DR CBARLOTTB A SON PERE
naire, elle dit: (voir notre ouvrage, Dossiers de C. deCorday, p. 95).
« Si j*ai cherché à vous persuader que je passais en Angleterre, » cesque j'espérais garder Tincognito; mais j'en ai reconnu l'impos- » sibilité. »
Dans sa lettre à Barbaroux, elle dit aussi^ en parlant de son père : — d Je lui faisais croire que redoutant les horreurs de la guerre » civile je me retirais en Angleterre, » (Voyez le fac-similé de cette lettre, p. 5, dans l'ouvrage cité ci-dessus).
C'est précisément ce qui se trouve dans la lettre publiée par V Autographe^ et que nous appellerons suivant l'usage la lettre de question.
M. de Corday, dans son interrogatoire, ne dit pas où sa fille lui annonçait l'intention de se retirer. La raison en est simple : il ne savait pas encore ce qu'elle était devenue ; elle pouvait s'échapper, chercher à gagner les côtes d'Angleterre, il était donc plus prudent, dans la terrible incertitude où il devait se trouver, de ne pas dire quel était le pays vers lequel elle disait s'être dirigée.
Cependant, on pourrait objecter que les lettres de Charlotte à Barbaroux et à son père ayant été publiées depuis longtemps, il aurait été facile au faussaire d'y trouver l'intention manifestée par Charlotte d'aller en Angleterre.
Mais l'interrogatoire de M. de Corday n'a pas été publié.
Or, il contient une phrase qui se retrouve, presque mot pour mot, dans la lettre que nous discutons.
a — A repondu quil avoit reçu une lettre d'elle il y a eu jeudi » dernier huit jours, dattée du mardi matin d'avant où elle lui » mande qu'à son départ de Caen, elle met cette lettre à la poste, » que quand lui répondant recevra cette lettre elle ne sera plus en » France. »
Comparons la lettre de \ Autographe :
« En partant^ je mets cette lettre à la poste pour vous^ et qtiand » vous la recevresje ne serai plus en ce pays, »
L'identité est évidente. Continuons :
[Elle lui mande] qu'elle ne croyait pas que l'on pût y vivre (en France) tranquille d'ici à longtemps.
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Lettre de l'Autographe :
« Je ne crois pas qu'on puisse vivre en France heureux et tran- » quille de bien longtemps. » —
Pour admettre la possibilité d'un pastiche il aurait fallu que l'auteur du faux eût en sa possession Tinterrogatoire de M. de Gorday d'Armont ; or, s'il l'avait eu, il l'aurait publié pour donner de la consistance et de la valeur à la lettre qu'il fabriquait.
Le style. — « Le ciel nous refuse le bonheur de vivre ensemble. »
Cette tournure de phrase paraît habituelle chez G. de Gorday, — Ainsi, elle a écrit dans l'Adresse aux Français :
«c J'ignore si le Ciel nous réserve un gouvernement républicain, » mais il ne peut nous donner un Montagnard pour maître que » dans l'excès de ses vengeances, i»
« Je rends grâce au Ciel de ce qu'il m'a permis de disposer de ma » vie. »
Et en parlant de Marat :
a GrAce au Ciel il n'était pas français (Lettre à Barbaroux, p. 3).
De même dans la lettre à Rose (Fougeron du Fayot?)
« Ge serait à prendre cette République en horreur, sy on ne savait » que les forfaits des humains n'atteignent pas les Cieux i» (M. A. G. de Gorday, par M. Ghéron de Viiliers, p. 70).
Et quelques lignes plus haut, on lit encore cette tournure analogue aux précédentes : « J'en fairés autant que lui (c'est-à-dire je » passerais en Angleterre), mais Dieu nous retient îcy pour d'autres » destinées. »
Charlotte de Gorday avait été élevée dans un couvent; elle devait se faire religieuse, il est donc tout simple qu'elle se servît de locutions usuelles dans le langage de la vie dévote.