CHAPITRE PREMIER
HISTORIQUE DE l'ÉDITION.
L'édition de Doon de La Roche a eu une histoire longue, compliquée et finalement douloureuse.
Le manuscrit de Londres qui contient le poème avait été signalé dès i838 par Francisque Michel, parmi les résultats du voyage d'exploration dans les bibliothèques anglaises, dont il avait été chargé par le Ministre de l'Instruction publique '. — Lorsque Guessard conçut
I. Francisque Michel, Rapports à M. le Ministre de l'Instruction publique sur les anciens manuscrits... qui se trouvent dans les bibliothèques d'Angleterre et d'Ecosse, Paris, i838, in-4% p. 55-56. Fr. Michel donne quelques détails sur le manuscrit du Musée Britannique, cite les 10 premiers et les 11 derniers vers de la chanson et indique un rapprochement possible avec Doon de Mayence. — A ces 21 vers, publiés par Franc. Michel, il faut ajouter deux fragments, formant un ensemble de 122 vers, correspondant aux vv. i258-i3oo et 2696-2774 de notre texte, publiés par M. W. Benary, dans le t. XXXI des Romanische Forschungen, p. 385-3g2, en appendice à l'étude que nous mentionnerons plus loin. C'est tout ce qu'on a publié jusqu'ici de Doon de La Roche.
jj DOON DE LA ROCHE
le projet de la publication intégrale des chansons de .este, dans la collection d,s Anciens poètes de la France fl songea à Doon de La Roche. Un romaniste allemand, Cari Sachs ', fut chargé, en vue de cette publication, par Fortoul, alors Ministre de l'Instruction publique, d'une mission littéraire en Angleterre : il en rapporta entre autres, une copie de Doon de La Roche, qui fut tout porte à le croire, remise a Guessard, et une analyse du poème, que l'auteur pubha en allemand à Berlin, en 1857, avec d'autres travaux sur la littérature du moyen âge '. A„ri^r7^ Dans le prospectus joint au volume des Anciens poètes de la France c^ui parut en i858 et qui contient Gui de Bourgogne, Otinel e^Floovant, on annonce comme devant paraître : « Fterabrasp.rU. Krober Doon de La Roche, par M. le doct Ch. Sachs >k- Dans le prospectus joint au volume qui contient Gaufrey et qui est'daté du le. octobre iSSg, Doon de La Roche est indiqué comme devant être le 19^ volume de la série C. Sachs n'est plus nommé comme éditeur^- l^n ,864, G. Paris écrivait: «... le roman de Doon de La Roche..., ni prendra bientôt sa place dans la co lection des Anciens poètes de la France » . 1 œuvre n'avait toujours pas paru. ^ j^ j« u Guessard se méfiait, semble-t-il, de l'exactitude de la copie de Sachs; il profita d'un voyage que fit en Angleer're M. G. Fagniez, alors élève de l'Ecole des c h art s pour obtenir une révision du manuscrit. M. Fagmez
, Il fut plus tard, avec Césaire ViUatt^ auteur du grand Dictionnaire allemand-français et français-allemand Tseitrâ^e rur Kunde alt-fran:^ôsischer, engbscher undpio-
p' .0, l'analyse de Doon de La Roche, avec quelques remarques sur la langue du manuscrit. A-^Vl,Hf,A\ io5 3 Bibliothèque de l'École des chartes, 5- série, V (1864). ioi>.
INTRODUCTION IH
fit des coUationnements et des conjectures : le tout fut remis à M. Paul Meyer ', qui fut alors, semble-t-il, chargé définitivement du soin de l'édition. M. Meyer, collationna de nouveau la copie de Sachs sur le manuscrit de Londres 'et prépara cette copie revue et corrigée pour servir de base à l'édition, conformément au principe établi par Guessard pour la collection des Anciens poètes, savoir : reproduction fidèle du texte du manuscrit principal (ici manuscrit unique), sauf dans le cas de leçons manifestement erronées.
Après les événements de 1 870-1 871, la publication de la collection des Anciens poètes (qui, il faut le dire, n'avançait que très lentement pendant les années qui précédèrent immédiatement la guerre franco-allemande) fut définitivement abandonnée; en revanche, en 1875 fut fondée la Société des Anciens Textes Français. Dans la séance du Conseil d'administration de la Société du 24 avril 1878, M. Meyer proposa deux nouvelles publications : Yder et Doon de La Roche-, le projet fut renvoyé à une commission, composée de MM. Michelant, G. Paris et G. Raynaud ; dans la séance du 22 mai 1878, G. Paris fit un rapport et conclut à l'admission du projet. G. Paris fut nommé commissaire responsable '.
Dans l'assemblée générale de la Société qui eut lieu bientôt après, le 29 mai 1878, M. Meyer, dans le rapport qu'il fit en qualité de secrétaire, parla en détail des deux poèmes qu'il s'agissait de publier. Ce qu'il dit alors ^ mérite d'être reproduit ici en entier, du moins en ce qui concerne Doon de La Roche :
1. Je dois la connaissance de ces faits à une communication'-^ obligeante de M. G. Fagniez, datée du 17 novembre igiy.
2. A la fin de la copie collationnée, on trouve, écrite de la main de M. Meyer, la date du 3 octobre i865.
3. Bulletin de la Société des Anciens Textes, IV (1878), 72-73,