‹ Drainage des terres arables (volume 2)Chapitre 12 sur 308 · CALVADOS · texte numérisé non relu

CALVADOS

M. Morière, professeur d'agriculture du département du Calvados, nous a adressé la note suivante :

« Les travaux de drainage ont commence dans le Calvados en 1851 ; ce fut M. de Caumont, directeur de l'Association normande, qui, dans cette circonstance comme dans beaucoup d'autres, eut le courage de l'initiative. Quelques propriétaires de la vallée d'Auge imitèrent M. de Caumont; mais les travaux ne furent faits que sur une assez petite échelle, les frais de transport des tuyaux, qu'on faisait venir alors d'Alençon, augmentant considérablement la dépense du travail. A partir de 1852, une machine à fabriquer les tuyaux ayant été placée dans une briqueterie du département par l'Association normande, les frais de transport furent considérablement diminués, et un plus grand nombre de propriétaires se mirent à l'œuvre. De nouvelles machines accordées par le Gouvernement à plusieurs de nos Sociétés agricoles, et placées &ur divers points du département, ont permis de donner en 1854, et surtout eu 1855, une assez grande extension aux travaux de drainage, dont l'utilité est aujourd'hui parfaitement comprise et des propriétaires et des fermiers j ceux-ci se récriaient d'abord sur le tort que le maître leur faisait en sillonnant leurs pièces de fossés pour s'amuser à y placer des hiyaux, et demandaient même souvent une indamnilé; maintenant ils sont les premiers à réclamer cette amélioration pour les pièces humides qui ne l'ont pas encore reçue, offrant d'ailleurs de payer les intérêts du capital employé à 5 pour 100 et d'aller gratuitement chercher les tuyaux.

" Sept machines à fabriquer les tuyaux de drainage sont aujourd'hui en activité dans le Calvados; trois fonctionnent à la tuileriebriqueterie du docteur Bourienne, à Moult. Cette usine est placée à la limite des arrondissements de Caen et de Lisieux, et à 1 kilomètre seulement d'une station du chemin de fer de Caen à Lisieux, ce qui permet de transporter facilement et à peu de frais les tuyaux sur toute la ligne. Depuis le mois de juillet 1852, M. Bourienne a fabriqué plusieurs millions de tuyaux. Une quatrième machine, donnée à la Société d'Agriculture de Pont-l'Évêque, a été placée à Touques, et fournit actuellement aux besoins de la majeure partie des agriculteurs de cette contrée, qui s'approvisionnaient d'abord à Moult. 11 est sorti de l'usine de Touques plus d'un million de tuyaux. La Société d'Agriculture de Bayeux a confié à un potier de

SITUATION OU OBAINAGE EN FRANCK KN 18ÔC. 33

Noron (commune où l'on fabrique depuis longues années d'exccllonle poterie de grès eniploj'ce pour le beurre, les salaisons, le lait, etc. ) la macbine qu'elle a obtenue du Gouvernement. Une partie des cultivateurs du Bessin vient chercher des tuyaux à Noron ; d'autres les achètent à Isigny, où M. Mossciman a établi >in dépôt de ceux qu'il fabrique à Saint-Lo. Un potier de Caen, fort ingénieux, M. Compts-Nérat, obtient des tuyaux de drainage avec une machine de son invention , qui se rapproche beaucoup de la machine Calla, employée dans les usines précitées. Enfin, un propriétaire, M. de Wilt, gendre de M. Guizot, a établi, il y a environ six mois, au val Richer, près Lisicux , une fabrique de tuyaux de drainage, qui, après lui avoir donné la quantité de tuyaux dont il a besoin, fonctionnera ensuite au grand avantage de ses voisins. Je ne sais pas quel est le système de machine qu'il emploie; ses tuyaux sont à collet, ce qui évite de placer des manchons.

• L'ingénieur en chef des ponts et chaussées vient d'obtenir du Gouvernement deux nouvelles machines, qu'il va placer sur deux points du département encore éloignés des fabriques actuelles. 11 a envoyé à tous les agents sous ses ordres des instructions pour qu'ils aient à se mettre à la disposition des propriétaires, et faire, moyennant une légère rétribution ou même gratuitement , les travaux de nivellement, de tracé de drains et de levé de plans. De nouveaux ateliers vont être organisés dans chaque arrondissement, et les travaux seront entrepris à raison de 15 centimes le mètre (tuyaux non compris). Si la difficulté du terrain exige une plus grande dépense, l'excédant sera payé sur les sommesaccordées chaque année par l'État comme encouragement au drainage. « Déjà 1,500 hectares environ ont été drainés, mais il y en a au moins 100,000 qui ont besoin de l'être. Les travaux vont se développer cette année sur une très-grande échelle, grâce au concours de M. l'ingénieur Olivier et aux excellents résultats des premières opérations.

« Partout, en effet, les résultats ont dépassé les espérances des cultivateurs. Le sol des herbages a été raffermi, et l'on peut maintenant laisser les bestiaux toute l'année là où il fallait perdre 4 à • mois de pâturage. Les mauvaises espèces d'herbes ont disparu pour faire place à d'excellents fourrages; on peut aujourd'hui récolter des plantes-racines (betteraves, rutabagas, etc.) dans les terres du pays d'Auge, où l'on n'eût jamais songé à tenter cette culture avant l'assainissement du sol. Dans les pièces qu'il était impossible de labourer pendant certaines années, où elles ne se desséchaient pas suffisamment el restaient alors improductives, on

a pu, depuis qu'elles sont drainées, cultiver du colza qui a payé, dos la première année, les frais de l'opération.

« Les drains ordinaires dont nous nous sommes servis jusqu'à présent ont 0'".33 de long et 0'n.035 de diamètre; les collecteurs ont même longueur et 0'".0G de diamètre. On les a placés à une profondeur moyenne de o"'.f)0, avec un écartement variant de 10 à 16 mètres, suivant le degré d'humidité du sol. »

Nous ajouterons que dès 1850 l'Association normande, sur la proposition de MM. de Caumont et de Vigneral, réunit une somme de 10,000 fr. pour encourager le drainage dans les départements de son ressort. MM. Binette, de Pont-l'Évêque; Paris, de Villers-sur-Mer; Bordeaux, de Cambremer; Laborie, président de la Société d'Agriculture de Bayeux ; M. Mosselman, près de Bayeux ; M. Thomire-Desmazures et M. Isidore Pierre, àCaen; M. Dubosq, à Dozulé, ont été des premiers à propager l'opération nouvelle par leur exemple, par leurs discours, par leurs inventions. Entm, à Caen, M. Guérard des Lauriers fabrique des instruments de drainage qui ont remporté un prix au Concours universel de Paris en 1856.

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