ACTE III
UNE FEMME
On appelle cela fêter Tanniversaire.
DEUXIÈME MENDIANT
Les riches, c'est toujours en fêles!
LE MARRANO.
Ah, misère!
Et tu trouves qu'il fait un métier amusant? Je voudrais bien te voir à sa place.
DEUXIÈME MENDIANT
A présent, Non; mais, quand il vivait, sa place était la bonne.
LE MARRANO.
Il n'est jamais content, le gueux! Dieu me pardonne, Est-ce que tu n'as pas ton nez sous tes deux yeux, Et ta panse, tout comme un duc?
DEUXIÈME MENDIANT
Il mange mieux.
Entre don Juan, voilé ; peu après, derrière lui, don Miguel, qui le sui'veilîe.
LE MARRANO.
Et moi, pourvu que j'aie un pain et de l'eau claire,
Qu'on ne m'invite pas à ramer en galère
Et que le Saint-Office ait oublié mes os,
Qu'on me laisse ma part de ciel comme aux oiseaux.
Pourvu que sans soucis et l'échiné légère,
Gai lorsqu'on me méprise et doux quand je digère,
Je puisse aller, avec un bâton dans la main,
Et dormir sur tous les baisers du grand chemin,
Ma montera vaut la couronne, et je suis comte!
DOM JUAN, à part.
Ce gueux qui me répugne est moi-même...
LE MARRANO, montrant don Juan.
Avoir honte,
Se cacher et rougir de soi, voilà le mal !
Entre don Ghristobal.
UNE FEMME, montrant don Ghristobal.
Tiens, le masque !
PREMIER MENDIANT
Il a dû passer au Tribunal.
LE VIEUX, bas.
La Chambre du Tourment l'a pris pour le coupable.
DEUXIÈME MENDIANT
Et mis au chevalet par erreur.
UNE FEMME
Pauvre diable !
LE MARRANO s'approche de don Juan et d'un mouvement brusque relève
rantiface.
Caches-tu ta laideur, mon brave, ou tes péchés?
Plusieurs des mendiants regardent; don Miguel, Cœlia, don Ghristobal^ ont reconnu don Juan; il rabaisse rapidement son voile et porte la main à son épée, cachée sous sa robe. Don Miguel se rapproche de lui, par derrière.
DON MIGUEL
DON JUAN, se retournant.
Que voulez-vous ?
DON MIGUEL
Ma femme !