Dormunda: dame quercynoise, poète du XIIIe siècle
Parmi les poètes qiiercynois du moyen âge, connus sous le nom de Troubadours, tous les chroniqueurs du Quercj citent une dame, nommée • Dormunda, native même, selon quelques auteurs, de Gahors,' qui, au commencement du xiiie siècle, a dû écrire un poème, sur la guerre des Albigeois, dédié à la ville de Rome.
Cathala Coture dans son Histoire du Quercyy imprimée à Montauban, en 1785, parle deux fois de cette personne. D*abord au tome !«', page 220, en décrivant la guerre des Albigeois, et la deuxième fois au tome III«, page 195, en donnant la liste générale des auteurs et des poètes quercynois. Il en parle aussi une troisième fois dans un autre ouvrage manuscrit qui est déposé à la bibliothèque publique de la ville de Cahors, (1) mais sans donner aucun détail relatif à la naissance ou à la vie de Dormunda, et sans indiquer la source à laquelle il a puisé le fait môme de l'existence de cette dame poète.
De son côté, M. Raphaël Pôrié, bibliothécaire de la ville de Cahors, dans son Histoire du Quercy^ publiée dans cette ville en 1861, (tome !«', page 648) consacre quelques lignes à Dormunda et cite môme plusieurs stances d'un sirviente attribué à cette dame d'après le recueil de Renouard, tome IV, page 319* et suivantes. Cette pièce a pour but la défense de Rome contre les attaques violentes d'un insolent troubadour toulousain nommé Guillaume de Figueras ; mais cette production porte le nom de Germonde, dame de Montpellier, •
(1) C'est une biographie des hommes célèbres du Quercy et du Rouergue. Le passage consacré à Dormunda se trouve au tome V, page 193,
Où Renouard a-t-il trouvé que cette personne s'appelait Germonde et non Dormunda? Nous l'ignorons complètement. D'ailleurs cette transformation n'a rien d^extraordinaire, puisque à Gahors on appelle communément Saint- Géry, un ancien évêque de cette ville que l'Eglise reconnaît sous le nom latin de Sanctus Desiderius, ou Saint Didier en français. (1) Mais en admettant, avec M. Raphaël. Périé, que cette Germonde ou Gormonde est la même personne que Dormunda et qu'elle fût originaire du Quercy et non pas de Montpellier, la difficulté ne serait pas complètement levée, car la pièce contenue dans le recueil de Renouard est bien postérieure à la guerre des Albigeois, puisque le poète y parle de la perte de Damiette, du bon roi Loys (Saint-Louis) et des démêlés du Saint-Siège avec l'empereur d'Allemagne, Frédéric II; événements qui ont eu lieu non pas au commencement, mais vers le milieu du xiii® siècle. D'ailleurs peut-on admettre raisonnablement qu'un seul poème de 231 vers eût pu assurer à Dormunda assez de célébrité pour figurer dans toutes les chroniques de son pays, au milieu des troubadours les plus renommés, qui ont passé toute leur vie à chanter et pratiquer le gai-savoir ?
Il est donc évident pour nous que Dormunda a dû faire un autre poème plus grand et plus important que le sirviente reproduit intégralement dans le recueil de Renouard, et que cette autre œuvre poétique était une sorte d'histoire rimée de la terrible guerre albigeoise, une véritable Illiade de cette époque. Peut-être, dans quelques manuscrits, ce poème épique a-t-il été précédé de ce sirviente dont nous avons parlé et qui était uneespè.:e d'avantpropos ou épître dédicatoire à la ville de Rome, du grand poème héroïque, dont l'existence a été connue des chroniqueurs querçynois par la tradition locale, comme nous le verrons bientôt. En effet, une épopée pareille existe dans la littérature du midi de la France ; elle a été longtemps ignorée, étant enfouie en manuscrits parmi les trésors de la grande Bibliothèque nationale de Paris; mais elle y fut découverte heureusement dans les premières années du règne de Louis-Philippe, par le savant M. Fauriel qui ne tarda pas à la publier avec la traduction française ('2) et une savante introduction." Ce travail contient aussi un glossaire des mots différents de ceux que l'on trouve ordinairement dans les œuvres des Troubadours du midi. Mais,
(1) Dans le nord de la France on dit saint Dizier qui est d'ailleurs le nom d'une ville connue.
(2) Histoire de la Croisade contre les hérétiques Albigeois, écrite en vers provenceaux par un poète contemporain, traduite et publiée par M. Fauriel, membre de l'Institut, professeur à la Faculté des lettre^ de Paris. — Imprimerie royale. Un vol. in-4°, 686 pages.
M. Fauriel ne connaissait pas le nom de Dormunda, n'ayant probablement jamais vu aucune histoire ou chronique du Quercy, soit manuscrite, soit imprimée. Il aurait dû cependant présumer qu'il devait exister une certaine corrélation entre ce poème et le pays de Quercy par le langage qui s'écarte sensiblement de celui des autres Troubadours du midi (1) et par un avis qui lui avait été donné de Grenoble ou de Cahors (2) que, dans la chronique manuscrite d'un certain Guyton de Malleville qui se trouve dans ces bibliothèques, il y avait plusieurs extraits et citations de ce poème, notamment les deux vers que l'auteur de ce poème a faits, pour servir d'épitaphe au malheureux Raymond V, comte de Toulouse :
« Non y a home sus terra, per gran senhor que fos, a Quem gites de ma terra, si la glezia non vos.
plus une tirade complète de 40 lignes qui font partie de la 60« stance du poème en question (3) que nous donnons à la fin de ce travail.
La précieuse chronique de Guyton de Malleville a été écrite vers la fin du xvi« ou bien au commencement du xvii«,siècle. Le vieux gentilhomme, son auteur, tenait en quelque sorte Tépée d'une main et la plume de l'autre, et en travaillant pour la postérité au milieu des temps orageux, il n'a pas pu certainement aller ramasser les matériaux pour son ouvrage à Marseille, à Montpellier ou même à Toulouse. Si nous trouvons donc, dans ses mémoires, des passages de ce grand poèmo sur la guerre des Albigeois, c'est » parce que cela était une production littéraire appartenant à son pays natal, au Quercy. Notre chroniqueur a-t-il appris ces vers, que nous attribuons à Dormunda, dans sa jeunesse oralement de son père, de sa mère, de son précepteur ou de quelqu'un de ses amis ? Où a-t-il pu voir un manuscrit de cette épopée dans quelque bibliothèque monastique ou dans les vieilles archives de quelque château ? Il est difficile de le dire, mais ce qui paraît certain, puisque le chroniqueur nous le dit, c'est que le peuple du Quercy, de son
(1) Ce langage est assez différent du provençal et se rapproche du dialecte Limousin. Au reste, le savant M. Louis Ayma, d^ Cahors, inspecteur d'Académie, juge très-compétent, ayant lu ce poème sur ma demande, m'a dit qu'il y reconnaissait plusieurs mots du patois Quercytain et quelques tournures ayant de l'analogie avec celles de ce dialecte.
(2) L'original de la chronique de Gui de Malleville se trouve à la bibliothèque publique de la ville de Grenoble et la copie à la bibliothèque de Cahors. Cette copie a été faite et envoyée dans cette dernière ville par les soins de M, ChampoUion-Figeac.
(3) Pages 98 à 100 du livre de M. Fauriel.
temps, chantait des rapsodies concernant les événements de la guerre des Albigeois. (1)
Il résulte de ce témoignage que ces poèmes, dont les différentes parties ont été chantées dans le Quercy, ont dû être écrits dans un idiome intelligible au peuple, en patois quercytain, car aujourd'hui môme où il y a bien plus d'instruction et de communications entre les différentes provinces de la France, le peuple de chaque département ne chante et ne conserve dans sa mémoire que les chansons composées dans le dialecte local.
Au reste, l'incertitude qui plane sur le nom de Tauteur de ce poème, présente un fait qui se pi*oduit quelquefois dans l'histoire littéraire de tous les peuples ; c'est que le poète, soit par modestie soit par malice, donne le change sur sa personne, en disant au début de son poème que son véritable auteur était un certain Guillaume de Judèle, moine espagnol, originaire du royaume de Navarre, homme tellement savant et perspicace, qu'il a prévu d'avance ce qui devait arriver dans le midi de la France, et qu'il décrit, a priori, tous les malheurs de la guerre albigeoise. Déjà M. Fauriel n'admettait pas cette paternité plus que suspecte d'un monument poétique et historique éminemment national. Comment, en effet, admettre qu'un, étranger s'aventure à écrire un si long poème dans un idiome qui n'est pas sa langue maternelle? Comment supposer un seul instant qu'un moine orthodoxe eût pu écrire quelque chose dans la langue maudite des Albigeois qui a été complètement prohibée par la victoire môme des croisés ? (2)
Assurément un savant moine espagnol, témoin ocçulaire de ces grands événements, dans le midi de la France, aurait pu écrire une chronique en latin, rien de plus naturel. Il aurait pu même composer, dans cette même langue, un poème héroïque en hexamètres, cela serait encore très possible.
(1) Voici les propres paroles de la chronique de Sire Guyton de Melleville : € Un grand nombre de chansons furent faites sur les plus importantes oc-
» currences et factions de la guerre albigote. » —
Encore un autre passage folio 325.
€ Les Bardes se mêlaient seulement de l'histoire, qu'ils mettaient en belles » odes, encore s'en trouve (quelques-unes) sur la guerre Albigote en chansons, » en langage et caractères du temps, qui est environ quatre cens (aie) ans » d'ici. »
(2) Il a été sévèrement défendu aux professeurs et aux étudiants de l'Université de Toulouse, formée immédiatement après la croisade des Albigeois, de se servir de la langue vulgaire. — Voici les mots propres de leurs statuts : Nec loquantur in linguâ populi, linguam Hebracam cum Azotica confurt" dentés. Cette même défense est répétée cent ans plus tard dans les statuts donnés par le Pape Jean xxii à TUniversité de Oahors.
Mais un grand poème dans la langue des maudits, des troubadours, jamais t D'un autre côté, l'auteur du poème, en disant que le moine espagnol qui habitait Montauban, à ce qu'il paraît, avait prévu tous les malheurs de cette guerre funeste, ne dit qu'une chose très probable et même presque certaine. Tout étranger intelligent et éclairé résidant dans un pays qui n'est pas sa patrie, voit toujours les choses politiques plus clairement que les hommes nés dans la contrée, car il n'est pas aveuglé par leurs préjugés et leurs passions. L'amour-propre national ne lui empêche pas d'envisager clairement les dangers présents et de deviner les malheurs prochains.
Mais il y a encore d'autres diôicultés qui ne permettent pas d'admettre que l'auteur de ce poème fût un moine réel et orthodoxe ; car, après avoir, au commencement du poème, soutenu vigoureusement la cause de Rome, c'est-à-dire le triomphe des crc ,ôés, il se tourne plus tard contre Simon de Montfort, en faveur du jeune comte Raymond VII, et par conséquent contre le jeune Amaury de Montfort, fils du chef de la croisade, reconnu déjà comme maître absolu de tout le midi de la France. '
11 va même plus loin, et commet une grande inconséquence^ pardonnable à une femme, mais qui serait criminelle dans l'ouvrage d'un prêtre en mettant dans la bouche du Pape ces paroles prophétiques étranges, adressées au vieox comte de Toulouse Raymond VI, dépouillé de tous ses Etats et exilé de son pays. 4. Prenez patience mon fils, dit le Saint-Père, tout » cela s'arrangera. Il y aura une pierre qui tombera juste, là où il faut, et » votre fils rentrera dans son héritage. >
Cela fait allusion à un projectile lancé du haut des remparts de Toulouse assiégée, qui brisa, quelques temps plus tard, le crâne de Simon de Montfort, chef des croisés ; ce qui facilita l'arrangement politique par lequel le jeune Raymond, fils de l'excommunié, obtint le titre que portaient ses aïeux, et presque la totalité des domaines de son père.
Comment admettre qu'un véritable moine eût pu écrire des choses pareilles? Représenter le Saint Père jouant un double jeu dans des affaires aussi importantes ; condamnant publiquement dans le conseil de ses cardinaux, Raymond VI, et quelques instants plus tard l'encourageant en particulier, en lui promettant d'une manière prophétique, un meilleur avenir, lorsque la pierre prédite tombera juste sur le crâne du chef suprême de l'armée des croisés, armée, guidée en tout.et pour tout par la volonté du Pape lui-même et par l'abbé de Citeaux, un des premiers prélats de la chrétienté.
Vraiment, il n'y a que le cerveau d'une femme sensible et exaltée qui puisse imaginer des circonstances aussi excentriques et contradictoires.
Voici les raisons pour lesquelles un savant Jésuite belge, le R. P. Charles de Smedt (1) a été amené à considérer ce poème comme une œuvre de deux auteurs tout à fait distincts. Le premier qui aurait commencé cette épopée serait un moine, Guillaume de Tudèle, si Ton veut. Mais la seconde partie, et la plus grande, serait Toeuvre d'un autre auteur inconnu que le savant Jésuite considère comme très suspect d'hérésie. Cela serait un véritable travail de Manichéens où l'esprit du bien et du mal auraient travaillé tour à tour pour soutenir le pour et le contre. Quant à nous, nous n'admettons pas cette dualité. L'œuvre en question présente partout le même esprit, le môme langage, la même couleur en quelque sorte, et cela depuis le commencement jusqu'à la fin. Mais, tout s'explique facilement, si on admet notre hypothèse que ce n'est pas l'ouvrage d'un homme quelconque, mais d'une femme qui pouvait môme au commencement recevoir encore quelques conseils de ce Guillaume de Tudèle, établi à Montauban, son confesseur, son précepteur, ami peut-être de sa famille.
Cette femme intelligente, spirituelle et sensible, était toujours pleine de respect pour l'église de Rome et ses décisions. Mais née dans le midi de la France, elle a suivi naturellement le mouvement de réaction qui s'est opéré dans les esprits des hommes de cette époque. Au commencement elle approuvait les croisades, mais son cœur de femme se révolta plus tard contre les abus de la force, contre les égorgements en masse, contre le massacre des femmes qu'elle décrit si bien et si souvent dans le courant de son poème. On voit bien qu'elle partagea l'indignation du peuple du midi, qui ne pouvait se résigner à voir les hommes barbares du nord dominer définitivement ce beau pays, en s'emparant d'une manière insolente de tous les héritages des nobles de la contrée. Son indignation est juste, naturelle et patriotique (2). Elle est catholique et romaine depuis le commencement jusqu'à la fin; mais elle se réjouit dans le fond de son cœur, de voir si bien lancée
(1) Un article sur les sources historiques de la guerre des Albigeois, par le R. P. Charles de Smedt, Societatis Jesu, dans la Revue des questions historiques, année 1874, 32« livraison, page 432.
(2) Rien de plus commun que ce changement d'opinion. En 1814 et 1815 les émigrés royalistes français, sont revenus dans leur patrie à la suite des armées étrangères. D'après le traité de Paris, 150,000 Russes, Prussiens^ Autrichiens, Anglais, etc., devaient occuper la France pendant cinq ans. Mais au bout de quelques années, l'indignation du peuple français, môme parmi les nobles et les royalistes les plus dévoués, était si grande que Louis XYIII, craignant un soulèvement populaire contre les étrangers, envoya en 1818 le duc de Richelieu au Congrès d'Aix-la-Chapelle, et obtint de la générosité de l'empereur de Russie Alexandre P^, la retraite totale de l'armée étrangère.
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la pierre qui brisa le crâne du chef de ces bandes indisciplinées, composées non-seulement du rebut des populations du nord de la France, mais môme des hordes barbares d*outre-Rhin, des Saxons, des Bavarois et dont la conduite n'était pas moins insolente et insupportable aux vaincus, que celle des Prussiens dans la dernière guerre de France.
Oui, nous sommes très convaincu (j[ue cette remarquable épopée nationale du midi de la France, est l'œuvre d'une femme et non d'un homme et moins encore d'un prêtre. Et lorsque nous voyons combien de fois elle amène les croisés dans le Quercy, en négligeant en quelque sorte les autres parties de ce vaste théâtre de la guerre (1) ; combien de fois elle parle de Montauban, de Cahors, de Moissac, de Saint-Antonin, de Bruniquel, de Rocamadour et môme de Catus (2); comme elle met souvent en scène le belliqueux évoque cadurcien, Guillaume V de Cardaillac, nous ne pouvons pas douter de son origine, du lieu de sa naissance.
(1) Rocamadour est cité dans ce poème cinq fois : vers 1,893, 1,900, 2,093, 6.848 et 6,948.
Vers 1,893 :
E lo coms de Montfort vai ves Rocamador.
Li abas de Cistel estu el refrichor En la caustra a Caortz que non eis per paor Ni no euh que nichis ans viendrait lo pascor Si el non len fraîches .
Cahurs y est cité cinq fois : vers 1,635, 1,895. 1,902, 2,595 et. . . L'évoque Guillaume de Cardaillac y figure trois fois dans les vers 307, 2,044 et 2,150.
Les Cahorcins (Caorcines, Caorcis), y sont cités six fois : vers 3,505, 7,102,8,065, 1,967 et 1,949.
(2) Dans cet endroit le poète raconte que la comtesse, femme de Simon de Montfort, en allant rejoindre son mari, en Agenais, passe par Catus, une petite ville près de Câhors qui ne mériterait certainement aucune mention, si l'auteur du poème n'était pas originaire du Quercy. Voici d'ailleurs ce passage :
€ Ma dona la Comtessa a adones lo coms mandea
» E venc lai per Catus mot es pros e senea
» Ab XV melia omes de bona gent armea
» Cascus sera rendutz on er lor alberguea
» Al comte Baudoi e a nostro crozea
> A Pena d'Agenes ses la osts ajustea.
Traduction française :
Le comte (Simon de Montfort) fait venir sa dame la comtesse
La bonne, la sensée, elle y arriva par Catus
Avec 15,000 hommes de bonne gent armée
Qui seront expédiés là où sont leurs albergues
Les uns au comte Baudouin et les autres à nos croisés
A Penne en Agenais où l'armée se réunissait etc.
Elle connaissait si bien le moustier ou le palais épiscopal de Cahors, elle n'ignorait pas le nom et les agissements de Raymond de Salvagnac, le fameux usurier cadurcien qui bailla à Tévêque une grande partie des fonds avec lesquels il entreprit cette guerre ruineuse, qui obéra Tôvêché pour de longues années, malgré les confiscations opérées en faveur de l'épiscopat, sur quelques grands seigneurs du Quercj, accusés d*avoir favorisé les Albigeois.
Lorsque nous considérons tous ces détails, concernant la province du Quercy, semés dans ce poème , nous ne pouvons pas douter que cette œuvre poétique et historique à la fois, n'appartienne à une femme née sur les bords du Lot ou du Tarn.
Mais comment justifier son nom insolite et barbare de Dormunda? Nous avons eu le bonheur de trouver une indication précieuse dans un livre vieux et rare, tombé par hasard entre nos mains (1); ce livre nous a appris que précisément Tévêque Guillaume de Cardaillac avait une petite nièce nommée Raymonda, femme d'un grand esprit, mariée à un seigneur du voisinage nommé Pons d'Olargues. Il est à présumer que le peuple l'appelait Domina Raymonda, ou Dom Ramonda par abréviation et ensuite Dormunda par corruption.
Elle était fille de Bertrand II de Cardaillac, /seigneur de Bieule qui, dans sa jeunesse, a suivi absolument la même voie que le poète suit dans son poème. Au commencement il s'attacha à Simon de Montfort et à Tévêque de Cahors, son oncle. En 1212 il rendit hommage au premier, en le reconnaissant pour son suzerain. Mais plus tard il se détacha de ce parti politique et dans Tannée 1229, il se reconnut vassal de Raymond VII, avec les autres Cardaillac ses cousins, comme l'attestait un vieux manuscrit conservé, jadis, au monastère des Bénédictins de la Garde de Dieu, dont une succursale existait à Cahors, non loin du pont vieux de cette ville. On peut présumer avec une grande vraisemblance, que le poème dont nous parlons s'y trouvait aussi. C'est là que de Malle ville a pu le voir.
Ce manuscrit a pu être enlevé pendant les guerres de religion et passer ensuite par plusieurs mains avant d'arriver à la grande bibliothèque nationale, où le savant Fauriel l'a trouvé et l'a fait connaître au monde littéraire.
1. Généalogie de la famille de Cardaillac. Un volume in-folio, imprimé à Paris en 1654, imprimerie d'Edme Martin. Rue Saint-Jacques, au soleil.