ACTE II
A Inès, qui lui prend le bras.
Belle fille, Que veux-lu?
INÈS, bas, à don Juan.
C'est donc vrai que vous quittez Séville?
DON JUAN, gaiement.
Au petit jour!
INÈS
Où donc allez-vous?
Dans un coin!
Que m'importe où je vais pourvu que je sois loin ! Courons la vie! Et les pays n'importent guère! Nous avons fait l'amour et nous ferons la guerre. Don Miguel, vous plaît-il de me suivre où je vais?
DON MIGUEL, sèchement.
J'ai ma besogne ici. don Juan, et je la fais.
DON JOSE, reprenant sa guitare.
Pour calmer les chagrins les plus nobles d'Espagne, Belle Inès, chante un peu.
Chante.
DON JOSE
Je t'accompagne.
INÈS
Seigneur, voilà des mois que je n'ai plus chanté.
DON JUAN, prenant une coupe vide.
Alors, buvons !
Un valet s'approche pour le servir.
Du vin ?. . . Pas de vin ! Du Léthé !
L'eau qui fait qu'on oublie est la meilleure à boire! Don Miguel, nous jouerons à perdre la mémoire.
Il boit.
Tous les vins que je bois m'écœurent quand j'ai bu. Ah, si j'avais pu croire en Dieu, si j'avais pu !
On entend sonner Tangélus.
Un glas! Entendez-vous? Deux glas! Le glas qui sonne!
DON LUIS
C'est l'angélus.
Le glas, vous dis-je!
DOROTHÉE
Il déraisonne,
Si ce n'est point le glas, alors c'est le tocsin!
Le Sacré-Tribunal a flairé l'assassin :
Il aboie, et Saint-Paul va dérouiller ses portes.
0 mes frères, songeons aux morts, songeons aux mortes,
Baignons-nous dans l'effroi d'être oubliés demain.
Belise ! Un anneau d'or brille au doigt de ta main.
Mais ta main durera moins longtemps que ta bague...
DOROTHÉE
Il n'est pas gai.
POMME d'Eve.
Pour sûr !
BELISE.
Il est ivre.
DON JOSE
Il divague*