‹ Don Quichotte de la Manche (volume 3)Chapitre 39 sur 114 · PARTIE I, CHÀP. IX · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHÀP. IX

pourrait exprimer la colère de don Quichotte ! Il se relève sur ses étriers , saisit son épée à deux mains , et la fait tomber comme une montagne sur la tête de son ennemi. Malgré le coussin qui la défendait , le coup fut si fort , si terrible , que le sang coula dans l’instant par la bouche et par les narines du malheureux Biscayen. Il était parterre , s’il n’eût embrassé le cou de sa mule. La mule , effrayée , se met à courir, saute, rue, et jette son maître. Don Quichotte à pied vole a lui , lève son épée , et lui crie de se rendre, ou qu’il va lui couper la tête. Le Biscayen était si étourdi, qu’il ne pouvait pas répondre. Notre héros , dans sa fureur , ne 1 aurait pas épargne ; mais les dames du carrosse , jusqu’alors tremblantes spectatrices du combat, accoururent auprès du vainqueur pour lui demander en grâce de ne pas tuer leur écuyer. Don Quichotte répondit avec une gravité fière : Illustres princesses , je consens à ce que vous désirez , et je n’y mets qu’une condition ; c’est que ce chevalier ne manquera point d’aller jusqu’au Toboso se présenter de ma part a la belle dona Dulcinée, pour qu’elle ordonne de son sort. Les pauvres dames, sans demander ce que c’était que cette Dulcinée , promirent tout au nom du Biscayen ; et don Quichotte content laissa la vie au vaincu.

8o DON QUICHOTTE.

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