'il soit noble? Quand je Taurais , serait-ce un motif pour me montrer moins genereux quelle? Tout a Theure j'etais a ses genoux, moi qui n'ai plus de nom, moi qui n'ai ni bien ni titre; a-t-elle hesite? Etje balaneerais! non. de par tons les patriarches dTsrael ! Qu'en

arrivera-t-il ? qu'elle priera Dieu a sa maniere comme moi a la mienne; en sera-t-elle moins belle, moins digne de mon respect ? Ten airaerai-je moins ?... Par gout, j'aurais prefere que Tanciennete de sa race ne remontat pas tout-afait si haut ; mais qui saura son secret , hors moi seul?... Allons ! mettons sous nos pieds le respect humain. Dansma joie de lui faire un sacrifice , je respire plus a Taise, je me sens presque digne d'elle , et je suis content de moimeme. Courons lui porter mareponse...

dona tlorinde, qui est rentree a la fin du monologue, et qui s'appuie , tremblante, sur le dos du fauteuil. Je n'ai pas pu Tattendre.

Vous etiez la?

DONA FLORINDE

Je ne voulais pas ecouter... mais j'ai entendu.

Et vous pleurez !

dona florinde , tombant assisse.

De reconnaissance. Reflechissez encore : ne regretterez-vous jamais ce que vous me sacrifiez? si Ton vient a decouvrir notre secret...

Eh bien ! nous quitterons TEspagne ; nous

Page 1