SCENE VI
DONA DOLORÈS, DONA LUSCINDE, pui. LE COMMANDEUR.
Dona Luscinde vient embrasser sa sœur.
Au revoir.
DONA DOLORÈS
Tu ne viendras plus là pour le baiser du soir.
DONA LUSCINDE
Nous ne dormirons plus dans la maison du père.
DONA DOLORÈS
Et je n'entendrai plus ton pas, comme une paire D'oiseaux joyeux qui vont en sautant dans les fleurs.
Elle berce sur son épaule la tète de Luscinde.
Dodo... Ce n'est plus moi qui sécherai vos pleurs, Et tu ne mettras plus ton front sur mon épaule.
DONA LUSCINDE
Si, quand j'aurai de gros chagrins...
Le Commandeur entre et reste sur le seuil. DONA DOLORÈS.
Comme c'est drôle, Je suis heureuse. Et toi?
DONA LUSCINDE
Je n'ai pas de regret.
DONA DOLORÈS
Et pourtant, c'est un peu comme si l'on mourait.
DONA LUSCINDE
Petite mère...
Le Commandeur, qui est venu près d'elles, les prend toutes deux par les épaules, et tour à tour les rapproche ou les éloigne de sa poitrine, pour les serrer ou pour les voir.
LE COMMANDEUR
Oh, vous !... Encor, que je vous voie ! Pauvres enfants, mes doux petits, toute ma joie ! Je dis « pauvres enfanls », et c'est moi que je plains. Le vieux sera bien seul avec ses chapelains. Le pauvre vieux, tout seul, comme un chien dans la foule. Ah oui, c'est bien mon sang qu'on m'a pris, mon sang coule, C'est bien ma chair à moi qu'on m'arrache des bras !
DONA LUSCINDE
Nous viendrons vous voir.
LE COMMANDEUR
Oui, mon petit, tu viendras.
DONA LUSCINDE
Très souvent.
LE COMMANDEUR
Oui, mon cœur... C'est méchant d'être triste, Mais vois-tu bien, un vieux soldat, c'est égoïste, Et puis, il faut qu'on pleure un peu, dans un roman.
DONA LUSCINDE
Papa !
DONA DOLORÈS
Nous reviendrons.