‹ Don JuanChapitre 40 sur 97 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

Votre dessein était-il d'aller du la ville ?

DON CARLOS

Oui, mais sans y vouloir entrer; et nous nous voyons obligés, mon frère et moi, à tenir la campagne pour une de ces fâcheuses affaires qui réduisent les gentilshommes à se sacrifier, eux et leur famille, à la sévérité de leur honneur, puisqu'enfm le plus doux succès en est toujours funeste, et que, si l'on ne quitte pas la vie, on est contraint, de quitter le royaume; et c'est en quoi je trouve la condition d'un gentilhomme maiheureuse, de ne pouvoir point s'assurer sur toute la prudence et toute l'honnêteté de sa conduite, d'être asservi par les lois de l'honneur au dérèglement de la conduite d'autrui, et de voir sa vie, son repos et ses biens dépendre de la fantaisie du premier téméraire qui s'avisera de lui faire une de ces injures pour qui un honnête homme doit périr.

On a cet avantage qu'on fait courir ie même risque et passer aussi mal le temps à ceux qui prennent fantaisie de nous venir faire une offense de gaieté de cœur. Mais ne serait-ce point une indiscrétion que de vous demander quelle peut être votre affaire?

DON CARLOS

La chose en est aux termes de n'en plus faire de secret ; et, lorsque l'injure a une fois éclaté, notre honneur ne va point à vouloir cacher notre honte, mais à faire

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