Première partie. — Acte quatrième. i
DON LUIS
Et puisque la colère souveraine de Dieu unit, comme tu le vois, le père de Dona Inès et le vengeur de Dona Ana, considère la fin qui t'attend ici : car deux choses dans le même temps t'atteignent, la vengeance ici, et là-bas la justice.
DON GONZALO
Oh ! Je comprends à cette heure... Êtes-vous celui qui... ?
DON LUIS
Je suis Don Luis Mejia, que Dieu vous envoie à temps pour votre vengeance.
Assez, donc, d'un tel supplice! Si par mes biens et mon honneur je ne puis montrer ni faire valoir à vos yeux mon sincère sacrifice ; si cette loyale sollicitude, avec laquelle je vous offre tout ce que je puis, vous la prenez pour de la peur, vive Dieu ! et raillez ma vertu ; eh bien ! j'accepte ce que vous me donnez, le terme bref et décisif qu'il me faut, pour me montrer ce Tenorio dont vous mettez en doute la valeur.
Soit! Et tombe à nos pieds, digne au moins de ce renom qui te proclame si brave...
i54 Don Juan Tenorio.
Et que l'enfer l'emporte, donc ! Ulloa, puisque tu forces ainsi mon âme à replonger dans le vice, quand Dieu m'appellera devant son tribunal, c'est toi qui répondras pour moi. (// lui envoie un coup de pistolet.)
DON GONZALO [tombant)
Assassin !
Et toi, insensé, qui m'appelles vil larron, va
dire, comme preuve de ta raison, que je t'ai tué
face à face. (Ils se battent, et il perce Don Luis d'une
estocade.)
DON LUIS [tombant) Jésus !
Trop tard, ta foi aveugle implore le ciel, Mejia, et ce n'a pas été ma faute. Mais la justice arrive, et il faudra voir, sur ma foi, qui je suis.
CIUTTI [au dehors)
DON JUAN (s'avançant sur /<• balcon)
Qui est-ce ?
CIUTTI (an dehors)
Par ici... Sauvez-vous.
Le passage est libre ?