Deuxième partie — Acte second. 2o
Dieu! N'est-ce pas là la voix du commandeur?
LA STATUE
Tu supposas toujours qu'ici tu n'avais pas lieu de m'attendre.
Tu mens, car j'ai fait approcher ce siège pour toi. Arrive donc, afin de voir que, si j'ai douté, par un excès de surprise, je ne te crains pas, quand tu serais Ulloa même.
LA STATUE
Tu en doutes encore ?
Je ne sais.
LA STATUE
Pose, si tu le veux, impie, ta main sur le marbre glace de ma statue.
Pourquoi faire? Il me suffit de te l'entendre dire. Soupons donc; mais je t'avertis...
LA STATUE
De quoi ?
204 Don Juan Ténor io.
Que si tu n'es pas le mort lui-même, tu scias comme lui au sortir d'ici. — Eh! debout! (A Cenlellas et à Avellautda),
LA STATUE
Ne pense pas qu'ils se lèvent. Non, Don Juan; ils ne reviendront pas à eux avant que je m'en aille. La divine clémence du Seigneur pour toi ne veut d'autre témoin que ton jugement et ta conscience. A la sacrilège invitation que tu m'as faite dans le Panthéon, Dieu, pour éclairer ta raison, me permet de répondre; et je dois venir en son nom pour t'enseigner la vérité. La voici : il est une vie éternelle au delà de la vie de l'homme; ils sont comptés, les jours que tu as à vivre, et tu vas mourir demain même, Don Juan. Mais, comme tu t'imagines que ce qui se passe devant tes yeux n'est qu'aberrations de ton esprit et fantaisies de ton effroi, Dieu, en sa sainte clémence, t'accorde encore un délai jusqu'au jour nouveau, pour mettre en ordre ta conscience. Et afin que tu connaisses mieux sa justice infinie, j'attends de ta valeur que tu me rendes ma visite. Iras-tu, Don Juan?
J'irai, oui ! Mais je veux me convaincre de l'inconsistance de ton être, avant que tu sortes d'ici. (// saisi! un pistolet.)