‹ Don Juan tenorioChapitre 52 sur 127 · SCENE I" DONA INÈS - L'ABBESSE · texte numérisé non relu

SCENE I" DONA INÈS - L'ABBESSE

L ABBESSE

Donc, vous m'avez comprise ?

DONA INÈS

Oui, senora.

C'est très bien : telle est la volonté décisive de votre père. Vous êtes jeune, candide et bonne ; vous avez vécu dans le cloître presque depuis que vous êtes née ; et pour y demeurer, liée à jamais par de saints vœux, vous n'avez à faire, comme les autres, ni preuves difficiles, ni pénitences. Heureuse êtes - vous mille fois ! heureuse, oui, Dona Inès, puisque, ne connaissant pas le monde, vous n'avez pas à le craindre. Heureuse, vous qui, en foulant le seuil du cloître,

g6 Don Juan Tenorio.

ne vous retournerez pas pour voir ce que vous laisserez derrière vous ! Les souvenirs mondains d'agitation et de plaisir ne vous troubleront pas, tentateurs, aux pieds des sacrés autels ; et ignorant ce qu'il y a derrière ces saintes murailles, vous ne souhaiterez jamais ce qui se trouve arrêté par elles. Douce colombe, instruite à manger dans les mains du maître qui l'a nourrie dans le verger domestique, et jamais échappée à la cage protectrice, vous n'aspirerez jamais à déployer vos ailes parmi l'espace. Lis exquis, dont la tige n'a été bercée tout au plus que par les brises enbaumées du mois le plus fleuri, vous ouvrirez ici votre calice aux baisers du zéphir, et ici vos feuilles viendront paisiblement à tomber. Dans le coin de terre où se renferme notre vie retirée, et dans le coin de ciel qui apparaît à travers les grilles, vous ne verrez rien de plus qu'un lit où reposer votre doux sommeil, et un voile d'azur suspendu aux portes de l'Eden.... Ah! Je vous envie, en vérité, heureuse Dona Inès, avec votre innocente vie et cette vertu de ne pas savoir. — Mais pourquoi êtes-vous là, tête basse ? Pourquoi ne me répondez-vous pas, comme d'autres fois, joyeuse, quand je vous parlais des mêmes

choses? Vous soupirez? Oh! Je comprends

bien : ne pas voir encore de retour votre gouvernante, voilà ce qui vous inquiète; mais ne craignez rien. Elle est allée à la maison de votre père, presque à la nuit, et elle doit être

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