SÉANCE DE LA SECTION
(Le nom do la Section n'est pas mentionné.)
Ce jour, treize juillet mil sept cent quatre-vingt-treize, Tan deuxième de la République Françoise une et indivisible, neuf heures un quart du soir, un citoyen est entré dans le vestibule de PAssemblëe générale, et là il a dit à haute voix que le Citoyen Marat venoit d'être assassiné dans son bain par une femme. Il a été arrêté et conduit au Comité ; ce particulier interrogé a dit se nommer Toussaint Collet, âgé de quarante-cinq ans, né à Yassy en Champagne, compagnon corroïeur, demeurant rue Montmartre, numéro 121, Section de 179a.
Interrogé d'où il a sçu le fâcheux assassinat du Citoyen Marat ?
 répondu, en passant devant sa maison près Saint- Cosme où il a vu beaucoup de citoyens amassés et où on distribuoit cette nouvelle.
Interrogé s'il avoit été chargé par quelqu'un de dîstribaer cette nouvelle ?
A répondu : personne.
Lecture faite du présent a signé avec nous.
Toussaint Collet.
A cet instant l'Assemblée générale nous aïant demandé un rapport sur le dénommé cy-dessus, nous avons supercédé l'interrogatoire et l'avons repris.
Interrogé ledit Collet s'il connolt quelqu'un de la maison du Citoven Marat ?
A dit que non, qu'il ne savoit pas même où il demeuroit,
s'il n'avoit pas vu Pattroupement dont ii nous a parlë^ a réitéré qu'on lui a dit que c'éloit une femme qui étoit entré chez lui pendant qu'il étoit dans son bain.
A lui demandé quel a été le motif qui l'a décidé h venir apprendre cette nouvelle à l'Assemblée générale ?
A répondu que c'étoit la peine que la mort de Marat lui occasionnoit.
A lui demandé si il n'y a été engagé par personne ?
A dit que non.
Ce fait avons arrêté que ledit citoyen Toussaint Collet sera mené sous la conduite des citoyens Guiot et Creusette, volontaires de la Force armée à la Mairie de cette Section au Comité de l'Administration de Police^ non-seulement pour que les membres prennent dans leur sagesse les renseignements qu'ils jugeront convenable, mais particulièrement parce que plusieurs membres, et le Président de l'Assemblée générale a dit à ladite Assemblée qu'il croïoit que c'étoit un piège que l'on lui tendoit ou à la Section, et que le particulier pouvoit être un émissaii*e.
Dont et de .quoy avons dressé le présent procès- verbal, les jour et an que dessus «
Lecture faite audit Collet de l'interrogatoire des autres parts, a dit icelles contenir vérité et a signé.
Collet, Regnaudet^ Rouzière, président,
Macquet, Denis, commissaire.
Nous Administrateurs de Police, considérant que ce n'est point un délit que d'avoir annoncé la mort trop vrayt d'un Représentant du Peuple.
Disons que le citoyen Collet n'étant pas muny de carte de sûreté, sera conduit h sa Section pour être reconnu.
Siffné Baudrais.