PARIS
CHEZ BOUQUETTË, passice choiseul, 85
ET CHEZ AUBRY, RDE SÉGDIER-SAINT-iNDRÉ-DES-ARTS, i
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Maï\ïe CHAÏ(LOïTE
Anne
DE Co:r.day.
En publiant, en 1861, le dossier judiciaire de Charlotte de Corday, nous annoncions l'intention de faire paraître un recueil de toutes les pièces concernant cet épisode de la Révolution; entre autres desiderata, nous signalions à l'attention des amateurs de recherches historiques l'interrogatoire subi à Argentan par M. de Corday d'Armont, père de Charlotte, comme un document qui avait disparu depuis 1824 et qu'il serait utile de retrouver et de connaître dans son texte original (Dossiers du procès de Charlotte de Corday devant le Tribunal Révolutionnaire^ p. xvii).
Peu de temps après, M. Lot, des Archives, nous communiqua cet interrogatoire qu'il avait découvert dans la section législative et judiciaire, parmi les pièces provenant du Ministère de la Justice. — r' versement. Correspondance classée par départements, cotée B. B. 52. — 3^ carton de la Seine, année 1793.
Plus tard nous en avons retrouvé une seconde expédition qui avait suivi une autre route. Elle se trouvait dans les papiers du Comité de Salut Public, et avait été transmise par l'intermédiaire du Ministère de la Guerre, avec une mention indiquant
qu'elle provenait de l'Armée des côtes de Cherbourg. L'interro-
gatoire de M. de Corday avait été classé parmi les pièces relatives au 31 mai, et à l'af&ire du Calvados qui en avait été la suite. C'est encore là qu'elle est actuellement (Archives Nationales, carton A F, II, 45).
Cette pièce a, pour nous, une importance capitale, aussi c'est par elle que nous continuons la publication que nous avons commencée ; fidèle à notre plan, nous y joignons tous les renseignements qui peuvent servir à l'éclairer, notamment une procédure criminelle à laquelle il est fait allusion dans le cours de l'interrogatoire. Ce sont les procès-verbaux d'information sur une tentative de meurtre dont M. de Corday d'Armont avait été l'objet. On y lira avec quelque intérêt, nous l'espérons, des détails qui retracent au naturel une scène des mœurs révolutionnaires. C'est une peinture de 1792, non d'après des récits plus ou moins passionnés et, par conséquent, toujours suspects, mais d'après des dépositions de témoins authentiquement constatées. Nous avons été assez heureux pour retrouver cette procédure dans les combles du Tribunal de Lisieux (l'ancien Evêché). La minute a été transportée depuis lors dans les archives du Calvados où elle se trouve aujourd'hui.
L'existence de l'interrogatoire subi par le père de Charlotte de Corday était connue, ainsi que nous l'avons déjà dit ; elle était attestée par l'auteur de la Guerre des Vendéens et des Chouans, Savary, qui en donnait un extrait dans le premier volume de son ouvrage, publié en 1824 (t. I, p. 415 et 416*).
1 Le père de CharloUe subit le 20, un interrogatoire dont voici la
substance :
« Marie« Anne, Charlotte Corday, fille atnée de Jacques François C(^day d'Armans (sic) ftgée d'environ ringt-cinq aiii> née en la paroisse des Ligneries, canton d'Argentan, diocèse de
Louis Dubois, dans sa biographie de Charlotte de Corday (p. 126) et, après lui, M*"® Louis Colet, dans les notes qui suivent ses Tableaux dramatiques sur Charlotte Corday et M°*® Roland (1842, p. 180), avaient reproduit cet extrait. Mais, comme nous l'avons dit, le texte même de l'interrogatoire avait échappé à toutes nos recherches. Nous nous étions assuré que la minute du procès-verbal n'était pas à Argentan. Nous avions seulement trouvé, sur le registre des Délibérations de la Municipalité, la décision qui avait prescrit la visite domicihaire chez M. d' Arment.
Nous reproduisons d'abord cette décision qui sert de préambule à l'interrogatoire.
AojouRDHUi 20 Juillet -1793, l'An deuxième de la République Française ;
Le Conseil permanent de la Commune d'Argentan, instruit par les bulletins de la Convention Nationale des séances de lundj et mardj derniers que le citoyen Marat membre de la Convention avoit été assassiné par la nommée Marie Anne Charlotte Corday ci-devant d'Armont et que le père de cette fille demeuroit en cette Commune ;
Considérant qu'il étoit possible que dans les papiers du citoyen Corday père, il se trouvât quelques correspondances criminelles
Séez« n'a demeuré avec son père qu'environ un an, depuis douze ans qu'il était veuf : elle demeurait depuis deux ans à Caen chez une de ses parentes, nommée Lecoutellier de Bréterville (sic); elle avait été élevée à la ci-devant Abbaye aux Damea à Caen.
Dès les Assemblées provinciales, le père, à la tête de l'administration de sa paroisse, avait adressé un mémoire pour demander la suppression d'un droit onéreux. Depuis ce temps il avait écrit son opinion sur l'égalité des partages et l'avait fait imprimer; il avait commencé un travail sur les Principes du Gouvernement. »
« U a reçu de sa fille une lettre datée de Caen, du mardi matin annonçant qu'à son
départ de Caen elle met cette lettre à la poste; que lorsqu'il la recevrait, elle ne serait plus en France; qu'elle ne croyait pas qu'on pût y vivre tranquille de longtemps et qu'elle le priait de ne faire aucune rectierche, parce que personne ne savait encore où elle allait.
Le père de Charlotte avait deux garçons et deux filles. On n'a rien trouvé dans les papiers qui pût le faire suspecter. »
indicatives des complices de ce crime a nommé le citoyen Feval, Conmiissaire pour se transporter avec le citoyen Raux, membre du Conseil général, chez le citoyen Gorday père, luj faire prêter interrogatoire sur les faits relatifs au dit assassinat et qui pourraient être à sa connoissance, verifDer exactement ses papiers et y apposer des scellés s*il le juge convenable.
Signé : Mahbut — Féval — Dubois — Monnter — Dubois
— Gaptain — Belzais — FouBMENT — Prodhomme
— GoRBiN (Luc) — Lecointe — Maurt.
(Registre du Conseil général permanent de la Commune d'Argentan, du 4 8 décembre 4792 au 3 nivôse An II).