‹ Don Juan de MañaraChapitre 60 sur 95 · ACTE Ml · texte numérisé non relu

ACTE Ml

DONA DOLORÈS

Il prescrit de s'oublier soi-même Mais il a dit d'aimer le prochain plus que soi.

LA SUPÉRIEURE

Ma chère enfant, craignons de discuter la loi.. Je vous laisse : ma tâche est à peine finie ; Les prêtres vont venir pour la cérémonie, Et je dois allumer les cierges des autels.

Elle sort, suivie de la religieuse.

SGÈiNE II DONA DOLORÈS, seule, puis LA SUPÉRIEURE.

DONA DOLORÈS, à la statue.

Mon père,, au seuil de l'ombre où vos restes mortels

Vont être renfermés jusqu'à la grande aurore,

La fille qui renonce au monde vous implore ;

Votre colère humaine avait dit : « Venge-nous. »

Mais le Christ est en deuil lorsqu'on meurt en courroux,

Et je veux pardonner afin qu'il vous pardonne.

Elle lit l'inscription du fronton.

« Repens-toi... » — La vengeance, ô père, n'est pas bonne,

Et celui que la foule accuse est innocent,

Et vous le savez mieux que moi-même, à présent,

Et vous savez que Dieu détournera ses blâmes

Si j'ai mêlé vos noms pour sauver vos deux âmes !

Elle lit encore et se jette à genoux.

« Repens-toi... » — Je vous dis qu'il n'a point fait cela ! Don Juan n'est pas coupable, et je le sens. S'il a Péché souvent, et si sa jeunesse était folle, S'il fut léger, trop vif aux plaisirs, et frivole,

Il n'était pas de ceux dont on fait des bandits ! Je sens son innocence en moi-même, et je dis, Moi, votre enfant, victime aussi, trois fois victime, Que don Juan n'était pas capable d'un tel crime, Qu'il ne Tapas voulu, qu'il ne l'aurait pas pu, Jamais, que tout son cœur l'en aurait défendu. Et qu'il ne l'a pas fait puisque je l'aime encore!

Elle se relève.

Oui, devant votre tombe et l'autel, je m'honore De confesser l'amour que Dieu n'interdit pas : Je n'ai rien conservé des espoirs d'ici-bas, Mais, par la volonté de l'Église et la vôtre, L'Éternité nous a fiancés l'un à l'autre : J'attendrai dans ma foi tranquille, jusqu'au bout. Et don Juan n'a rien fait, puisque Dieu qui sait tout Me permet de l'aimer sans en rougir de honte !

Elle redescend la scène.

Seigneur, si c'était vrai, pourtant, ce qu'on raconte !

— Non ! Je crois, je veux croire... Oh, le voir, une fois,

Et l'entendre nier la chose avec sa voix,

Lire la vérité dans ses yeux, être sûre,

Plus sûre, et ne jamais sentir cette morsure

Du doute qui revient quand on va l'oublier !

Elle regarde autour d'elle.

S'il sortait tout à coup de l'ombre d'un pilier ! S'il venait!

Elle entend le bruit d'un pas et se retourne.

Qui vient là? Ne venez pas !

La Supérieure rentre.

LA SUPÉRIEURE

Ma mie...

Vous m'avez effrayée !

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