ACTE III
DONA DOLORÈS
Je sens trop que le soupçon vous blesse, Mais par pitié pour mon aiii^'usse et ma faiblesse, Délivrez-moi, d'un mot. et jurez par la croix...
Vous voyez bien que vous douiez...
DONA DOLORÈS
Non, je vous crois.
Ne jurez pas. Un tel serment est une injure, Pour Dieu, pour vous, pour moi. Ne jurez pas !
Je jure
DON JUAN, s'approchant.
Que vous êtes ma vie et mon recueillement!
DONA DOLORÈS, reculant.
Vous allez profaner notre dernier moment! Le souvenir que la prière purifie, La morte vous le garde en atttMidant sa vie, Jusqu'à la mort, qui doit nous réunir en Dieu ! Allez en paix.
Oh, pas encore! Encore un peu, Rien qu'un peu, rafraîchir ma lêle dans votre ombre, Un peu!... Si vous saviez comme l'exil est sombre Au proscrit qui n'a plus ni pays ni vouloir, Qui va seul, sans amis, sans but, et qui le soir Regarde le soleil se coucher sur des villes ! J'ai froid. La vie est laide et les âmes sont viles. Je vais mourir.
DONA DOLORÈS
Hélas...
Mais toujours et partout, Lorsque mon cœur en peine est navré de dégoût, Lorsque je suis trop las, trop seul, je vous appelle, Et comme une Madone au fond de la chapelle. Comme une fleur d'espoir sur le bord d'un tombeau, Vous surgissez des nuits du rêve, et tout est beaul
DONA DOLORÈS
Laissez-moi l'ignorer, pour que Dieu nous protège. Ne parlez plus!
L'amour n'est pas un sacrilège.
DONA DOLORÈS
Pourquoi donc êtes-vous revenu ?
Pour te voir I Pour fêter le trépas de mon suprême espoir, Pour saigner par ton œuvre, ô vierge trop chrétienne, Et pour voir s'engoufl^rer ma vie avec la tienne, Dans le deuil éternel du cloître où tu descends...
DONA DOLORÈS
Seigneur Dieu !
Pour ce Dieu de pitié, tu consens Lorsqu'on souffre, au plaisir d'aggraver la blessure! Et tu dis que c'est ton devoir! Es-tu bien sûre?