D. ISABELLE, D. LÉONOR, D. ELYIRE, BLANCHE D . L É O N O R
Aujourd'hui donc, Madame, Vous allez d'un héros rendre heureuse la flamme, 90
Et, d'un mot, satisfaire aux plus ardents souhaits
"8. On dirait que D. Elvirc trace ici le favorable : à cette àme active le repos
portrait de Condé. semble lâche.
79. Les Moifs r/r'/Vii«, pour : la défaite 82. « 11 faudrait que ce don Garcie
des Mores, construction familière à fût d'abord connu, » (Voltaire.)
Corneille : 86. Jeirr sous ses pieds, pour assujettir.
Après la mort du comte et les ^res défaits, f ^«""^ Voltaire. Il y a des locutions
(Ctrl. i.)23.) iatines analogues.
Mon sceptre dans ma mai» par la tienne 89. La reine entre fort à propos
[affermi pour dispenser U. Elvire de répondre
Et 1(8 Vore8 dbfaita.... ^ ;, une question embarrassante. « Quelle
' ' ' ''^ reine ? dit Voltaire : rien n'est annoncé,
81. Iiifjuiete est ici pris dans le sens rien n'est développé, n
Que poussent vers le ciel vos fidèles sujets.
D. ISABELLE
Dites, dites plutôt qu'aujourd'hui, grandes reines.
Je m'impose à vos yeux la plus dure des gênes,
Et fais dessus moi-même un illustre attentat 95
Pour me sacrifier au repos de l'Etat.
Que c'est un sort fâcheux et triste que le nôtre,
De ne pouvoir régner que sous les lois d'un autre;
Et qu'un sceptre soit cru d'un si grand poids pour nous,
Que pour le soutenir il nous faille un époux! 100
A peine ai-je deux mois porté le diadème, Que de tous les côtés j'entends dire qu'on m'aime. Si toutefois sans crime et sans m'en indigner Je puis nommer amour une ardeur de régner.
92. « Des soiihails qu'on pousse ! et madame, qui va rendre heureuse la flamme....!» (Voltaire.) Le vers 90 est mauvais, et le mot « héros », appliqué aux prétendants, étonne; mais pousser, ayant pour régime un substantif qui exprime un sentiment passionné, n'est pas rare chez Corneille; voir le Cid, 760, Ciiiiui, 308 (pousser un désir) ; Pompée, 1080.
94. Gènes a ici presque toute l'énergie de son sens étymologique (voir les notes de Ci/ma, 694, et liodogune, 1695) : ce n'est pas proprement une torture pour la reine de Gastille, mais c'est un tourment, un vrai sacrifice de soi-même qu'elle s'impose.
95. Dessus est ici préposition. Du temps même de Corneille, on préférait sur à dessus, et Corneille, pour se conformer à la règle établie par les grammairiens, modifia plusieurs vers de ses premières œuvres; mais il dut y renoncer bientôt, car il aurait eu trop à faire. — Il \iso et abuse de l'adjectif illustre pour exprimer toute grandeur morale : le dernier soupir de Pompée « est un soupir illustre ». Grand en effet est le sacrifice que D. Isabelle lait de sa liberté de choisir, et même, comme on le verra bientôt, de ses inclinations secrètes. Pour faire un iitieiildt sur, voir Nicnmi'de, 849, 151". On dirait que Thomas Corneille s'est souvenu de ces vei'S, et de bien d'autres, où la raison d'Etat est en conflit
avec les sentiments individuels, quand il a écrit dans Maximiau (II, 2), tragédie représentée en 1602 :
Je sais qnB plus le rang approche des C(ju- [ronnes.
Plus sa fière grandeur asservit nos personnes : Mais je ne sais pas moins quel injuste atlenlnl Font souvent sur nos cœurs ces maximes [d'Etat.
Voyez sur les raisons d'Etat les vers 1431 et 1432.
L'hymen des rois doit être au-dessus de l'amour.
{Sophonishe, V. 6.) Le peuple est en ce point plus heureux que les [rois Qu ils n'ont point comme lui la liberté du [choix ■ Qu'attachés par leur rang au bien de leurs [provinces.
Ils épousent en serfs, et leurs sujets en princes. (Rolrou, Laure pemécutée, I, 'J.J 100. Il est curieux de voir D. Isabelle se faire ici l'avocat des droits de la femme. Corneille d'ailleurs, on le sait, a xine tendance à prêter l'énergie -\irile à la femme. Racine, ou, du moins, Matlian, dira, au contraire, d'une reine à (|ui l'énergie ne semble pas manquer :
Elle Motte, ello hésite; en un mot elle est
[femme.
{Alhalifi, 876.)