‹ Dossiers du procès criminel de Charlotte de Corday, devant le TribunalChapitre 25 sur 90 · ET DE LA PAIX · texte numérisé non relu

ET DE LA PAIX

« Jusqu^à quand y ô malheureux Français, vous plaîrës vous dans le trouble et les divisions, assés et trop long teflops des ÛLCtieux et des scélérats ont mis l'inlérest de leur ambition à la place de Pintérest générale, pourquoi^ ô infortunés (i) victime de Leur fureur, pourquoi vous égXHrger,: vous anéantir vous même pour établir l'édifice de leur tyrannie (ji) fiur les ruines de la France désolée (3).

« Les factions éclatent de toutes parts ; la Montagne triomphe par le crime et par l'oppression ; quelques monstres, abreuvés de notre sang condiûsent ses détestables^ complots (4) et nous mènent au précipice par mille chemins divers.

« Nous travaillons à notre propre perte avec plus d'énergie que l'on n'en mit jamais à conquérir la liberté ! O Fiançais, encore un peu de temps, et il ne restera de vous que le souvenir de votre existence !

« Déjà les départements indignés marchent sur Paris ^ déjà le feu de la Discorde et de la guerre civile embrase la moitié de ce vaste Empire^ il est encore un moyen de l'é-

(ty M. de Lamartine a retMmthé ces mot», qui, il fc«t ie tecotms^vt^ ne sont rîen moins qn'eupfaoïiiqiies.

(2) Au lieu de Védificc de^ la tyrannie^ oa Ht dans Sédition dea Girondins (FtijBC, 1847, iiw8^«) c le dUk de lem- tyramii0é «** Peut-êtxe ii*f a-t-il là qu^nnc earenr ly]»ogsap]ûqifie«

(3) Le mot désolée est retranché dans V^JSistoire des Girondins.

(4) Ce pa&sage est 8tt|)primé depais «^ et nous mènent»

teindr<3, mais ce moyen doit être prompt. Dgà le plas vil des se<^lërats^ Marat, dont )e nom seul pt^aente limage de toiïs les crimes, en tombant bous le fer vengeur, arable la Montagne et fait pâHr Danton et Robespierre, les autres brigands assis sar ce trône sanglant, environnëis de la foudre, que les Dieux vengeurs de rhamanitë ne suspendenl sans doute que pour rendre leur chute plus éclatante^ et pour effrayer tous ceux qui seraient tentés d'ëtablir leur fortune sur les ruines des peuples abusés !

u Français! vous oomiaissës vos ennemis^ levés vous! marchés ! que la Montagne anéantie ne laisse plus que des frères et des amis ! J'ignore si le ciel nous réserve un Gouvernement républicain, mais il ne peut nous donner un Montagnard pour maître que dans Pexcèstieses vengeances

« O France, ton repos dépend de l'exécution de la îoi, je n'y porte point atteinte en tuant Marat^ condamné par l'univers, il est hors la loi.... quel tribunal me jirgera?Si je suis coupable , Alcide l'était donc lorsqu'il détruisait les monstres (i); mais en rencontra-t-il de si odieux? O amis de l'humanité, vous ne regiietljerés poiot une béte fénoce engraissés de votre sang, et vous tristes Aristocrates que la

Révolution n'a pas assés ménagés, vous ne le r^pretterés pas non plus, vous n^avez rien de commun avec lui.

n ma patrie ! tes infortunes déchirent mon cœur^ je ne puis t'offrir que ma vie^ et je rends grâce au ciel de la liberté que j'ai d'en disposer ; persouae ne perdra par ma mprt| je n'imiterai point Paris en me tuant, je veux que mon dernier

(i) M» do Lamartine supprime le surplus de l'alinéa* €e passage nous paraît cependant d'uné^grande importance po«r'rapprécîation4ie« opî^icMiSfioliti^ptes ^-Cfaariottetie-Cordayety do plu s> Andfé CbenieriU traduit prpiiqne littéralement dans ces vers Ait «on .Qde ^ CharbaUe :

Tu voulais, enflammant ies courages tîmi^Sy Réveiner les poignards sur tous ces parrirïdes, De rapines, de sangj d'infamie engraissés^

soupir soit utile à mes concitoyens, que ma tête, portée dans Paris, soit un signe de ralliement pour tous les amis des loix^ que la Montagne chancelante voye sa perte écrite avec mon sang, que je sois leur dernière victime, et que Tunivers vengé déclare que j^ai bien mérité de l'humanité, au reste, si Ton voyait ma conduite d^un autre œil, je m^en inquiétte peu.

« Qu'à Tunivers surpris , cette grande action

<c Soit un objet 4'horreur ou d'admiration,

« Mon esprit^ peu jaloux de vivre en la mémoire,

n Ne considère point le reproche ou la gloire:

« Toujours indépendant et toujours citoyen,

tt Mon devoir me suffit, tout le reste n'est rien.

m. Allés, ne sondés plus qu'à sortir d'esclava<;e !., (i).

Mes parents et amis ne doivent point être inquiettés, personne ne savait mes projets. Je joins mon extrait de Baptême à cette Adresse pour montrer ce que peut la plus foible main conduite par un entier dévouement. Si je ne réussis pas dans mon entreprise, Français , je vous ai montré le chemin, vous connaisses vos ennemis, levés vous, marchés et frappés. >

Obseryation — Voici l'historique de cette pièce importante qui ne se trouve pas au dossier des Archives :

.D'après M. Quërard, V Adresse aux Français, Amis des Lws et de la Paixy fut publiée, sous ce titre, i7g3, in-8o. (V. Archwes d'Histoire Littéraire^ par M. Quérard, q.* année i856^ p. 44<>0

Depuis cette époque, la proclamation trouvée sur Charlotte s'était dérobée aux recherches curieuses de l'histoire, dit M, de Liamartine [Les GirondinSy vol. VI, p. vi^'iy édition de Fume, in-S^). Au cours de la publication des Girondins une copie de la pièce fut envoyée à l'auteur, par M. Paillet, qui^possédait l'original. L'illustre historien ayant désiré prendre connaissance de la pièce ellemême (i), put en donner la description suivante : « Elle (l'Adresse)

■ I I ■ I II ■— — — — ^.i— .— .^— — ■ ■ I M ■ ■ I ■ ■ I ■ I I H

(1) Ces vers sont de Voltaire. -« Afort de César, Acte III, se. a.

(2) Lettre de M. de Lamartine à M* Paillet^ du 8 avril 1846.

« M. de Lamartine désirerait savoir si M. Paillet pourrait lui laisser

voir la proclamation de la main de Charlotte, dont il a bien voulu lui en^ Toyer copie. » Catalogue de M.Laverdet. (Fîde infrà.)

est écrite de la main de Charlotte Gorday, d'une écriture à grands traits, mâle, ferme, fortement tracée, et comme destinée à frapper

de loin les regards. La feuille de papier est pliée en huit ; elle

est percée de huit piqûres encore visibles par Tépingle qui l'attachait sur le sein de Charlotte. »

M. de Lamartine ne donna que les principaux pdisages de cette Adresse, ainsi qu'il le dit lui-même, et quoique ces passages fussent indiqués comme cités textuellement , on a yu que par la faute du copiste ou par la volonté de l'historien, le texte ne fut pas reproduit avec une entière exactitude.

En i855, la pièce originale comprise dans une vente d'autographes qui eût lieu à l'hôtel Sylvestre, fut mise sur table à 3oo francs et poussée jusqu'à 770. (Quérard, Archipes, vol. I, p. 199*) Elle fait aujourd'hui partie de la précieuse collection de M. le comte de H

Dans le catalogue qui avait précédé 'la vente, M. Laverdet ( i ) avait publié, à titre de spécimen, la première partie et la fin de l'Adresse de Charlotte. Dans ces deux fragments, le texte et même l'orthographe ont été respectés avec une fidélité scrupuleuse et intelligente. Nous les avons reproduits en les complétant à l'aide d'un passage emprunté à l'Histoire des Girondins.

Nous avons noté les retranchements qui avaient été opérés par M. de Lamartine.

(i) Catalogue d*une belle collection de lettres autographes, à Paris, chez Leveniet, expert en autographes, i855.

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