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II donne, ses noms, prénoms, âge et qualités.
U dit qu'il a résidé au Mesnil-Imbert jusqu'au 42 mai 4792. — Qu^il a élé forcé de se retirer à Gaen à la suite d'une tentative d'assassinat dirigée contre sa personne. — Qu'il a habité Caen jusqu'en janvier 4793 ; et qu'à cette époque, il est venu se fixer à Argentan.
Cette révélation faite par M. d'Armont, d'une tentative d'assassinat dont il aurait été victime, devient l'objet des questions des Interrogateurs, qui semblent oublier le but de leur mission pour suivre une autre piste. L'esprit soupçonneux du temps se révèle dans cet étonnement qu'on puisse avoir quelques ennemis : ne serait-ce pas par sa manière de penser sur les affaires publiques, que le citoyen Gorday se serait attiré ces inimitiés ?
La réponse de M. d'Armont est pleine dedétails curieux. On entrevoit toute une scène de justice, telle qu'elle se rendait dans les campagnes pendant la Révolution*. Le droit de chasse en est l'origine. Au milieu de ce désordre que nous sommes habitués à nous représenter, on est surpris de voir un ci-devant noble, faisant encore la police dans ses garennes, et empêchant d'y chasser, alors que, dès 4789, les domaines du Roi n'étaient plus respectés. La Loi du 28 avril 4790 était donc encore appliquée en 4792 ^. C'est une note à prendre pour l'histoire et pour la jurisprudence. A côté de la figure de M. d'Armont, ce novateur qui prêche l'égalité dans ses ouvrages, et qui défend le droit jaloux de la propriété dans ses domaines, impassible au milieu du tremblement de terre qui a ébranlé le sol, apparaît un autre profil intéressant: c'est celui du maréchal du Chesne au Loup, un jacobin de village, qui se présente devant le .luge de Paix armé d'un fusil et de pistolets.
Interrogé sur ses opinions, M. d'Armont invoque ses écrits qu'il a
1. V. Lettre de GamiUe Desmoulins à son père en date du 3 juin 1789.
« Les Bretons exécutent provisoirement quelques-uns des articles de leurs cahiers : ils tuent les pigeons et le gibier. Cinquante jeunes gens viennent de faire de même ici près une déconfiture de lièvres et de lapins dont il n'y a pas d'exemples. On dit qu'ils ont détruit à la vue des gardes, qui n'ont osé les attaquer, quatre à cinq mille pièces, dans la plaine de Saint-Germain (Couvres de Camille Desmoulins, II, p. 8). »
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publiés, tous conçus dans des sentiments patriotiques : La suppression des abusy Tégalité dans les partages, les principes du Gouvernement, ces titres seuls parlent pour lui et le protègent contre le soupçon d'incivisme.
c Je n'ai jamais reconnu, dit-i], d'autre parti que celui de la Raison. »
Voilà sa profession de foi, — et il dit encore, en parlant de ses filles et de lui-même, « qu'ils ont toujours été soumis aux lois, persuadés qu'avant qu'elles soient faites, chacun peut exprimer librement son opinion pour s'éclairer mutuellement ; mais qu'une fois promulguées, tout citoyen est coupable de les enfreindre, » traits caractéristiques qui peignent bien Thomme de libre discussion, et en même temps de discipline volontaire, type de cette Ibrie génération préparée pour les événements de 4789, par les études philosophiques et économiques du 48« siècle.
Cependant l'interrogatoire n'a pas encore touché le point capital , c'est-à-dire le grand acte de Charlotte de Corday et la mort de l'Ami du Peuple.
Fèval, en homme habile, en praticien normand (il était notaire), cherche à provoquer les confidences de M. de Corday. Il veut le voir venir, le faire parler; il n'aborde donc pas la question de front ; il commence par demander s'il n'y aurait point une correspondance entre le père et la fille ; puis, si le père sait où est cette dernière. Mais M. d'Armont reste impénétrable, — il faut qu'il soit mis en demeure par une interpellation directe, pour qu'il se décide à répondre qu'il a appris par son journal la mort du représentant du peuple Marat; que les indications données, quoique inexactes, lui ont fait appréhender que sa fille ne fût l'auteur decetattentat.il ne peut comprendre ni qu'elle ait agi seule et conçu un dessein si extraordinaire ; ni si elle a eu un complice, qu'il se soit rencontré un homme assez lâche pour en être l'instigateur, et ne pas en partager la responsabilité.
Puis le malheureux père, pour défendre sa fille, est réduit à l'abaisser. Il nie qu'elle ait aucun talent, aucune supériorité capable
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d'expliquer une telle action. Peut-être un vague espoir subsiste encore dans son esprit.
C'est alors que Fèval lui représente le Bulletin de la Convention i.
11 lui fait lire les réponses de Charlotte.
En présence d'une accablante évidence, M. de Corday ne peut plus résister; les larmes s'échappent de ses yeux-, et l'interrogatoire s'arrête.
Nous ne connaissons rien de plus émouvant que cette scène racontée par le plumitif du greflîer. Ajoutons qu'il y a une certaine humanité pour ces temps féroces, dans la conduite de Fèval et Baux, qui respectent la douleur du père, et constatent son désespoir. Il n'en fut pas ainsi lors de l'arrestation de Guadet. Vainement, Guadet père voulut-il invoquer les droits de la nature, on lui répondit par l'exemple de Brutus. (Voyez Charlotte de Corday et la Gironde, p. 203 et 673.)
Même constatation favorable dans la perquisition qui suit. — Les notes de M. d'Armont, ses papiers les plus intimes sont scrupuleusement visités, et les interrogateurs reconnaissent que parmi les observations sur les nouveaux décrets, ils n'ont remarqué aucune critique du Gouvernement.
Du reste, nulle trace des lettres de Charlotte.
Les Commissaires ne trouvent ni celles qu'elle-même dit avoir écrites sur les Girondins réfugiés à Caen (Dossiers judiciaires, p. 5 du fac-similé), ni celles qu'elle avait adressées à son père les 9 et 46 juillet précédents.
La première fut-elle détruite dans un moment d'indignation,