‹ Donatello a PadoueChapitre 1 sur 10 · Donatello a Padoue · texte numérisé non relu

Donatello a Padoue

e même que la sculpture, dite de la Protorenaissance italienne, c’est-à-dire celle de la seconde partie du xm' et de la première partie du xivc siècle, ne devint réellement grande et monumentale qu’à l’école des Pisani et de leurs successeurs ; de même la Renaissance italienne au point de vue sculptural est, à proprement parler , tout entière dans l’École florentine . C’est à Florence qu’elle a toujours suivi sa marche ascendante, c’est là qu’elle est arrivée à son apogée. On ne saurait, certes, nier que l’Italie, et notamment à Venise, l’art plastique se distingue par sa grandeur et même par son originalité ; mais son caractère y est plutôt exclusivement décoratif. Quant aux principaux foyers artistiques, c’est Florence qui les inspire et qui les vivifie, c est le cas à Rome, à Naples, à Milan et même à Sienne, quoique cette dernière ville, au début de la Renaissance, ait suivi une direction artistique entièrement indépendante; direction que lui imprimait Jacopo délia Quercia. Sienne rivalisait alors avec l’École de Florence. Toute 1 Italie rendait volontiers hommage à cette supériorité de la plastique florentine, qui, grâce au talent de ses maîtres, à la perfection et à la variété de leurs œuvres, atteignit, dans l’espace d’un siècle, à un degré de supériorité qui ne fut égalé que par la beauté de l’art grec. S’agissait-il, à Naples comme à Rome, à Sienne comme à Milan, ou même à Venise, de résoudre n importe quel grand problème artistique: on s’adressait aussitôt à Florence. Lorsque la république de Venise résolut d’ériger une statue équestre en bronze en l’honneur de son capitaine général Gattamelata, on eut tout naturellement l’idée de confier à un sculpteur florentin, Donatello, 1 exécution d’une œuvre qu’aucun artiste n’avait encore entreprise depuis l’antiquité romaine.

Erasmo de Narm, dit Gattamelata, mourut en 1443, à Padoue, des suites d’une maladie qui avait subitement arrêté sa course victorieuse contre les troupes milanaises. En reconnaissance de ses services, le Sénat vénitien décréta l’exécution d’un monument commémoratif, dont les frais furent payés par la veuve. On en chargea immédiatement Donatello, et l’été de l’année suivante (1444), nous le trouvons à Padoue, occupé à ce travail, qui le retiendra dans cette ville pendant une dizaine d’années. Ce n’est qu’en 1453 que 1 artiste s entend avec les héritiers de Gattamelata sur le prix de la statue, qui a dû être complètement terminée à cette époque; car l’année suivante, on constate la présence de Donatello à Sienne. Mais, pendant ce long espace de temps, l’infatigable et fécond artiste n’était

dans d’autres parties de

pas exclusivement adonné à l’exécution de ce monument. Les immenses travaux préparatoires, et notamment tous les détails de la fonte, que Donatello confia à un fondeur de cloches trés-habile, lui permirent de consacrer son activité à d’autres œuvres. Dans les années 1450 et 1451, nous le trouvons occupé au modelage d’un monument de Saint Anselme pour Mantoue; dans la même année (1451), l’artiste s’engage à faire pour Modène la statue équestre du tyran Borso d’Este, et, deux ans plus tard, cette ville le prie de remplir ses engagements. Ces deux œuvres sont probablement restées à l’état de projet. Donatello a fait aussi un séjour à Venise; à défaut de documents écrits, nous en avons pour preuve une statue en bois peint, de Saint Jean-Baptiste, placée dans le chœur des Frari de cette ville.

Mais c’est surtout à Padoue que le grand artiste déploya toute son activité; outre la statue équestre de Gattamelata, il s’était engagé à exécuter les sculptures décoratives du maître-autel de l’église Saint-Antoine, principale église de Padoue, connue sous le nom du Santo. L’ensemble décoratif de cet autel se compose des œuvres suivantes : un grand Crucifix, une statue de la Vierge avec l’Enfant Jésus et six statues de saints, quatre épisodes avec de nombreux personnages, tirés de la Vie de saint Antoine, autant de tables avec les Symboles évangéliques, deux reliefs avec la Piété, et douze tables également en relief, ornées d’enfants (Tutti) jouant de divers instruments. Tous ces sujets sont exécutés en bronze. 11 faut ajouter encore à cette énumération une grande Mise au tombeau, bas-relief en stuc, jadis peint, aujourd’hui bronzé. Le tout forme un ensemble très-bien composé, très-complet, et en même temps d’une grande variété; il constitue une œuvre magistrale, et comme on en trouve peu dans la Renaissance italienne. Ce chef-d’œuvre, joint à la statue équestre de Gattamelata, nous donne une idée parfaite de la force créatrice de Donatello. Nous sommes d ailleurs renseignés à cet égard par une série de documents qui nous initient à la manière de faire du maître et aux progrès de ses travaux.

Malheureusement, l’autel de Padoue a dû faire place, au bout de deux cents ans, à une nouvelle construction dans laquelle on a assez mal distribué une partie des bronzes, seulement, et notamment les statues de Donatello, tandis que le reste a été éparpillé dans les autres parties du chœur et dans la chapelle du Saint-Sacrement. 11 s’ensuit qu il est difficile de bien étudier les originaux, et qu’il est presque impossible d’obtenir les photographies d un certain nombre d’entre eux. Aussi les reproductions phototypiques des œuvres de Donatello, faites d après les moulages, qui viennent d’être exposées au musée de Berlin — sauf quelques-unes des statues — seront-elles accueillies avec reconnaissance par tous les amis des Arts. (*)

Nous allons donner quelques explications nécessaires à l’intelligence de ces reproductions, nous nous appuierons dans nos commentaires sur les belles et savantes recherches de Gonzati (La Basilica di San Antonio ); ce sera jeter quelque lumière sur ces œuvres considérables et sur leurs origines.

(1) L’Administration des Musées royaux de Berlin, ayant fait exécuter ces moulages, a donné aux collections européennes 1 occasion de posséder à leur tour les reproductions de ces chefs-d'œuvre.

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