INTRODUCTION
L'acide urique est un des éléments les plus importants de l'urine. 11 fut découvert, en 1776, par Bergmann et Scheele ; celui-ci qui le retira des calculs urinaires le nomma acide lithique. En 1798, il fut retrouvé par Pearson dans les concrétions articulaires des goutteux.
En 1802, Fourcroy reconnut que l'acide lithique oxydé fournit de l’urée ; il lui donna la dénomination actuelle d'acide urique. « Il n'y a pas de corps en chimie organique, disaient déjà Liebig et Wohler, qui ait plus vivement attiré l'attention des chimistes et des physiologistes que l’acide urique. »
Sa constitution, bien qu'on puisse se procurer ce corps facilement en le retirant de l'urine humaine ou mieux des excréments des serpents ou du guano, a exigé de longs et pénibles travaux pour être connue. En 1838, Liebig et Woehler décrivirent les nombreux dérivés d’oxydation de l'acide urique : alloxane, acide parabanique,etc. En 1863,Adolphe Bayer compléta le groupe des uréides dans lequel il fit rentrer l'acide urique et ouvrit la voie aux recherches ultérieures
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sur la synthèse de ce corps en faisant la synthèse de de l’acide pseudo-urique.
AzH—CO 4 CH—A7H LE | : CO AzH—CO—AzH
En 1882, Horbaczewski après Grimaux fit la synthèse de l'acide urique. Cette synthèse est intéressante, car elle montre que l'acide urique peut être considéré comme un corps résultant de la soudure de deux molécules d’urée et d’un copule tricarboné.
Plus récemment, Emil Fischer fit la synthèse de l'acide urique par déshydratation de l’acide pseudourique synthétique de Bayer. De plus, il rattacha comme possédant le même noyau purique
Az=CH ON CL IN NC Az—C—Az V4
l'acide urique ou trioxypurine aux leucomaïnes xanthiques ou corps alloxuriques (xanthine-hypoxanthine, guanine, adénine) qui l’accompagnent dans l’urine.
Les travaux d'Emil Fischer montrant la possibilité de passer de l'acide urique aux corps alloxuriques ont le grand intérêt physiologique de rattacher l'acide urique aux nucléoalbumines, éléments spécifiques de noyaux cellulaires, puisque Kossel a établi que ces corps alloxuriques sont eux-mêmes contenus dans la molécule complexe de ces nucléoalbumines. Il est donc très admissible que la décomposition des noyaux
cellulaires puisse donner de l'acide urique. Dès lors, on peut résumer en trois groupes les nombreuses théories physiologiques qui ont été proposées pour expliquer la genèse de l'acide urique dans l’organisme.
1° L'acide urique est un produit incomplet de l'oxydation des matières albuminoïdes : théorie soutenue par Wæbhler, Bouchard, Bartels, mais aujourd’hui abandonnée.
2° L’acide urique se forme aux dépens des nucléines mises en liberté par la destruction des leucocytes (Horbaczewski).
3° L’acide urique est élaboré au cours d’un processus synthétique opéré à partir de l’urée et du glycocolle ou de l’urée et de l’acide lactique (Hugo Wiener, Sambuc).
Ces deux dernières théories dont aucune n’est parfaite, mais qui se complètent mutuellement en s'appuyant l’une et l’autre sur d'excellents arguments expérimentaux et cliniques, sont le reflet des conceptions chimiques sur la synthèse de l'acide urique. Dans l’état actuel de la science, il est admissible que les deux processus qu'elles invoquent puissent s’accomplir dans un même organisme. Nous n avons encore aucun moyen de discerner dans chaque cas particulier la part de chacun d’eux.
Il serait cependant très utile de pouvoir être fixé sur l’origine de l'acide urique, car si l'on a fait tant de travaux sur ce corps, c’est pour arriver à reconnaitre les relations qui existent entre sa production et les différents états pathologiques. Ces relations
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Il ne nous appartient pas d'étudier ces relations, nous les signalerons simplement pour insister sur la nécessité où est la médecine de connaître exactement les causes de production de l'acide urique. A la base de ces études physiologiques et cliniques si intéressantes est la question que nous nous proposons d’étudier ici : le dosage de l'acide urique.
Certes un grand nombre de procédés de dosage ont déjà été donnés, un seul est resté au-dessus de toute critique, c'est celui de Salkowsky-Ludwig, mais s'il donne d'excellents résultats, il est malheureusement d’une pratique longue et délicate et le pharmacien est bien souvent dans l'impossibilité de l’employer. Il a donc recours aux méthodes volumétriques moins longues et plus faciles. De ces dernières on peut faire deux divisions :
1° Celles dosant l'acide urique seul;
2° Celles dosant en même temps l'acide urique et composés xanthiques.
Autrefois, on croyait que les composés xanthiques avaient la même origine que l’acide urique, mais aujourd'hui on admet que l'acide urique est un déchet des noyaux cellulaires de l'organisme et que la plupart des composés xanthiques proviendraient simplement de l’alimentation. Aussi, à notre avis. serait-il
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préférable de doser l'acide urique seul, ce qui éviterait de commettre certaines erreurs. En effet, si un malade prend de la théobromine, de la caféine ou des substances contenant ces deux alcaloïdes, le dosage en bloc des composés xantho-uriquesne saurait donner aucun renseignement utile puisqu'il est impossible de séparer les composés xanthiques quiont étéfabriqués par l'organisme de ceux qui ont été apportés dans l'urine par le médicament. Pourtant on peut s'intéresser dans certains cas aux variations de ces composés xantho-uriques, c'est pourquoi nousavons cherché une méthode permettant à la fois de doser l'acide urique seul et de doser en bloc l’acide urique et les composés xanthiques ; on obtient par différence les composés xanthiques. Pour notre étude, nous avons rejeté les méthodes indirectes, la chimie nous fournissant des corps agissant directement sur l'acide urique, et nous avons songé à reprendre et à mettre au point, malgré des recherches déjà nombreuses mais très confuses, la méthode au caméléon introduite pour la première fois en urologie par Byasson, en 1882.
Notre but a été de reprendre tous les procédés au permanganate indiqués jusqu'ici et de doter le pharmacien d’une méthode simple et rapide, d'une exécution facile, capable cependant de fournir de bons résultats cliniques. Nous croyons être arrivé à notre but et avoir établi une méthode permettant de doser, à la fois, l’acide urique seul, la somme des composés dérivant de la purine et enfin par différence les composés xanthiques.