Douze ans dans la Haute-Ethiopie (Abyssinie)
Il semble qu'en lui temps comme le nôtre, ou tout procède si rapidement, il ij ait peu d'opportunité d offrir ati public, comme je le fais, la relation d'un voyage en pai/s presque incùmiïi^ longtemps après que ce voyage a été accompli.
Mais si un eoyage fait dans un (>iit purement géogro.phique se trouve quelquefois comme frappé de péremp^ lion par des travaux géographiques j^lus récents, il n'en est point de même d'un voyage entrepris, comme celui-ci, dans le but d'étudier les mœurs, le caractère et les institutions d'un des peuples de l'Orient les plus intéressants et les moins connus jusqu'à ce jour.
Parti pour l'Orient en 183(7, j'en suis revenu une dernière fois en 1862, après avoir séjour)iéplus de douze
ans dans la Haute-Etltiopie, et après ij avoir été mêlé, comme témoin ou comme acteur, aux événements qui ont attiré sur ce pays Vattention de VEurope. Dès mon retour en France, soia^ Finfluence des impressions reçues à Vétranger, et pour complaire à un ami, j'ai donné à cette relation une forme écrite. Mais pour avoir le droit de parler d/un pays si disserdhlahle du notre, il ne suffit pas d'y a/voir séjourné un long temps et de s'être dénationalisé en quelque sorte, afin de voir de plus près les liommes et les choses que Von se iwopose de faire connaître; lorsque Von est rentré dans son milieu natal, il faut encore, pour se soustraire à tout engouement et épurer ses jugements, écarter, pour un temps, les opinions et les idées dont on s'est imbu à l'étranger, et, reprenant les points de vue ses compatriotes, s'habituer de nouveau à leur manière de penser, avant de leur offrir les fruits d'une expérience acquise dans des conditions si' différentes de celles qui nous régissent. Ma relation écrite, j'ai donc laissé passer un certain temps.
Aujourdliui, par suite du redoublement d'activité que les nations européennes mettent à étendre leurs relations avec les peuples les plus reculés de l'Orient, et par suite du retentissernent qu'ont eu les d.erniers rap-
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ports de V Angleterre avec Théodore^ fal pensé que mon travail ne serait pas sans utilité. Je vietis de le reprendre, et je l'offre avec la confiance que donne une tache fidèrnent remplie, et avec la réserve qui convient à celui qui, comme moi, entreprend de produire un ensemble défaits et de caractères propres d faire juger de tout un peuple.
Paris, 2 jniu 1868.