‹ Don Quichotte de la Manche (volume 3)Chapitre 24 sur 114 · PARTIE I, CHAP. y · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAP. y

romance lamentable que l’auteur fait dire à Beaudoin :

Je meurs, 6 beaute' cruelle,

Daignes-tu. plaindre mon sort ?

Te soupçonner infidèle M’est plus affreux que la mort.

Noble marquis de Mantoue ,

Mon oncle et mon bienfaiteur

Comme il prononçait ces vers , un laboureur de son village , qui venait de porter du blé au moulin, passa sur la route, et, s'approchant de cet homme qui semblait se plaindre , lui demanda quel mal il avait. Don Quichotte ne douta point que ce 11e fût le marquis de Mantoue son oncle, et ne lui répondit qu’en continuant la romance , dans laquelle il lui détaillait et son malheur et les amours du fils de 1 empereur avec sa femme. Le laboureur , qui ne comprenait pas bien le sens de ce qu’il disait , lui détacha l'a visière à demi brisée , nettoya son visage couvert de poudre, et, le regardant avec attention , ne tarda pas à le reconnaître. Quoi ! c’est vous , dit-il, seigneur Quixada ( ce qui prouverait que c’était son vrai nom ) ! Qui a pu mettre votre seigneurie dans cet état ? A toutes ces questions point de réponse que la romance. Le bon laboureur

s’occupa de lui ôter sa cuirasse , pour voir s’il n’était point blessé. 11 ne vit de sang nulle part. Alors il le releva , le soutint , et , non sans peine , parvint k le mettre sur son âne . afin qu’il fut moins secoué dans la route. Ensuite il ramassa ses armes , jusqu auxmorceaux ;de la lance , les attacha sur Rossinante , prit sa bride d’une main , le licou de 1 âne de l’autre , et s’achemina vers son village , rêvant en lui-même à ce que pouvait signifier tout ce que disait don Quichotte.

Celui-ci , que ses contusions faisaient tenir un peu de travers sur l’âne , levait les yeux au ciel , et poussait de si grands soupirs , que le laboureur se crut obligé de le questionner de nouveau. Mais le diable , qui semblait se plaire k présenter à la mémoire du chevalier tout ce qu’il avait jamais lu, lui fit oublier dans l’instant l’aventure de Beaudoin pour lui rappeler celle du Maure Abindarraës , lorsque le gouverneur d’Antequerre , après l’avoir fait prisonnier, le conduisit dans sa forteresse; de sorte que cette fois il répondit au laboureur ce que répond à Rodrigue de Narvaës, dans la Diane de Montemayor , l’Abencerrage captif. A la fin de ce long discours, il ajouta ï Seigneur don Rodrigue, il est bon que vou» sachiez que cette belle Xarife dont je viens e

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