CHAPITRE II
que lui a éternellement inféodé la mort. Quant à son héritier Aniaury, bien que la fortune le couronne, son cœur en ce moment est brisé: quelqu''un le torture, et c^esl moi. )'
La sombre figure du châtelain s'éclairait d'un rù'e infernal. Raymond le regarde et frissonne.
« — Araaury. . . cependant il règne!
» — Oui, Raymond; mais de quelle ma- )» nière? En décimant lui-même son peuple. » Environné de révoltes continuelles, il faut » pour gouverner qu'il détruise, et pour » exister qu'il massacre. Le sang est l'eau » baptismale de toutes les spoliations, la brû- » lante nécessité de toutes les tyrannies. Les )) meurtres sont la consécration et le sacre » de la félonie couronnée. Puis enfin, lame- )' sure pleine , le crime finit par le crime.
» — Et n^est-ce point là, s''écrie Ray- » mond, la preuve des justices divines, des » justices que tu renies I
» — L''usurpateur de tes états, continue » froidement Roger, a plus d\in supplice à » subir. J'ai un poignard entré dans son » cœur, sous lequel il vit, que je tiens. J'ai )) une flamme en ses entrailles, qui les dé- » vore et que j'attise. Mais instruis-moi )) de tes projets ; parle ! et je pourrai te » servir. »
Raymond cède aux vœux du vieillard.
« — Dès qu'un fer put armer ma main, n je suivis mon père aux combats. J'étais » auprès de lui, lorsqu'après avoirété chassé )> du Languedoc et s'être réfugié en Es- » pagne, il essaya de repasser les Pyrénées )) pour reconquérir ses états. Le sort parut )> d'abord nous sourire. Raymond, secondé