‹ Don Juan tenorioChapitre 118 sur 127 · SCENE lre · texte numérisé non relu

SCENE lre

DON JUAN, la ctipe relevée, et comme en distraction, entre en scène lentement.

Ce n'a pas été ma faute ; un délire insensé a mis hors de lui mon esprit échauffé. Ma main avait besoin d'immoler des victimes à ma foi désespérée, et, les voyant au milieu de mon chemin, je les ai jetées en proie à ma folie. Ce n'est pas moi, vive Dieu! le coupable; c'est leur destin! Ils savaient mon adresse et ma chance... Oh ! je me sens le cœur emporté en un vertige infernal... Mon âme, errant sans but, s'en va au travers du désert de la vie, telle qu'une feuille sèche que fait tourbillonner lèvent. — Je doute... Je crains... J'hésite... En ma tête, je sens un volcan brûler... Je marche sans que ma volonté me guide, et ma fierté est humiliée par un je ne

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sais quoi de grand qui m'épouvante. — (Un moment de silence.)

Jamais mon orgueil ne conçut qu'il pût rien y avoir au-dessus du courage !... J'ai cru que l'âme s'anéantit avec le corps, quand on meurt;., et aujourd'hui, mon cœur hésite. — Jamais je n'ai cru aux fantômes !... rêveries !... et de ce fantomeci, en dépit de ma force, je sens les pieds de pierre marcher, partout où je vais, derrière les miens. — Oh !... Et un pouvoir mystérieux m'entraîne, irrésistible, à cette place...

(// lève la tète et voit que la statue de Don Gon^alo n'est pas sur son piédestal).

Mais, que vois-je ! sa statue manque ici !... Songe horrible, laisse-moi donc une fois pour toutes !... Non, je ne crois pas à toi ! Va-t'en; fuis de mon esprit fasciné, illusion prophétique... En vain tu t'opiniâtres, par de puériles terreurs, à pousser à bout ma valeur surhumaine. Si tout est illusion, songe menteur, nul n'abattra mon courage avec des tours d'adresse ; et si c'est réalité, l'engagement est téméraire, de prétendre apaiser la colère du ciel. — Non ! Songe ou réalité, je n'ai plus qu'une ambition, c'est de le vaincre ou que tu me vainques; et si. dans sa miséricorde, le ciel, peut-être, cherche mon cœur, qu'il le cherche donc plus franchement et plus généreusement ! La statue de ce tombeau m'a invité à venir chercher une preuve plus sûre de la vérité dont j'ai obstinément douté... Me voici donc ; commandeur, réveille-toi.

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