SCENE X
MADELON
Il y a de la chromatique jà-dedans.
MASCAR1LLE
Ne trouvez- vous pas la pensée bien exprimée dans le chant? Au voleur! au voleur! Et puis comme si l'on criait bien fort, au, au, au, au, au voleur! Et tout d'un coup, comme une personne essoufflée, au xo- ■'<:ur!
MADELON
C'est là savoir le fin des choses, le grand fin, le fin du fin. Tout est merveilleux, je vous assure; je suis enthousiasmée de l'air et des paroles.
CATHOS
Je n'ai encore rien vu de cette force-là.
Tout ce que je fais me vient naturellement; c'est sans étude.
MADELON
La nature vous a traité en vraie mère passionnée, et vous en êtes l'enfant gâté. /
MASCARILLE
A quoi donc passez-vous le temps, mesdames?
CATHOS
A rien du tout.
MADELON
Nous avons été jusqu'ici dans un jeûne effroyable de divertissements.
MA se A ri;
Je m'offre à vous mener un de ces jours à la comédie, si vous vouiez ; aussi bien on en doit jouer une nouvelle que je serai bien aise que nous voyions ensemble.
MA DELON
Cela n'as* pas de relus.
MASCAB1LLE
Mais je vous demande d'applaudir comme il faut, quand nous serons là: car je me suis enga:- i valoir la pièce, et l'au-
teur m'en est venu prier encore ce matin. C'est la coutume ici qu'à nous autres de cette condition, lies auteurs viennent lire leurs pièces nouvelles, pour nous engager à les trouver belles, et leur donner de la réputation: et je vous laisse à penser si. quand nous disons quelque chose, le parterre ose nous contredire: Pour moi. j'y suis fort exact; et, quand j'ai promis à quelque poète, je crie toujours : « Voilà qui est beau ! » devant que les chandelles soient allumées.
MA DELON
Ne m'en parlez point, c'est un admirable lieu que Paris: il s'y passe cent cl: tous les jours qu'on Ignore dans les provinces, quelque spirituelle qu'on puisse être.
GATHOS
C'est assez; puisque nous sommes instruites, nous ferons notre
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nous écrier comme il faut sur tout ce qu'on dira.
MASCARILLE
Je ne sais si je me trompe ; mais vous avez toute la mine d'avoir fait quelque comédie.
MA DELON
Hé ! il pourrait être quelque chose de ce que vous dites.
MASCARILLE
Ah ! ma foi, il faudra que nous la voyions. Entre nous, j'en ai composé une que je veux faire représenter.
CATHOS
Hé! à quels comédiens la donnerez-vous?
MASCARILLE
Belle demande ! Aux comédiens de l'hôtel de Bourgogne; il n'y a qu'eux qui soient capables de faire valoir les choses; les autres sont des ignorants qui récitent comme l'on parle; ils ne savent pas faire ronfler les vers et s'arrêter au bel endroit. Et le moyen de connaître où est le beau vers, si le comédien ne s'y arrête, et ne nous avertit par là qu'il faut faire le brouhaha ?
CATHOS ft
En effet, il y a manière de faire sentir aux auditeurs les beautés d'un ouvrage ; et les choses ne valent que ce qu'on les fait valoir.
MASCARILLE
vous semble de ma petite oie ? La trouvez- vous congruente a l'habit?
CATHOS
Tout à fait.
MASCARILLE
Le ruban en est bien choisi ?
MA DELON
Furieusement bien. C'est Perdrigeon tout pur.
MASCARILLE
Que dites-vous de mes canons?
MADELON
Ils ont tout à fait bon air.
MASCARILLE
Je puis me vanter au moins qu'ils ont un grand quartier de plus que tous ceux qu'on fait.
MADELON
Il faut avouer que je n'ai jamais vu porter si haut l'élégance de l'ajustement.
MASCARILLE
Attachez un peu sur ces gants la réflexioQ de votre odorat.
MADELON
Ils sentent terriblement bon.
CATIIOS
Je n'ai jamais respiré une udeur mieux conditionnée.