XV
/4l J > 1«<‘'VV.
ï^i,>riÉt # .■#.^ £ t’’!’ f » ‘
n.fiitaràorc
-yji- ri U|>î-V4^i‘îiïi9TkHH&
':t..v 'ii . i- .-•!«' 'j»< >■'
; .r ‘' .»!., U T ff i :
- . . ■ '•'Vtt{r^“T'^'.’. !■■' ' »
■ i'rvf s ' • ' ' •' -îM îi»- 'tsi • -.' •qjgin' - ='— V
ÜWÎfl ‘ ■-
■l"uyî
fif '- ■'■
■tm- . .
MESSIEURS
Obligé de faire un choix très-restreint parmi le nombre immense de choses intéressantes dont je pourrais vous entretenir, j’ai beaucoup réfléchi avant de me déterminer sur le sujet de cette leçon.
Après vous avoir fait connaître les corps en général et leurs divisions, après vous avoir expliqué ce qu’on entend par une force, vous avoir présenté un aperçu des lois suivant lesquelles les forces se combinent et se modifient pour produire le mouvement, après avoir examiné ce mouvement dans ses principales modifications, et vous avoir, enfin, fait connaître le petit nombre des forces dont l’homme peut disposer, il semblerait naturel de vous entretenir des machines simples ou composées, de leur but et de leurs effets.
Il semblerait encore, qu’il ne serait pas moins opportun d’étudier les phénomènes d’équilibre et de mouvement des liquides; mais je vous ferai remarquer, que ces différents sujets sont compris sous le nom de diverses sciences qu’on appelle la statique et la dynamique, V hydrostatique et V hydro-dynamique . Vous
savez tous que ce sont là des sciences d’application; vous savez aussi, qu’un grand nombre de livres élémentaires, ont été et sont chaque jour publiés afin de populariser ces importantes connaissances pratiques.
Il en résulte, que ces sciences ne peuvent rentrer dans un plan qui a pour but essentiel de présenter les lois générales de la nature, sans entrer dans le détail des phénomènes.
Il est vrai de dire qu’avec le petit nombre de principes que nous avons exposé jusqu’ici, on ne pourrait pas commettre de grandes erreurs dans aucun cas d’équilibre ou de mouvement des corps solides ou des corps liquides.
Il n’en est pas absolument de même à l’égard de la troisième espèce de corps que nous avons nommé fluides élastiques. Ils ont des manières toutes particulières de se comporter; il en est un surtout (l’air atmosphérique), qui intervient dans tous les phénomènes que nous pouvons observer, au milieu duquel ces phénomènes se passent nécessairement; en sorte que, beaucoup de ces phénomènes naturels pourraient demeurer parfaitement inintelligibles, pour quiconque connaîtrait les lois générales de la nature exposées jusqu’ici, mais sans avoir examiné spécialement les fluides élastiques.
Ces considérations m’ont déterminé à vous entretenir aujourd’hui, de ces sortes de corps qui se trouvent partout, et dont pourtant la connaissance remonte à un petit nombre d’années.
Les fluides élastiques sont des corps fort singuliers ils sont partout sans qu’on les voie, sans qu’on les sente, sans qu’on soit éclairé sur leur existence, par l’usage direct des sens.
Sous le point de vue physique, tous les fluides élastiques se ressemblent beaucoup les uns les autres; en sorte qu’il sufiit presque d’en étudier un seul pour les connaître tous.
Si nous devons choisir un des nombreux fluides élastiques qui existent, aucun doute que nous devions donner la préférence à l’air atmosphérique, au milieu duquel et par lequel nous vivons.
Oô
Nous avons déjà dit qu’un fluide élastique était un corps dans lequel l’attraction était annullée par l’écartement des molécules qui se trouvaient ainsi complètement abandonnées aux forces répulsives du calorique; d’où nous avons conclu que ce corps n’avait ni figure, ni volume, ni densité propres , attendu que son volume dépend de la pression qu’il supporte; que sa figure est celle du vase qui le contient, et que sa densité est en raison inverse de son volume.
Il faut remarquer, que dans l’état naturel où se trouvent les fluides élastiques dont nous pouvons disposer, ils sont actuellement comprimés par la masse de l’atmosphère qui environne la terre. Cette pression qu’ils supportent tous , est la même pour chacun d’eux, et, dans cet état, ils offrent des densités très-différentes. Par exemple, l’acide carbonique a une densité de moitié plus grande, à peu près, que l’air atmosphérique ; tandis que le gaz hydrogène pur a une densité presque quinze fois moindre.
Cette grande variété de densité, sous une pression uniforme, est, sous le point de vue physique, la principale différence qui existe entre les divers fluides élastiques. Ainsi donc, à part la densité et quelques phénomènes de couleur, il nous suffira d’étudier l’air atmosphérique, pour comprendre les autres corps de même nature.
Quand on considère un vase, ouvert par le haut, et que nous avons coutume d’appeler un vase vide, il faut bien comprendre que ce vase est plein d’air; l’air est retenu dans ce vase par la pression de l’atmosphère. Si l’on pose une feuille de papier sur l’orifice de ce vase, le volume d’air contenu sera séparé de l’air extérieur; mais la feuille de papier ne paraîtra affectée d’aucune pression; et, en effet, elle est pressée en-dessus par le poids de l’atmosphère, mais soutenue en-dessous par la force élastique de l’air du vase.
Il est évident que, pour le commun des hommes, ce vase ne contient rien , ou l’on doit croire que ce qu’il contient ne pèse
Oî CLNOUIÈME LEÇON
rien ; c’est l’idée qui a prédominé généralement jusqu’à Galilée, et c’est lui qui , le premier, s’est aperçu que l’air pesait quelque chose. On comprendra facilement cette longue erreur en considérant que les volumes d’air, contenus dans des vases , sont soutenus par l’air qui les environne.
Si l’on se représente un animal intelligent et expérimentateur, dont l’organisation lui permettrait de vivre au fond des mers, il est clair que pour lui , l’eau n’aurait aucun poids , car celle qu’il enfermerait dans un vase serait justement équilibrée par l’eau environnante.
Galilée s’est aperçu que l’air pesait quelque chose, par une expérience bien simple : il employait une petite pompe pour comprimer de l’air dans un ballon, et s’étant avisé de peser exactement ce ballon , il s’aperçut bientôt qu’il devenait de plus lourd en plus lourd à mesure qu’il y comprimait de l’air.
Depuis cette époque, Boyle, célèbre physicien anglais, a imaginé l’instrument très-utile et très-curieux, que l’on appelle une machine pneumatique . Sans entrer dans le détail de la structure de cet ingénieux instrument , il nous suffira de dire, qu à l’aide de deux pompes construites avec la plus grande précision, on parvient aujourd’hui presque complètement à extraire l’air qui est contenu dans un vase fermé c’est-à-dire à 1/700* près.
Aujourd’hui, c’est à l’aide de la machine pneumatique que l’on pèse l’air; on prend un ballon de verre muni d’un robinet, on mesure exactement sa capacité, on le pèse bien sec, et plein d’air, ensuite on y fait le vide et on le pèse de nouveau; la différence des deux poids est évidemment le poids de l’air qui était d’abord contenu dans le ballon.
Il faut agir avec précision, tenir compte de la petite quantité d’air qu’on a laissée, en faisant le vide, de l’état présent de la pression atmosphérique de la température etc. , et l’on s’assure ainsi, qu’un décimètre d’air ou un litre, pèse un gramme et
trois dixièmes, c’est-à-dire, qu’un mètre cube d’air, pèse un kilogramme et 300 grammes.
On est loin, généralement, de se faire une pareille idée du poids de l’air, et l’on ne saurait imaginer que dans une salle de réunion de 60 pieds de long sur 30 de largeur et 15 de hauteur, il y a assez d’air pour représenter un poids de 1,000 kilog. ou une tonne.
Cette notion fait comprendre comment l’air peut exercer une si grande inlluence dans tous les phénomènes naturels , et, surtout, comment ces grandes agitations qu’on appelle ouragans, peuvent produire de si terribles dévastations, renverser des habitations, soulever les vagues de la mer, déraciner des arbres, et déplacer les corps les plus pesants.
Ce n’est plus, en effet, un fluide léger, subtil, qui produit ces effets ; c’est un corps pesant dont chaque mètre cube représente un boulet de deux livres.
Nous avons dit que l’air était élastique, c’est-à-dire, qu’il se laissait comprimer et revenait ensuite à son volume premier ; cette importante propriété a besoin d’être étudiée plus spécialement. Si l’on enferme de l’air dans un tube transparent et muni d’une échelle de graduation, et si l’on suppose que sous la pression atmosphérique actuelle, il occupe dans ce tuhe un volume représenté par 40 degrés; si l’on vient à comprimer cet air d’une quantité double , c’est-à-dire , deux fois la pression atmosphérique, le volume se trouvera occuper 20 degrés de l’échelle ; si la pression devient quadruple , le volume de l’air sera réduit à dix ou un quart.
On conclut de cette expérience, que les volumes de l’air sont en raison inverse des pressions qu’ils supportent; mais, comme après la réduction , à la moitié de son volume sous une pression double, l’air supporte cette double pression, on en conclut que la force élastique de l’air est directement proportionnelle aux pressions qu’il supporte. Enfin , comme il y a autant de matière dans l’air
•JC)
dont le volume est réduit à moitié ou au quart , que dans le volume primitif, on en conclut que les densités de l’air augmentent avec les pressions, ou sont en raison directe des pressions.
Ces trois faits capitaux constituent ce qu’on appelle la loi de Mariote, du nom de celui qui, le premier, l’a démontrée.
Une conclusion à tirer de cette loi de Mariote, c’est que l’air est un ressort parfait que rien ne peut fausser et que rien ne peut rompre.
Dans une foule de cas, sous une voiture, par exemple, on place des ressorts en acier, mais ils se faussent, ils se cassent quelquefois; remplacez ces ressorts par des volumes d’air, renfermés dans des capacités, vous aurezdes ressorts parfaits. Lescoussins, les matelas que l’on gonfle avec de l’air, et dont on fait déjà de fréquents usages, sont des exemples de cette application.
Une autre conséquence de la loi de Mariote , ou de la parfaite élasticité de l’air, c’est que si vous avez dépensé un effort quelconque à comprimer un certain volume d’air, il sera capable, en se dilatant, de restituer complètement l’effort qui l’a comprimé; de là, la perfection avec laquelle les ballons pleins d’air, rebondissent sur le sol.
Cette dernière considération est susceptible d’applications industrielles du plus haut intérêt. On conçoit, en effet, qu’il est facile de comprimer de l’air dans des lieux convenables, et dans des réservoirs fixes; que l’on peut ensuite transmettre cet air comprimé, à des distances indéfinies, au moyen de tuyaux ; mais il est évident qu’en quelques points de ces tuyaux que vous veuilliez disposer de cet air comprimé, il sera capable de reproduire tout l’effort mécanique qui aura été dépensé dans sa compression .
Placez maintenant le long d’un chemin de fer un tuyau chargé de cet air comprimé ; placez sur les rails, une locomotive sans chaudière et sans feu, mais faites que ses deux corps de pompe ])uissent communiquer avec le tuyau chargé d’air comprimé, la
machine marchera ; ce ne sera plus une machine à vapeur, ce sera une machine à air comprimé qui vaut beaucoup mieux et qui est beaucoup plus simple.
Nous venons d’esquisser le nouveau système de chemin de fer proposé par M. Jobard, l’ingénieux directeur du Musée de l’industrie.
Il n’y a pas de doute que ce nouveau système n’ait de grandes chances de succès dans l’application , surtout relativement aux locomotives qui sont aujourd’hui en usage ; car, il faut le dire, quelque brillants et quelque séduisants que paraissent les résultats obtenus jusqu’aujourd’hui- sur les chemins de fer, on doit bien comprendre que les locomotives sont réellement l’enfance de l’art. Il faut savoir que la dépense en combustible est dix fois trop grande , que les frais de réparation sont cent fois trop considérables, et que tout homme réfléchi qui s’occupe de ces matières, doit avoir pour point fixe de ses idées, d’engendrer la force dans des machines fixes, et de la transmettre par des tuyaux.
Indépendamment des propriétés physiques que nous venons de signaler, l’air présente quelques propriétés chimiques qu’il nous est indispensable de connaître. L’air n’est point un gaz simple ; c’est un mélange de beaucoup de substances gazeuses, dont les unes présentent des proportions constantes, et les autres des proportions variables.
Les principaux éléments de l’air sont : le gaz azote et le gaz oxygène. Le gaz azote dont le nom veut dire, qui prive de la vie, n’est point comme cette étymologie pourrait le faire croire, une chose nuisible, un poison, mais c’est tout simplement un gaz qui n’est pas capable d’entretenir la vie, qui ne peut pas entretenir la combustion , c’est un élément neutre qui semble n’avoir pour effet, que de diminuer l’énergie de l’oxygène ; c’est un véhicule : c’est l’eau dans la limonade.
Le gaz oxygène, au contraire, est le corps le plus actif que nous connaissions; il tend, avec la plus grande énergie, à s’unir
à se combiner avec beaucoup d’autres corps. Tous les combustibles, et le fer lui-même, brûlent, avec une grande violence et un grand éclat, dans cet oxygène qui est indispensable à l’existence de tous les animaux, et, d’après tout ce que nous en savons, s’il était pur, il détruirait rapidement ces mêmes organisations dont il entretient aujourd’hui le jeu et les fonctions.
Cent parties d’air atmosphériques contiennent 79 parties d’azote et 21 d’oxygène. On sent, d’après l’importance des propriétés de ces gaz, par rapport aux animaux , que cette proportion devait être constante, et en effet, dans quelque lieu du monde que l’on prenne de l’air, pourvu que ce soit dans un espace libre, on l’a toujours trouvé, jusqu’ici , composé exactement de la même manière, sous le point de vue de l’azote et de l’oxygène. Au contraire, si l’on examine de l’air pris dans un lieu resserré, encombré d’animaux , la proportion d’oxygène est un peu plus faible; il paraît même, que dans les rues des grandes villes, on peut découvrir presqu’un millième de différence , et c’est, sans doute, à cette cause si minime qu’elle paraisse, qu’il faut attribuer la grande différence de l’état de santé des hommes dans les grandes villes ou à la campagne.
L’uniformité actuelle de composition de l’air s’explique en admettant que les animaux absorbent l’oxygène et exhalent de l’acide carbonique, et que les végétaux absorbent de l’acide carbonique et exhalent de l’oxygène, et en se représentant, d’ailleurs que ces vents continuels, dont nous nous plaignons si souvent, ont pour effet utile de mêler continuellement toutes les parties de l’atmosphère les unes avec les autres.
Indépendamment de l’azote et de l’oxygène, l’air contient toujours une certaine proportion d’acide carbonique, qui est aussi nécessaire à la vie des végétaux, que l’oxygène à celle des animaux; la proportion de cet acide carbonique est très-petite, et elle varie de un centième à deux millièmes.
L’air contient encore et constamment, de l’eau en vapeur dont
la quantité varie beaucoup avec la température, et qui s’étend de 16 millièmes à 3 millièmes.
Dans ces derniers temps on a constaté que l’air atmosphérique contient, toujours et partout, une petite quantité de gaz hydrogène.
Enfin, l’air atmosphérique doit contenir et contient, en effet, une petite quantité de tous les corps capables de se réduire en vapeur, à la température ordinaire, et on peut dire qu’il n’y a presque pas de corps qui n’en soient susceptibles, puisque le fer et le cuivre ont une odeur caractéristique.
Indépendamment de toutes les choses que nous venons de signaler, et qu’une analyse chimique délicate peut découvrir dans l’air atmosphérique, il s’y rencontre, malheureusement, encore une sorte de chose qui échappe à tous nos instruments, dont nous ne pouvons pas constater la présence, et à plus forte raison, déterminer la quantité; cette chose, dont nous ignorons jusqu’à la nature, a pourtant un nom : cela s’appelle des miasmes. On suppose que ce sont des émanations provenant du sol luimème, ou se dégageant du corps de l’homme.
Ces émanations s’annoncent par leurs effets, qui sont ou des maladies endémiques, ou des épidémies, ou des infections locales qui produisent de grandes mortalités.
Le voisinage d’un marais produit des fièvres intermittentes : le voyageur n’échappe à l’influence des marais Pontins, qu’en les traversant sans s’arrêter. La variole et beaucoup d’autres maladies contagieuses, se développent souvent par épidémies; enfin, les habitations communes dans lesquelles on renferme beaucoup d’hommes à la fois exercent par cela même une influence fâcheuse sur la santé, et si ces hommes sont malades, l’influence devient encore bien plus grave.
Cent malades, réunis dans une même salle, ont beaucoup moins de chances de salut que lorsqu’ils sont distribués dans un grand nombre de petites pièces; cela ne tient pas à la compo-
sillon de l’air qui peut être renouvelé aussi complètement et aussi souvent dans une grande salle que dans une petite; cela lient à des émanations provenant des corps vivants malades, et nous disons des corps vivants, parce qu’en effet , des corps morts, fussent-ils abandonnés à la putréfaction, exhaleraient des produits moins dangereux que des vivants réunis en grand nombre.
Jusqu’ici, nous avons considéré l’air sous un volume limité et dans les propriétés qu’il développe en petites masses; nous devons maintenant nous occuper de V atmosphère, et il est bien utile de ne pas confondre ces deux expressions : air atmosphérique et atmosphère. L’air atmosphérique, c’est ce fluide élastique que nous venons d’étudier dans l’état où il se présente à nous à la surface du globe.
L’atmosphère, c’est une enveloppe générale de la terre, une couche à peu près uniformément distribuée à sa surface, et qui se comporte de manière à exercer la plus grande influence sur tous les phénomènes naturels.
Atmosphère veut dire sphère de vapeur; c’était probablement l’idée qu’en avaient les anciens; elle n’est pas absolument fausse, puisque nous savons qu’il y a toujours beaucoup de vapeur dans celte atmosphère.
Les expériences et le calcul démontrent que l’atmosphère n’a pas au delà de 15 à 16 lieues d’épaisseur, en sorte qu’à 17 lieues de distance de la terre, en ligne verticale, l’espace est complètement vide.
On voit que celle couche environnant le globe n’a qu’une bien petite épaisseur relativement au rayon de la terre, qui est de 1,432 lieues, car cela ne représente guère plus d’un centième de ce rayon ; c’est à peu près comme la couche d’eau qui reste attachée à une bille que l’on a trempée dans ce liquide; ce qui nous permet de concevoir comment l’atmosphère accompagne la terre dans tous ses mouvements et môme, en général, tourne avec elle autour de son axe incliné.
Nous savons que l’atmosphère est formée de fluides élastiques, c’est-à-dire, de couches successives qui doivent se comprimer les unes les autres; le résultat total de toutes ces pressions, observées au niveau de la terre, c’est ce qu’on appelle la pression atmosphérique; mais si nous supposons toute l’atmosphère divisée sur sa hauteur en 15 couches d’une lieue d’épaisseur chacune, il est évident que la couche qui touche le globe sera comprimée par 14 couches, la couche suivante ne sera plus comprimée que par 13, et ainsi de suite.
Mais nous avons vu que les gaz ont des densités qui sont en raison inverse des pressions qu’ils supportent, en sorte qu’en s’élevant dans l’atmosphère, on rencontre successivement des couches d’air de moins en moins denses, ou qui pèsent de moins en moins pour une égale épaisseur.
Il en résulte que quand on s’élève dans l’air, la pression at- . mosphérique diminue pour deux raisons : 1° parce que le nombre de couches qui pressent est diminué ; 2“ parce que chacune de ces couches devient elle-même moins pesante à mesure qu’on la considère plus haut.
Il découle naturellement de ces faits, que quand on s’élève dans l’atmosphère, sa pression décroît beaucoup plus rapidement que les élévations ne s’accroissent.
Nous essayerons de fixer ces idées par quelques chiffres.
A la surface de la terre, une couche d’air de 10 mètres d’épaisseur représente, à peu près, une colonne de mercure d’un millimètre de hauteur. Dans les limites des petites élévations, cette mesure paraît exacte, et, en effet, deux baromètres placés l’un à l’Observatoire de Paris et l’autre à l’École de Médecine, présentent constamment une différence d’un millimètre; mais il n’en est plus de même quand on s’élève un peu plus haut : à une lieue d’élévation dans l’air, la pression de l’atmosphère n’est plus que la moitié de ce qu’elle est au niveau de la mer, quoiqu’on ne se soit encore élevé qu’à un 15° de son épaisseur.
Nous verrons tout à l’heure, qu’on a pu se servir avantageusement de- cette circonstance, pour mesurer la hauteur des montagnes, ouconstater jusqu’à quel point on s’est élevé dans un ballon.
La pression de l’atmosphère, telle qu’elle est à la surface du globe, doit s’exercer et s’exerce, en effet, sur tous les corps que nous connaissons; et comme les particules de l’air sont éminemment mobiles et élastiques, cette pression doit se transmettre dans tous les sens avec une parfaite égalité ; cette circonstance est bien importante, car cette pression est énorme; si, comme la plupart des efforts mécaniques, elle n’agissait que dans un sens, elle serait capable d’écraser les corps les plus solides.
En effet, la pression exercée par l’atmosphère sur un décimètre carré de surface, équivaut à un poids de 102 kilogrammes 6 dixièmes.
Si l’on considère une feuille de papier de cette dimension et maintenue dans une position horizontale, on a peine à se persuader que sa face supérieure supporte un poids de 102 kilog.; on l’explique en disant que sa face inférieure est pressée de son côté par une force exactement égale, qui détruit complètement les effets de la première.
Pour démontrer aux yeux cette vérité importante, on fait en physique l’expérience suivante : on se procure un cylindre de cristal, ouvert par les deux bouts, on ferme une des ouvertures avec une vessie mouillée, fortement liée autour du verre, puis on la laisse sécher, cette vessie devient parfaitement plane, car elle est également et uniformément pressée sur ses deux faces, mais si l’on place ce manchon sur la platine d’une machine pneumatique, aussitôt que l’on commencera à faire le vide dans le vase, la face supérieure de la vessie deviendra concave; car, en effet, l’air intérieur n’a plus la force élastique nécessaire pour supporter entièrement la pression atmosphérique ; si l’on continue à faire le vide, la vessie se creusera et se tendra de plus en plus, et par une légère percussion du doigt, elle crèvera tout à coup avec une
grande explosion ; le bruit sera produit par la rentrée de l’air dans le vide qu’on avait produit au-dessous de la vessie.
C’était une question d’une bien grande importance , que de découvrir un moyen de mesurer la pression de l’atmosphère qui joue déjà un si grand rôle, quand ce ne serait que sous le rapport mécanique.
Nous avons vu que le poids de l’air avait été découvert par Galilée; mais c’est à Toricelli, son disciple, que nous devons la mesure de la pression atmosphérique,
On sait que dans une pompe aspirante , quand on élève le piston, l’eau s’élève en suivant ce piston, et cela bien au-dessus de son niveau ordinaire. Dans la Philosophie d’Aristote, on expliquait ce fait et beaucoup d’autres, en disant que la nature avait horreur du vide ; cependant, des pompiers de Florence, ayant construit une pompe dont le piston aspirateur était placé à plus de trente-deux pieds au-dessus du niveau de l’eau, ils observèrent que l’eau ne s’élevait jamais qu’à environ trentedeux pieds.
Galilée, ayant été consulté par eux sur ce phénomène, leur répondit qu’apparemment la nature n’avait horreur du vide que jusqu’à trente-deux pieds ; il parait certain que cette réponse était dérisoire , et que déjà Galilée comprenait vaguement les effets de la pression atmosphérique.
Thoricelli a réalisé une des plus belles expériences qu’il ait été donnéà l’homme de concevoir ! 11 a pris un tube de verre de 30 à 32 pouces de longueur, il a fermé ce tube par une de ses extrémités, puis, il l’a complètement rempli de mercure, après quoi , tenant l’ouverture libre fermée avec le doigt , il a renversé ce tube de manière à faire plonger cette extrémité ouverte dans un vase également plein de mercure ; en ôtant le doigt, on aurait pu s’attendre à ce que tout le mercure retombât dans la cuvette , mais il n’en fut rien ; la colonne de mercure descendit bien, en effet, de quelque chose, sc livra à quelques
oscillations, et, enfin, s’arrêta dans le tube à une hauteur d’environ vingt-huit pouces au-dessus du niveau du mercure dans la cuvette. Cet appareil primitif, c’est le tube de Thoricelli ; cet appareil perfectionné, c’est le baromètre.
On pouvait se demander ce qui soutenait le mercure dans l’intérieur du tube , ce n’était pas l’horreur du vide, car toute la partie du tube excédant 28 pouces demeurait complètement vide ; Thoricelli établit que toute la surface de la cuvette était exposée à la pression atmosphérique, tandis que la petite surface circulaire, contenue dans l’intérieur du tube, en était préservée par l’extrémité fermée du même tube; il déclara, en conséquence, qu’une colonne de mercure de 28 pouces de hauteur faisait précisément équilibre à une pression atmosphérique.
On conçoit que si l’on employait de l’eau, au lieu de mercure, la colonne devrait avoir treize fois et demie la hauteur de la colonne de mercure , c’est-à-dire, 31 à 32 pieds. L’expérience
en effet, été répétée en confirmation de celle de Thoricelli.
Pascal, dont le génie si positif allait droit au fond des questions, posa immédiatement cette proposition : Si c’est la pression de l’air qui soutient le mercure dans le tube , le mercure doit descendre à mesure qu’on s’élève dans l’air ; l’expérience fut, en effet, répétée avec deux tubes semblables, dont l’un fut laissé au pied du Puy de Dôme, et l’autre élevé sur son sommet. Aujourd’hui tout le monde saurait prévoir le résultat de cette expérience; mais alors elle inspirait le plus vif intérêt, et servit de confirmation à la théorie de Thoricelli qui, depuis lors, fut généralement admise.
Un baromètre n’est jamais autre chose, au fond, que le tube de Thoricelli; seulement le tube doit être parfaitement sec et le mercure parfaitement pur; et pour avoir un bon baromètre, il faut faire bouillir le mercure dans le tube même où on vient de l’introduire.
On a donné au baromètre des formes très-variées ; le baro-
DE PHYSIQUE GÉNÉRxVLE.
mètre à cuvette est celui qui se rapproche le plus de celui de Thoricelli. On fait des baromètres à syphon, dans lesquels le mercure monte dans une branche quand il descend dans l’autre; on fait des baromètres à cadran , dans lesquels une grande aiguille est mise en mouvement par un petit llotteur placé à la surface du mercure dans la courte branche du syphon. Fortin et Gay-Lussac ont attaché leurs noms , le premier à un baromètre à cuvette à niveau constant; le second, à un baromètre portatif qui ne se dérange jamais, et qu'on peut enfermer dans une canne.
Dès qu’on a possédé le baromètre, on s’est bientôt aperçu que la pression atmosphérique était très-variable ; on a constaté que la hauteur de la colonne de mercure était de 760 millimètres au niveau de la mer; on a vu qu’elle diminuait en s’élevant dans l’air, et deLaplace a trouvé une formule qui donne, avec beaucoup d’exactitude, la hauteur du baromètre à différents points d’élévation , ou plus tôt la hauteur réelle d’un point donné, connaissant la hauteur barométrique dans ce point, et sur un autre point de comparaison ; voilà un moyen bien commode et bien imprévu pour mesurer, sans aucune opération géodésique, la hauteur de toutes les montagnes, et pour déterminer, même dans un ballon, précisément à quelle hauteur on se trouve dans l’atmosphère.
Mais la hauteur du baromètre varie encore par des causes bien différentes dans un même lieu; à Paris, par exemple, le baromètre a deux maxima et deux minima d’élévation dans la journée ; ces variations sont peu considérables , mais très-constantes; on les appelle : uanatfons dmrwes.
Le baromètre monte ou descend d’une manière très-irrégulière, et pour des causes qui paraissent tout à fait accidentelles: on pense ordinairement que son abaissement indique la pluie ou un temps couvert, tandis que son élévation présage le beau temps ou un ciel serein.
Aucune explication bien satisfaisante n’a encore été donnée de ces variations accidentelles , il paraît cependant qu’elles doivent être attribuées à l’influence des vents ; en effet , dans les zones torrides , où les vents sont constants , le baromètre n’éprouve pas ces variations accidentelles, et les variations diurnes en deviennent beaucoup plus distinctes. Un abaissement subit du baromètre est un indice presque certain d’un coup de vent plus ou moins violent; c’est pourquoi les commandants de vaisseaux ont dans leur cabine deux baromètres suspendus qu’ils doivent consulter à chaque instant.
Les variations accidentelles ont assez peu d’étendue à Paris et à Bruxelles, et elles ne dépassent guère G à 7 centimètres.
Les effets de la pression atmosphérique sur les êtres vivants sont on ne peut plus extraordinaires, et exercent une grande influence sur leur santé.
Si l’on calcule approximativement la surface du corps d’un homme de moyenne taille, on trouve que la pression exercée sur sa peau par l’atmosphère , est au moins de 16,000 kilogrammes; on a peine à comprendre qu’une pression si considérable soit pourtant tout à fait inaperçue; pour se rendre compte de ce phénomène, il faut se représenter que les organes de l’homme se trouvent partout remplis, soit de liquides qui sont tout à fait incompressibles, soit de fluides élastiques qui ont justement le ressort nécessaire pour supporter la pression de l’atmosphère ;en sorte qu’il n’y a pas une petite lamelle, composant le tissu de nos organes, qui ne se trouve pressée, sur ses deux faces, par deux forces précisément égales; toutes ces lamelles se trouvent donc exactement dans le même cas que la feuille de papier qui flotte dans l’air, et que nous avons prise d’ahord pour exemple.
Si la pression supportée par le corps de l’homme paraiît extraordinaire , le fait est encore bien plus surprenant pour les poissons; nous savons, en effet, qu’une colonne d’eau de
DE niYSIQUE GÉNÉRALE.
32 pieds de hauteur, représente une pression atmosphérique ; ainsi, un poisson qui vit à 32 pieds de profondeur dans l’eau, supporte deux pressions atmosphériques ; mais, il y a des poissons qui vivent à plusieurs milliers de mètres sous l’eau, on peut se figurer l’énorme pression que leurs organes supportent.
On remarque, d’ailleurs, un fait assez curieux, qui donne une preuve de cette grande compression, on sait que beaucoup de poissons contiennent, dans l’intérieur de leurs corps, ce qu’on appelle une vessie natatoire; c’est pour eux un moyen de se maintenir sous l’eau dans une situation convenable , et même de monter et de descendre en distendant ou comprimant cette vessie ; or, il arrive que lorsqu’on pêche un poisson à une grande profondeur sous l’eau, cette vessie natatoire se dilate à mesure que le poisson s’approche de la surface, jusqu’au point de remplir tout le corps du poisson , et même de faire saillie au dehors de sa bouche. C’est une des principales raisons pour lesquelles on ne peut pas conserver vivants les poissons de mer qui se pêchent à une certaine profondeur.
L’homme, lui-même, peut subir une grande augmentation de pression extérieure ; tout le monde connaît la cloche du plongeur; c’est, en effet, comme le nom l’indique, une vaste cloche métallique renversée , sous laquelle on place un homme et que l’on descend au moyen d’une chaîne jusqu’à de grandes profondeurs, pour exécuter des travaux sous-raarins. Cet air, ainsi renfermé sous la cloche, est renouvelé, soit par une pompe, soit par tout autre moyen; mais on conçoit qu’un homme, ainsi descendu à 32 pieds, supporte une pression de 32 mille kilog., et qu’à 64 pieds il supporte une pression de 48 mille kilog.
Il est remarquable que des augmentations de pressions, même très-considérables , n’exercent aucune influence fâcheuse sur les fonctions de l’homme , tandis que les diminutions de pressions lui sont, au contraire, très-nuisibles.
Nous venons de voir que l’homme supporte très-bien trois
jiressions atmosphériques ; si , au contraire, un homme s’élève dans un ballon, quand la pression atmosphérique sera diminuée de moitié, le voyageur éprouvera de l’étouffement, des tintements d’oreille, des vertiges, et même des hémorragies par le nez et par les oreilles.
En examinant les effets des différences de pression relativement aux petites différences accidentelles que peut présenter la hauteur du baromètre , on trouve que quand le baromètre est élevé , nous éprouvons un sentiment de bien-être et d’hilarité, tandis qu’au contraire, lorsque le baromètre est bas, il en résulte un sentiment de fatigue et de malaise; ce qu’il y a de particulier à cet égard, c’est que ce sentiment de malaise nous fait dire, en général, que le temps est lourd ; en sorte que nous exprimons le contraire de la vérité, et que nous trouvons le temps lourd quand l’atmosphère est légère et le temps léger, quand l’atmosphère est plus lourde.
Quelques médecins ont même attribué le surcroît de malaise qu’éprouvent les malades vers le soir, à ce que cette époque de la journée coïncide avec un des abaissements diurnes du baromètre dont nous avons parlé.
Ces notions de physique ont été mises à profit dans ces derniers temps pour le traitement de certaines maladies; on a construit des chambres en fer, dans lesquelles on pouvait faire vivre un malade dans un air constamment comprimé, et l’on a trouvé que des inflammations des bronches, des affections catarrhales et même des enrouements de chanteurs célèbres, ont été promptement guéris par quelque séjour dans l’appareil que nous venons d’indiquer.
On explique ces phénomènes curieux, en admettant que nos vaisseaux font mieux circuler les fluides quand ils sont plus comprimés à l’extérieur, et que par suite, toutes nos fonctions s’exécutent mieux.
La pression atmosphérique joue un rôle très-important dans
DE PHYSIQUE GÉNÉRALE. 1C9
line foule de machines usuelles dont nous citerons seulement quelques-unes.
Le syphoii est comme on sait un tube recourbé , dont une branche est plus longue que l’autre; on remplit ce tube d’eau, et si l’on plonge la plus courte branche dans un vase rempli du même liquide, l’eau s’écoulera par la longue branche du syphon jusqu’à ce que ce vase soit vide. Voici la théorie de cet instrument : au bas de la longue branche , il y a une pression atmosphérique, au bout de la courte branche, il y en a une autre parfaitement égale ; mais si l’une des deux branches a , je suppose, un pied de plus que l’autre , la plus longue colonne entraînera la plus courte, et l’eau coulera dans le syphon. En effet , la partie supérieure de ce syphon ne peut pas rester vide puisque les deux colonnes d’eau y sont poussées par la pression de l’atmosphère; pour que le syphon cessât de fonctionner, il faudrait que sa courte branche eut plus de trente-deux pieds de hauteur.
Si l’on prend un vase cylindrique, qu’on le remplisse d’eau, et qu’on le retourne dans une cuve, de manière à faire glisser son extrémité ouverte sur une petite tablette que l’eau de la cuve recouvre , cette cloche demeurera pleine d’eau ; la même chose arriverait encore si, après avoir rempli la cloche, on la couvrait d’un rond de papier , et si maintenant d’abord , ce papier avec la paume de la main on renversait tout à coup la cloche, l’eau resterait en l’air, supportée en apparence par la feuille de papier; mais en réalité, parla pression atmosphérique qui agit sur elle.
Une pompe aspirante ordinaire , est une machine dans laquelle on tend à faire le vide avec un piston , mais l’eau monte à la suite de ce piston par l’effet de la pression de l’air, pourvu, toutefois, que la pompe n’ait pas plus de 32 pieds. Pour obvier à cette limite, on place dans le piston même une soupape qui s’ouvre quand le piston descend, et qui se ferme quand le pis-
110 OUATIUÈME LEÇON
Ion monte; on peut alors limiter l’aspiration à quelques pieds seulement; arrivée là, l’eau passe par-dessus le piston, et alors l’eau n’est plus aspirée, mais enlevée par un effort tout mécanique , aussi la hauteur à laquelle ces pompes peuvent élever de l’eau, n’a pas d’autres limites que la solidité des appareils et la force dont on dispose.
Les cabinets de physique sont remplis d’appareils plus ou moins ingénieux et singuliers dans leurs résultats, et dont le jeu est fondé sur les principes que nous venons d’établir; telles sont les principales fontaines intermittentes, la fontaine de Héron, etc.
Indépendamment des grands effets mécaniques ou chimiques, que l’atmosphère produit autour de nous, elle a encore un effet d’une bien grande importance pour les êtres organisées, elle sert à transmettre les sons.
Nous avons vu que les gaz étaient des corps parfaitement élastiques; or, s’il arrive qu’une cloche soit frappée, qu’une corde soit pincée, en un mot, qu’un corps élastique quelconque soit mis en vibration , les vibrations de ce corps seront communiquées à l’air qui l’environne, et de proche en proche , à travers cet air jusqu’à l’organe de l’ouïe, qui est disposé pour sentir et apprécier ces vibrations. Ces sortes d’agitations de l’air forment ce qu’on appelle des ondulations qui sont tout à fait comparables à cette multitude de cercles concentriques qui se forment à la surface d’une eau tranquille , quand on y laisse tomber une petite pierre. Les ondulations qui constituent le son se transmettent du corps sonore qui en forme le centre, à toutes la périphérie et dans toutes les directions ; ce qui est cause que l’intensité du son diminue rapidement, à mesure que la distance augmente.
On démontre en physique que l’air est bien le véhicule du son au moyen d’une expérience décisive, on place un timbre frappé continuellement par un marteau mu par un petit mou-
DI
veraent d’horlogerie sous une cloche posée sur la platine d’une machine pneumatique, tant qu’il y a de l’air dans la cloche, on entend le timbre, mais aussitôt qu’on a fait le vide, on voit toujours le marteau frapper, mais le son no parvient plus à l’oreille.
De ce que l’air est le véhicule ordinaire du son, il ne faudrait pas en conclure que les autres corps ne puissent pas le transmettre : au contraire, tous les corps solides et môme les liquides transmettent le son à l’organe de l’ouïe, et cela même avec plus de vitesse et d’intensité que l’air; mais il est nécessaire que ces corps solides ou liquides soient en contact, d’une part , avec le corps sonore, et de l’autre avec l’organe de l’ouïe, et l’on conçoit qu’il n’y a guère que l’air atmosphérique qui remplisse habituellement ces deux conditions.
Les vibrations se transmettent dans l’air avec une vitesse qui a été mesurée avec beaucoup de soin , et qui n’éprouve que de légères variations sous l’influence de la température, de la pression atmosphérique et de l’humidité. En général , le son parcourt dans l’air 335 mètres en une seconde; on voit que cette marche, quoique rapide, l’est infiniment moins que celle de la lumière; il résulte de cette différence un certain nombre de phénomènes remarquables.
Si l’on regarde de loin un bûcheron frappant avec sa cognée, on voit le coup de hache quelque temps avant d’en entendre le bruit.
Quand on regarde une pièce de canon qui fait feu, on voit la lumière bien longtemps avant d’entendre l’explosion, il en est de même à l’égard de la foudre, l’éclair brille et le bruit ne s’entend que longtemps après , c’est même un excellent moyen de mesurer à peu près la distance où se trouve un orage ; en observant l’éclair et comptant le nombre de battements du pouls qui séparera cet éclair du bruit de la foudre, on sera assuré que l’orage sera placé à autant de fois 335 mètres que l’on aura compté de battements du pouls, supposant que celui-
ci batte des secondes , ce qui, en effet, est la moyenne ordinaire de sa vitesse.
Ce qu’il y a de plus extraordinaire dans la transmission des sons par l’air, c’est la faculté, que possède celui-ci, de transmettre, à la fois, un grand nombre de sons divers, et de les transmettre avec la môme vitesse depuis les plus graves jusqu’aux plus aigus. Il faut bien, en effet, qu’il en soit ainsi, puisque les effets d’un orchestre se transmettent, à la fois , et à de grandes-distances, sans aucun trouble ni dérangement, et l’on conçoit qu’il suffirait que les sons graves, par exemple, marchassent un peu plus lentement que les sons aigus, pour qu’il en résultât à quelque distance la plus horrible cacophonie.
Les ondulations de l’air atmosphérique, qui transmettent les sons dans l’espace, sont susceptibles d’être répercutées ou réfléchies par des surfaces solides ; ainsi, quand on produit un son à une certaine distance d’une grande muraille, on entend d’abord sa propre voix, et puis, un peu plus tard, un autre son plus faible, c’est ce qu’on appelle un écho : on trouve , dans les pays de montagnes, certains sites particuliers où des surfaces naturelles sont disposées de manière à reproduire plusieurs fois un son, et môme une série de sons ou de paroles.
Ces échos, si curieux comme objets naturels, ont de grands inconvénients dans les salles de spectacle ou de concerts, en mêlant les sons secondaires aux sons produits; aussi doit-on, en pareil cas, éviter, avec grand soin , les grandes surfaces planes et les voûtes unies.
Nous avons dit que les corps solides transmettaient les sons avec beaucoup d’intensité et de vitesse : l’expérience suivante en est la preuve ; si deux personnes se placent aux deux bouts d’une longue pièce de sapin, que l’un applique son oreille sur l’extrémité de la poutre, et que l’autre gratte légèrement le bois avec une épingle , ce bruit sera entendu par
DE PHYSIQUE GÉNÉRxVLE.
le premier, comme s’il était produit dans son oreille même.
Notre célèbre Laënnec a tiré un grand parti de cette propriété, dans l’invention de l’admirable instrument qu’il a nommé sihétoscope; ce n’est, en principe, qu’un cylindre de bois blanc, d’un pied au plus de longueur; en posant l’un des bouts de ce cylindre sur la poitrine d’un malade, et appliquant l’oreille à l’autre bout, on entend distinctement tous les bruits qui peuvent se produire dans le cœur, dans les gros vaisseaux et dans toutes les parties de la poitrine.
On a imaginé plusieurs instruments propres à modifier la transmission des sons dans l’air ainsi, le porte-voix est un tuyau conique, muni à sa petite extrémité d’une embouchure dans laquelle se loge la bouche ; l’autre extrémité se termine en un large pavillon. Quand on parle avec cet instrument, les sons se transmettent avec beaucoup de force dans la direction de son axe, et d’autant plus faiblement dans toute autre direction.
Le cornet acoustique est ce meme instrument renversé ; le pavillon est tourné du côté d’où viennent les sons, et la petite extrémité s’introduit dans l’oreille; le plus faible bruit, produit à l’extérieur, se transmet alors avec beaucoup de force à l’organe de l’ouïe : c’est un instrument d’une grande ressource pour les personnes qui sont frappées de surdité incomplète.
On a coutume de fonder l’explication de l’effet de ces deux instruments sur la réflexion des rayons sonores; c’est une grande erreur, d’abord, parce qu’il n’existe pas de rayons sonores et que le son, comme nous l’avons vu, se transmet par ondulations; ensuite , parce que ces cornets peuvent être indifféremment droits ou contournés, et que, dans ce dernier cas, aucun rayon réfléchi par les parois internes, ne saurait pénétrer jusqu’au sommet du cône.
Voici la véritable théorie de ces effets remarquables.
Dans la production du son à l’air libre, les ondulations se transmettent dans toutes les directions; dans le porte-voix, elles
ne peuvent se transmettre que dans la direction de l’axe , et elles gagnent en intensité ce qu’elles auraient perdu par leur diffusion; dans le cornet acoustique, toutes les vibrations qui se produisent vis-à-vis la large ouverture se transmettent de proche en proche à des couches d’air de plus en plus petites, et l’effet de l’ensemble de ces vibrations finit par se transmettre au petit nombre de molécules d’air qui touchent le tympan, ce qni accroît considérablement l’intensité de leurs mouvements.
Quelques phénomènes vulgaires s’expliquent par la même théorie; si deux personnes se placent le long d’un mur droit, et si l’une d’elles parle la bouche près du mur, et que l’autre place son oreille de la même manière à une grande distance, les sons produits seront perçus beaucoup plus distinctement qu’en parlant en plein air; on conçoit que la présence du mur diminue précisément de moitié la dispersion des ondulations.
Il y a au Conservatoire des arts et métiers de Paris une vaste salle voûtée, à pleins cintres, se croisant, à angle droit; une personne parlant très-bas, dans l’angle rentrant des deux murailles , est entendue distinctement d'une personne placée dans l’angle diagonalement opposé.
S’il est vrai que l’air ait une élasticité parfaite et que le son marche par ondulations, il est évident que, dans un canal parfaitement cylindrique, le son ne devra éprouver aucune déperdition d’intensité, quelle que soit la longueur du canal.
M. Biüt a constaté, en effet, qu’aux deux extrémités d’un tuyau de fonte, ayant 500 mètres de longueur, placé dans les égouts de Paris , et destiné à transmettre les eaux du canal de rOurquef il était impossible de parler assez bas, à une extrémité, pour n’être pas entendu distinctement à l’autre.
On a déjà fait quelques applications utiles de ce principe; il y a en Prusse une communication de ce genre, au moyen d’un tuyau d’un pouce de diamètre, et à l’aide duquel les interlocuteurs conversent facilement à plus d’une lieue de distance.
Nous connaissons un assez grand nombre de maisons et d’établissements dans lesquels on communique, verbalement, à tous les points nécessaires et par le moyen de ces tuyaux qui se placent, inaperçus, dans l’habitation, à peu près comme on pose des cordons de sonnette.
On peut être surpris qu’un moyen aussi commode et aussi simple ne soit pas généralisé , surtout dans la vie privée ; en effet, le meilleur moyen qu’on ait trouvé jusqu’à présent, c’est l’usage de la sonnette ; celle-ci n’a d’autre effet que d’avertir le domestique qui doit se déplacer, pour recevoir l’ordre, retourner et revenir encore pour l’accomplir ; il est évident que la transmission directe de l’ordre économise exactement la moitié du temps et de la peine.
Ce qui a pu nuire à l’adoption générale de ce moyen, c’est l’idée que les tuyaux devaient être gros, et que les coudes pouvaient nuire à la transmission, tandis qu’un tuyau d’un pouce est plus que suffisant pour parler à de grandes distances, et que les coudes, quelque nombreux qu’ils soient, ne peuvent nuire à la transmission.
On a fait à Paris une application particulière de ce petit moyen, qui n’est pas sans intérêt, on place dans l’intérieur d’une voiture un tuyau flexible, muni d’une embouchure et qui se termine en dehors par un petit entonnoir près du cocher ou des domestiques, on peut ainsi donner ses ordres sans ouvrir les portières ni les glaces.
Non-seulement l’air atmosphérique doit être considéré comme le véhicule ordinaire du son, mais encore un certain volume d’air renfermé dans une capacité quelconque, peut devenir lui-même un corps sonore et produire à volonté, tous les sons que l’on désire; tous les instruments à vent sont fondés sur ce principe, ce n’est pas le corps de ces instruments qui produit le son, mais bien la colonne d’air que ces instruments renferment, les différents sons produits dépendent de la longueur de celte colonne d’air,
116 CINOUliîME LEÇON
absolument comme on obtient d’une corde tendue des sons d’autant plus aigus qu’elle devient plus courte; les orgues de nos églises ne sont autre chose qu’un assemblage de tuyaux de differentes longueurs et diamètres renfermant des volumes d’air très-variés, qui produisent chacun un son relatif à sa dimension.
Les corps sonores ordinaires sont mis en vibration, soit en les frappant avec un marteau, soit en les frottant avec un archet; il est évident que ces moyens n’étaient pas applicables à la mise en vibration de l’air, pour agiter celui-ci de vibrations sonores on a coutume de diriger un courant d’air vis-à-vis les bords tranchants d’une ouverture; c’est le moyen employé dans la ilûte, dans les orgues, c’est ce qu’on appelle des tuyaux à bouches.
On fait encore usage, pour déterminer les vibrations de l’air, de ce qu’on appelle une anche; c’est une petite lame élastique, placée devant un orifice que le courant d’air doit traverser : cette petite lame en vibrant, ouvre et ferme alternativement le passage à l’air, ce qui suffit pour faire entrer l’air en vibration ; dans ce dernier cas, le son produit dépend des dimensions de ta petite lame élastique et non plus de la colonne d’air, comme dans les tuyaux à bouches; c’est le système des petits instruments connus sous le nom d’accordéons.
Les études approfondies de Savard et de quelques autres physiciens ont fait découvrir un fait assez remarquable et dont les facteurs d’instruments pourront, par la suite, tirer un grand parti.
Si l’on produit avec un instrument quelconque, avec la voix, par exemple, une série successive de différents sons, en se plaçant très-près d’une cavité pleine d’air, la forme d’un chapeau, ])ar exemple, on rencontrera un certain son qui, tout à coup, présentera une intensité beaucoup plus grande qu’à l’ordinaire, c’est qu’il arrive que ce son est précisément celui que le volume d’air contenu dans le chapeau est capable de produire en qualité
DE PIIYSIOUE GÉNÉRALE.
de corps sonore; ainsi, de semblables cavités disposées convenablement, peuvent devenir des moyens de renforcement capables de doubler ou de tripler l’intensité ordinaire des sons produits.
On cite des chanteurs qui ont la faculté de faire casser les vitres d’un appartement, mais c’est un phénomène accidentel et qui ne dépend pas uniquement de la force du son ; ce phénomène arrive, quand le son produit est exactement celui que produirait la vitre en vibrant dans son entier.
Le plus admirable instrument qui existe pour produire des sons, est sans contredit la voix humaine, et ce qu’il y a de plus extraordinaire, c’est que cette voix peut descendre jusqu’à une note, qui exigerait pour sa production un tuyau d’orgue de quatre pieds de long, fermé par un bout, ce qui représente un tuyau ouvert de huit pieds de long, tandis que tout l’appareil de la voix ne représente que quelques pouces de longueur; mais il est vrai de dire que la voix de l’homme n’est pas un simple tuyau d’orgue, que l’ouverture de la glotte représente très-bien une anche double, et qu’enfin, toutes les parties si compliquées de l’organe de la voix sont susceptibles de se tendre ou de se relâcher à tous les degrés, pour modifier la nature du son produit.
:'-j ■*• ^ .•î'^xV^ Y''^ ’./''■
-■! ^‘■^T'rJR^.'>^■■:•J îîfik^ViVt^îl^jr,
■• ■’ ■■ • ' ; iV .*■■
K’WVv:
•)ir h:
’?• .'r iîxi/» ', *, ,y l.,^» ji'>; ..
. . -;Vï,'.:,:. , ^ . !;;<•* ■ ;. ■ > ’it* felfii'''
; i ; iJ, ■ ‘
-i V l/yji X i siVil .'f-, --i I'.' ' m ' , '.;l^■;■^;•) •Vif*|■^• ^
• .. -;:^y-' • .. : ; j nW'-- -; ‘^ii^ r.: .ci'^