I. — Virus herpétique inoculé au lapin
Le lapin est l’animal de choix pour l’étude du virus herpétique. Il est très généralement inoculé par voie cornéenne ou intra-cérébrale. Il peut également être infecté par voie cutanée. Mais il nous a paru intéressant d’envisager du point de vue doctrinal la possibilité de différentes autres voies d’inoculation expérimentale, de préciser la fréquence avec laquelle on peut infecter l’animal, le temps nécessaire à la détermination des accidents nerveux, de rechercher enfin si le virus végète dans l’organe inoculé et y engendre des lésions histologiques.
1" Inoculation du virus herpétique dans la glande surrénale. —• Nous avons été amenés à étudier tout d’abord des affinités du virus herpétique pour le tissu surrénal sachant par les travaux de M. Levaditi que la neurovaccine, injectée dans la circulation générale du lapin, se localise dans les capsules surrénales et s’y multiplie en provoquant des lésions.
Qu’advient-il lorsque le virus herpétique est déposé directement dans la capsule surrénale du lapin ?
Nos expériences ont porté sur 10 animaux. Le virus
employé était un virus cérébral ayant subi depuis de longs mois de nombreux passages sur le lapin. Tous nos animaux inoculés ont présenté une symptomatologie comparable : ils ont succombé du 6® au 8“ jour, assez brusquement, et sans offrir les signes habituels de l’encéphalite herpétique.
Dans 3 cas les lapins ont eu des urines sanglantes dans les heures qui ont précédé la mort.
Le virus herpétique a été constamment retrouvé dans la moelle et le cerveau. De même, il a toujours été mis en évidence dans la capsule surrénale par inoculation de celle-ci à la cornée du lapin ou nouveau passage dans la glande surrénale, lequel reproduit un tableau clinique identique.
Macroscopiquement, la glande surrénale inoculée ne présente pas d’altérations appréciables, mais histologiquement les lésions sont constantes et dans tous les cas comparables entre elles, au degré d’intensité près : elles se traduisent par l’existence de foyers inflammatoires, nodulaires, diffus ou circonscrits, mais strictement limités à la région corticale. Ces foyers sont essentiellement constitués par une nécrose des cellules spongiocytaires avec présence à la périphérie de quelques éléments mononucléés dont les noyaux sont en karyorrexie. Parfois, les lésions englobent la presque totalité des spongiocytes. La zone glomérulaire demeure intacte. Quant à la zone médullaire, et contrairement à ce que l’on aurait pu supposer à cause de ses connexions nerveuses, elle est particulièrement indemne, tout au plus avons-nous noté, dans deux cas,
et en bordure de la substance corticale, l’existence de lésions très limitées qui pourraient n’être que la propagation de l’inllammation corticale.
Le rein, du côté correspondant à la capsule inoculée, n’a présenté de lésions que dans les 3 cas où l’animal a eu une hématurie. La coupe montrait alors une congestion diffuse. Notons pourtant que l’inoculation sur la cornée d’un fragment de rein ou du culot de centrifugation des urines n’a jamais provoqué de kératite. Enfin, dans deux cas correspondant aux lésions surrénales les plus importantes que nous avons observées, il existait au niveau de la tunique interne de l’estomac et du duodénum, de larges suffusions hémorragiques avec, par places, chute de la muqueuse réalisant ainsi des érosions pouvant atteindre 5 mm. de diamètre. La recherche du virus est demeurée également négative en partant d’un prélèvement effectué au niveau de ces érosions. Ces lésions gastriques méritent d’être rapprochées de celles notées par Franck G. Mann au cours de la surrénalectomie expérimentale bi- ou unilatérale chez le lapin.
Les animaux immunisés vis-à-vis du virus herpétique à la suite de kératite et éprouvés par une injection intra-cérébrale de virus résistent également à l’injection dans la glande surrénale. Bien plus, l’extirpation de celte glande dans les délais voulus (8® jour) montre: 1° la disparition totale du virus ; 2" l’absence totale de toute altération histoh gique.
Le fait le plus intéressant est l’aptitude du virus à se multiplier dans les cellules de la couche spongiocy-
taire, y déterminant des lésions de type nécrotique. Nous ne saurions, bien entendu, déterminer s’il suffit, pour expliquer cette affinité, d’invoquer seulement la constitution physico-chimique de la cellule, notamment sa teneur en lipoïdes.
Enfin, il apparaît que l’état réfractaire acquis du névraxe s’accompagne aussi de l’état réfractaire des cellules sensibles de la capsule surrénale.
Etude comparative des diverses voies d’inoculation DU VIRUS HERPÉTIQUE. — Les résultats obtenus sont très différents selon les voies d’inoculation utilisées. Toutes nos recherches ont été faites avec un virus herpétique entretenu depuis deux ans au laboratoire.
I. Inoculation dans les parenchymes. — L’inoculation du virus herpétique dans les parenchymes permet l’infection de l’animal, mais avec un pourcentage variable selon les organes infectés. L’apport du virus par voie ïracAertZe détermine la mort de l’animal avec symptômes d’encéphalite presque constamment (8 fois sur 9). On sait que Levaditi et ses collaborateurs ont pu infecter l’animal'en injectant par cette voie le virus encéphalitique. A la suite de cette inoculation, on retrouve constamment des lésions pulmonaires pouvant, selon la rafiidité de l’évolution, aller de la simple congestion jusqu’à l’hépatisation. Mais le virus herpétique ne peut être mis en évidence au niveau de ces lésions ; par contre, l’ensemencement des parties lésées et surtout hépatisées du poumon permet d’isoler des bactéries de types variés (pneumocoques, streptocoques, staphylo-
D' PlERBE GASTINEr,. C < ^ 2
coques, Pasteurella)^ comme si le virus herpétique favorisait l’action des germes hôtes normaux des cavités aériennes.
Dans divers autres parenchymes, foie, pancréas, ovaires, corps thyroïde, l’injectioh du virus infecte constamment l’animal, sa mort survenant dans un délai variable de 8 à 20 jours. Le virus, toujours présent dans le cerveau, n’a pas été retrouvé dans l’organe inoculé où ne s’observe aucune lésion histologique.Xes animaux infectés meurent généralement'd’encéphalite, sauf en ce qui concerne l’inoculation ovarienne ; dans ce cas, le lapin présente, en prehiiér lieu, des accidents paraplégiques sous la dépendance d’une myélite retrouvée à l’autopsie, puis, à quelques jours de distance, il est atteint d’encéphalite. Les modes de cheminement du virus diffèrent donc selon les connexions nerveuses de l’organe inoculé avec l’axe médullaire.
L’inoculation dans les glandes Salivmires {oarotide, sous-maxillaires), confère à l’animàl dans lès deux tiers des cas une encéphalite rapidement mortelle. Le virus ne peut être retrouvé et la glande n’offre aucune lésion. Par contre, la salive présente un virus kératogène qui était absent avant l’inoculation.
L’inoculation du virus herpétique dans le rein détermine dans la moitié des cas l’infection de l’animal qui présente alors des accidents paraplégiques avec rétention d’urine, l’encéphalite survenant peu de temps après. Le virus ne peut être retrouvé ni dans le rein, ni dans les urines ; le rein lui-même n’offre aucune lésion. Ici encore, en ce qui concerne le cheminement
du virus, les inoculations se comportent différemment dans le rem et dans la glande surrénale ; dans ce dernier cas, l’insertion virulente est constamment suivie d’encéphalite.
L’introduction du virus dans la eavité intestinale échoué constamment, quelle que soit la technique employée ; injection intra-rectale, intra-gastrique à l’aide de la sonde œsophagienne ou dans une anse intestinale après laparotomie.
II. Inoculation du virus herpétique \dans les organes hémopoiétiqlies.et dans les vaisseaux. — L’inoculation dans la infecte le lapin dans les deux tiers des cas et détermine une encéphalite tardive (15 à 18 jours). Une seule fois, le virus a été retrouvé dans la rate qui cependant, n’offrait pas de lésions anatomiques appréciables.
Le dépôt du virus dans la moelle osseuse est suivi d’encéphalite dans un délai de 9 à 13 jours. La végétabilite du Virus n’a pu être mise en évidence dans la région inoculée.
L’introduction du virus herpétique dans les vaisseaux artenels (carotide) n’a été suivie d’aucun effet. L’inoculation dans lesveines a déterminé, dans lamoitié descas, une encéphalite survenant assez tardivement du 13® au 30»jour.Ghez les animaux ayant résisté à une première inoculation intra-veineuse, les injections ultérieures de virus parla même voiedemeurentégalementnégatives.
La possibilité d’infecter un animal par voie veineuse est beaucoup plus marquée lorsque préalablement on lui fait subir un traumatisme. Ainsi, l’inoculation intra-
veineuse, après splénectomie, a constamment déterminé une encéphalite, après ovariotomie unilatérale, une myélite suivie d’encéphalite. La détermination initiale d’une myélite semble prouver que le traumatisme agit par lésions nerveuses provoquées au cours de l’intervention et ayant fixé à leur niveau le virus.
III. Inoculalionpar voie sous-cutanée. —L’innocuité de la voie sous-cutanée affirmée par différents auteurs n’est cependant pas absolue. Dans un cas il a été possible d’infecter l’animal à l’aide d’une dose massive.
En résumé, abstraction faite de la peau, de la cornée, du système nerveux et du testicule, le virus herpétique n’est susceptible de végéter que dans la capsule surrénale en y provoquant des lésions. Cet organe s’oppose donc par sa sensibilité vis-à-vis de ce virus, à tous les autres viscères qui ne constituent, pour lui, qu’une porte d’entrée d’où il chemine plus ou moins vite, et selon des voies différentes, vers le névraxe.
3“ Survie du virus herpétique dans les ganglions rachidiens ET SES reviviscences EXPERIMENTALES. — Les recherches que nous avons poursuivies ont mis en évidence, que chez les animaux, cobayes ou lapins, atteints de monoplégie k la suite d’inoculation du virus herpétique sur le tégument ou dans le nerf sciatique, on peut noter la survenue rapide dè troubles trophiques accusés.
L’examen histologique décèle des lésions étendues jusqu’à la moelle dorso-lombaire et aux ganglions rachidiens correspondants. D’autre part, le segment mé-
dullo-ganglionnaire s’est montré virulent lors de l’inoculation d’épreuve, à l’exclusion des régions sus- et sous-jacentes. Ainsi il constitue un gîte où le virus demeure à l’état latent, mais susceptible de récupérer son activité.
11 nous a été possible, en effet, dans des observations d’ailleurs exceptionnelles, de déterminer une reviviscence du virus herpétique chez des lapins guéris d’une manifestation névraxique depuis plusieurs semaines. Dans un cas nous l’avons obtenue par soustraction du liquide rachidien et dans un autre par une inoculation microbienne consécutive.
On saisit là une analogie frappante avec l’évolution de l’herpès récidivant chez l’homme où le virus, dans l’intervalle des poussées, paraît se cantonner dans le ganglion rachidien, comme en témoignent les algies et la lymphocytose.
4° L’immuxité herpétique chez le lapin. — On sait que chez le lapin l’immunité herpétique peut être obtenue à la suite d’une inoculation cornéenne d’un virus herpétique ou d’un virus salivaire kératogène. EHe peut être également acquise par voie cutanée (Levaditi). Plus difficilement elle est réalisée par voie sous-cutanée.
Au cours de nos recherches nous avons pu déterminer un état réfractaire du névraxe chez 5 animaux sur 15 inoculés dans ce but par voie sous-cutanée.
Chez les animaux vaccinés la destruction du virus pourrait s’accompagner d’un pouvoir neutralisant du
cerveau in vitro (Levadili et Nicolau). Il était intéressant de poursuivre des expériences en comparant les résultats obtenus chez les animaux immunisés : l®par voie sous-cutanée ; 2» à la suite d’une kératite provoquée par un virus salivaire; 3" chez les animaux spontanément ou naturellement réfractaires.
Il ressort de nos protocoles qu'il est possible de mettre en évidence, chez certains animaux vaccinés, un pouvoir neutralisant dans les tissus. Nous ne l’avons noté que dans les organes sensibles au virus de l’herpès, mais son apparition exige que ce virus ait été directement introduit dans l’organe réceptif ou qu’il y soit parvenu par un cheminement progressif le long des voies nerveuses. On voit, en effet, chez le lapin immunisé par voie sous-cutanée, que l’introduction ultérieure du virus herpétique dans la surrénale a conféré à cet organe un pouvoir neutralisant; par contre, chez le lapin immunisé à la suite d'une kératite salivaire et éprouvé par voie transcranienne, le cerveau seul, et non la surrénale, a acquis la propriété virulicide ; et pourtant, des expériences antérieures' nous ont permis d établir que, chez les animaux vaccinés par voie cérébrale, on constate, 8 jours après l’inoculation intra-surrénale, une disparition totale du virus dans cette glande et l’absence de toute altération histologique: l’extension de l’état réfractaire aux divers tissus sensibles ne s’accompagne donc pas obligatoirement de la survenue d’un pouvoir neutralisant. Celui-ci nécessite, pour apparaître, la pénétration du virus avec toutes les réactions inflamniatoires qui aboutissent plus ou moins ra-
pidement à sa destruction. Cette- manière de voir est étayée d ailleurs par le l’ésultat des expériences chez les animaux spontanément ou naturellement réfractaires. Chez eux, l’absence de toute végétabilité du virus va de pair avec l’absence de tout pouvoir neutralisant.