‹ Dossiers du procès criminel de Charlotte de Corday, devant le TribunalChapitre 13 sur 90 · COMITÉ DE CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

COMITÉ DE CORRESPONDANCE

Le citoyen Laurent Bas , commissionnaire , demeurant au coin du pont Saint-Michel et de la rue Saint-Louis, chez te citoyen Berthoud, horloger, travaîlloit chez le citoyen Marat, représentant du peuple, à plier les nirmëros des journaux de VAmi du Peuple.

A sept heures et demie du soir , le samedi treize juillet mil sept cent quatre-vingt-treize , l'an deuxième de la Re'publique une et indivisible , une personne du sexe descendant d'une voiture de place en déshabille' moucheté^ chapeau à haute forme avec cocarde noire et trois dordons noirs et portant un éventail est venue demander à parler au citoyen Marat; la portière lui a répondu qu'il n'étoit pas visible pour le moment , la personne a réplique' qu'elle venoit pour la Irpisième fois de la journée , qu'il étoit désagréable

(1) Cette déclaration lui reçue par la Société des Jacobins, envoyée par elle à Fouquier-TinyiHe et jointe par celui-ci au dossier criminel. Voici ce qu^on lit à ce fiu)et dans Iç Journal des Débats de la Société des Jacobins, n.o 449) séance du 14 juillet 1793 :

« Le Président présente à la Société le citoyen qui a fait arrêter l'assassin de Marat. — L'Assemblée lui donne des marques de sa gratitude et de aa bienveillance et le Président lui donne le baiser fraternel. — La Société nomme Gaillard et Desfieux pour entendre ce citoyen qui est trop fatigué pour pouvoir faire lui-même le récit de là conduite qu'il a tenue danâ cette alTaire, et en rendre compte à la Société séance tenante. »

Le compte-rendu de la séance du i5 juillet nous apprend que le Président lut à la Société « les dépositions qu'avait faites la veille aux commissaires chargés de l'entendre, le citoyen qui avait fait arrêter l'assassin de Marat.» Telle est l'origine de la pièce intéressante qui se trouve au dossier et que nous reproduisons îcï.

et abominable de ne pouvoir être introduite. Elle a demande si la lettre qu'elle lui avoit écrite le matin par la petite poste lui avoit été remise, la citoyenne Marat, sœur, a répondu que si la lettre avoit été écrite, elle étoit vraisemblablement parvenue au citoyen son frère; la sœur est allé demandé à son frère s'il falloit laisser entrer la personne ; le citoyen Marat a répondu que oui.

Il étoit dans le bain travaillant et écrivant; la personne introduite s'est assise sur une chaise près la baignoire placée dans une pièce très-petite et n'ayant de place que pour deux personnes ; elle a fernaé la porte. Il n'y avoit personne dans la pièce attenante ni dans l'autre pièce voisine de l'antichambre ou le citoyen Bas travailloit avec trois citoyennes plieuses.

Sept à huit minutes après l'entrée de la personne dans la pièce du Bain , le citoj^en Bas et les trois citoyennes ont entendu le citoyen Marat crier à voix sourde et acre : A moi, ma chère amie! à moi ! (11 appeloit sa sœur.)

Le citoyen Bas et les trois citoyennes se sont levées; les portes des deux chambres intermédiaires étoient ouvertes, la personne étoit dans la chambre attenante au cabinet du Bain , le citoyen Bas a apperçu du sang jaillir de ce cabinet dans cette chambre. Les trois citoyennes sont sorties pour crier à la garde. La citoyenne Marat a couru à son frère, lui a appliqué une de ses mains sur la blessure , mais l'infortuné ne respiroit plus ; un grand couteau neuf de table étoit sur ja tablette de la baignoire , c'est l'arme avec laquelle l'assassin a privé la Nation d'un de ses Réprésentants.

Le citoyen Bas voyant venir l'assassin s'est emparé d'une chaise pour l'arrêter. Ce monstre faisant les plus grands efforts est parvenu dans l'antichambre. Le Bas lui a donné^ de cette chaise , un coup qui a étendu le monstre par terre. L'assassin s'est relevé aussitôt ; il a jeté un coup d'œil prononcé sur la croisée de l'antichambre donnant sur la cour.

Bas se d^fiaiit de ses propres forces, a saisi le Moiistré {)àr les mamelles, Ta terrasse et Ta frappe. — Bas tenant Tassassin pat terre, a vu entrer dans l'antichambre un citoyen à lui inconnu et qu'il a appris depuis être le principal loôataii'e de là maison; ensuite le citoyen Cuisinier^ limonadiéi^, placé du pont Saint-Michel, qui ëtoit de gardé au posté de la Sectioù du Théâtre-Français dite de Marseille, rue deis CoMeliers, Le Bas à crié : A moi , citoyen Cuisinier ! ail éecours ! Le citoyen Cuisinier et les autres citoyens du même pôàté, arrivant successivement, se sont emparés de ràssassid.

Le citoyen Hébert, Substitut du Procureur de là Commune, est survenu^ et successivement plusieurs autres citoyens, ayant diverses décorations civiques et que Bas croit être des Commissaires de la Section du Théâtre-Français et de la Municipalité ^ et encore d'autres citoyens qu'on à dit au citoyen BaB être des membres de la Côhvéïlliôn Nationale*

Le procès-verbal de description de l'état des lieux , le procès-verbal de l'état du corps du Représentant du Peuple assassiné a été rédigé et l'assassin conduit vers minuit aux prisons de l'Abbaye.

Signé : Laurent Bas.

Pâut éàpië tônfdf'mè â Vorigiital :

Sig9iéFkîin\ÈKEj Gaillard, Secrétaires.;

Au bas est écrit :

yéu cOoyen j^ccuéùêêur Public du THiunal Bévoluif^n" Hàit^ , sëani au PulàU de Jkètice dé fW»>.

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