‹ Don Quichotte de la MancheChapitre 21 sur 146 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Cid Hamet BenengeU prétend que lorsque don Quichotte refusa d'accompa^er Vivalde à Séville , c'était parce qu'il avait le désir secret de courir après Harcelle et de lui offrir ses services. Il est certain qu'il la chercha longtemps , avec son écuyer , dans le hois où elle s'était retirée , et que, désespérant de la rencontrer, ils s'arrêtèrent, pour passer l'heure de la chaleur, dans une belle prairie qu'arrosait un petit ruisseau. Tous deux descendirent de leurs montures, laissèrent Rossinante et l'd ne paître en liberté l'herbe fraîche , fouillèrent dans le bissac , et sans cérémonie mangèrent ensemble ce qu'ils y trouvèrent. Sancho ne s'était pas avisé de mettre des entraves à Rossinante ; il le connaissait d'un Baturel si chaste, si pacifique, que toutes les juments des haras de Cordoue n'auraient pas été capables de lui donner une mauvaise pensée.. Mais la fortune, ou plutôt l'esprit tentateur, avait amené dans ce lieu une, troupe de cavales galiciennes , conduites par des muletiers yangois , qui s'étaient arrêtés dans ces prés , selon leur usage , pour faire la méridienne.

Il arriva, l'on ne sait comment, que Rossinante , malgré sa pudeuretsaretenne,eutà peine senti les cavales, qu'il lui prit l'étrange fantaisie d'aller auprès d'elles faire le galant. Aussitôt, et sans demander la permission à sou maître , il relève sa maigre encolure, prend un petit trot gaillard, et vient tourner, en se donnant des grâces , autour des juments de Galice. Celles-ci,

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