‹ Don Juan tenorioChapitre 82 sur 127 · Première partie. — Acte quatrième · texte numérisé non relu

Première partie. — Acte quatrième

Jamais devant un homme je n'ai courbé mon front alticr, jamais je n'ai supplié ni mon père ni mon roi. El puisque je conserve, à tes pieds, la posture où tu me vois, considère, Don Gonzald quelle raison puissante je dois avoir.

DON GONZALO

Ta raison, c'est la peur de ma justice.

Pour Dieu ! Entends-moi, commandeur, ou je ne saurai me contenir, et serai tel que je fus toujours, et que je ne veux pas être, à cette heure.

DON GONZALO

Vive Dieu !

Commandeur, j'idolâtre, moi, Dona Inès, et suis persuadé que le ciel me l'a voulu octroyer pour guider mes pas vers le sentier du bien. Ce n'est pas la beauté que j'ai aimée en elle, ni ses grâces que j'ai adorées ; ce que j'adore en Dona Inès, Don Gonzalo, c'est la vertu. Ce que juges ni évêques n'ont pu faire de moi avec des prisons et des sermons, sa candeur l'a pu. Son amour m'a changé en un autre homme, a régénéré mon être, et elle, elle peut faire un ange

i5o Don Juan Tenorio.

de qui fut un démon. Écoute donc, Don Gonzalo, l'offre que peut te faire l'audacieux Don Juan Tenorio, à genoux à tes pieds. Je serai esclave de ta fille; je vivrai dans ta maison; tu gouverneras mes biens et me diras : « Ceci doit être ainsi. » Pendant le temps que tu me fixeras, je resterai prisonnier volontaire; toutes les preuves que tu exigeras de mon audace ou de mon arrogance, de la façon que tu ordonneras, je te les donnerai avec soumission. Et quand ton jugement estimera que je la puisse mériter, je lui donnerai un bon époux, et elle me donnera le paradis.

DON GONZALO

Assez, Don Juan! Je ne sais comment j'ai pu me contenir, en entendant tant de honteuses preuves de ton infâme hardiesse. Don Juan, tu es un couard, quand tu te vois en face du danger, et il n'est bassesse que tu n'oses pour te tirer d'affaire.

Et je rougis de te contempler ainsi à mes pieds, implorant de la pitié ce que tu pariais obtenir de la force.

Tout ainsi se paye, Don Gonzalo, du même coup.

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